Entre soutiens syndicaux et autonomie

vendredi 18 juin 2010
par  Olivier Vinay

Au moment où le pouvoir Sarkozien prétend passer à la vitesse supérieure, on peut être fixé sur ce que les directions syndicales veulent faire de la fin d’année, avant de mettre l’année prochaine sous les auspices de la franche émulation des élections professionnelles.Voilà qui une fois de plus laisse une large place au développement de luttes autonomes d’AG souveraines se coordonnant. Le bilan des luttes dans l’Éducation nationale peut contribuer à leur émergence. Ce texte est une contribution à ce bilan.

Le gouvernement impose un rythme soutenu de démolition de l’École publique, un des piliers de l’édifice social. Et ce sera bientôt irréversible, s’il n’y a pas rapidement une réaction à la hauteur, comme le laissent craindre les affligeantes réunions des fédérations de l’éducation. Un autre pilier des acquis sociaux attaqué à sa base également, ce sont les retraites, sur la défense desquelles les confédérations ne sont pas moins piteuses. Les directions syndicales qui organisent l’inaction à longueur d’intersyndicales, portent d’autant plus de responsabilités, dans la densification des attaques en cours, qu’elles peuvent difficilement prétendre que les travailleurEs ne sont pas mobiliséEs.

Les exemples ne manquent pas, tant dans le privé que dans le public, de luttes déterminées, qui malheureusement ne gagnent pas, faute de soutien syndical mais aussi faute d’avoir tiré les conséquences de ce lâchage des syndicats en terme d’autonomie d’organisation de la mobilisation, de sa popularisation, des convergences.

La question se pose donc de trouver dans ces mouvements assez de forces pour contraindre les syndicats à faire leur boulot, sous le contrôle des travailleurEs en lutte… Ou bien, à défaut de relais syndical à la hauteur, pour permettre aux AG d’assurer en toute autonomie l’extension de la mobilisation et les initiatives de centralisation.

Les journées d’action, horizon indépassable pour les directions syndicales…

Rappelons-nous de cette année 2009, avec des mobilisations importantes au niveau interprofessionnel, dans le supérieur et les IUFM, et contre les réformes des lycées et lycées professionnels. Autant de luttes enterrées par les directions syndicales le Premier Mai 2009, ce qui prouve que l’unité, même si elle est nécessaire ou tout au moins souhaitable pour favoriser la mobilisation des salariéEs, n’est pas suffisante pour permettre de dépasser la stratégie perdante des journées d’actions. Rappelons-nous aussi de ce premier trimestre de désert syndical face à ce gouvernement qui avait profité des vacances pour fourbir le déploiement de son offensive, dans laquelle le “dialogue social” de Sarkozy joue un grand rôle.

Le pouvoir en a profité pour supprimer 16 000 postes dans l’Éducation nationale, pour publier les textes qui vont parachever la casse des lycées, et de la formation des enseignantEs, et poursuivre l’attaque des statuts (par les décrets de la loi mobilité, sur la réorientation professionnelle et l’entretien d’évaluation). Face à cette agression généralisée, et devant l’attentisme ahurissant de la majeure partie des directions syndicales (CNT, SUD Éducation et CGT Éduc’Action étant le plus souvent des exceptions appréciables et avec parfois des structures régionales comme le SNES Créteil), de nombreuses assemblées générales, en même temps qu’elles exprimaient l’exigence de réactions syndicales crédibles, ont cherché dans l’urgence à s’opposer à cette démolition systématique.

… pas pour les établissements demandeurs d’une dynamique de lutte !

En Île-de-France, fin janvier, plusieurs établissements ont voté la grève reconductible (Noisy-le-Grand, Montreuil,

Saint-Denis, Vitry, Villeneuve-La-Garenne), certains reconduisant la grève intersyndicale du 21 janvier. Dans ce contexte, l’appel à généraliser la grève reconductible lancé début février par la cité scolaire Henri Wallon d’Aubervilliers, et le passage des grévistes dans les établissements non encore mobilisés (la "grève marchante", vieille tradition antillaise rendue d’actualité par la lutte du LKP) et l’habitude d’AG souveraines d’établissements départementales et/ou régionales en Ile-de-France, ont accéléré la dynamique dans le second degré, mais aussi dans le premier. Particulièrement à Aubervilliers en raison - et c’est important de le noter pour les suites - de la préexistence, dans cette ville, d’une AG premier/second degré.

La progression du nombre de manifestantEs, de 200 à Aubervilliers le 3 février, à 600 à Saint-Denis le 6, puis à Paris 1500 à 2000 les 11 et 16 février, et 4000 à 5000 le 18, a traduit une augmentation rapide du nombre de lycées, collèges et écoles mobilisés, mesuré dans les AG de grévistes, d’abord dans le 93 puis, à partir du 11 février, Île-de-France, suite à l’extension notamment dans le 94 et le 92. La semaine avant les vacances de février, 200 établissements étaient touchés sur l’académie de Créteil et l’intersyndicale académique avait appelé au 16 et au 18, rejointe ce dernier jour par le SNUipp 93, obligé de faire avec la montée en puissance des AG de ville premier/second degré et parents/enseignants.

Le développement quasi exponentiel de la mobilisation butait rapidement sur un sacré obstacle : la proximité des vacances décalées, le 19 février pour la zone C, comprenant les académies de Créteil, Versailles et Paris. On peut noter d’ailleurs que les appels syndicaux à des journées de grève se situent souvent très près de congés qui suivent, comme si les directions syndicales se réservaient cette possibilité supplémentaire de modérer le mouvement.

Maintenir la dynamique malgré les vacances

Adepte de l’adage "lorsque le vin est tiré, il faut le boire", et forte de l’expérience de conflits où il a fallu passer des congés (95, 98, 2003), l’AG de grévistes d’Île-de-France a lancé un double appel :
- d’abord, aux académies qui rentraient, à prendre le relais, et pour les aider elle a mandaté ses membres qui partaient dans différentes régions (Lyon, Marseille, Toulouse, Gard, Var…), pour informer sur la mobilisation francilienne, et pour participer, si possible aux AG d’établissements ou départementales… L’accueil a été bon et le développement de la mobilisation dans ces régions semble en avoir profité.
- ensuite aux syndicats pour qu’ils appellent à la grève nationale lorsque toutes les académies seraient rentrées, dans la semaine du 8 au 12 mars.
L’intersyndicale nationale a répondu par un appel à la grève pour le 12 mars, mais seulement dans le second degré et le dernier jour de cette "fenêtre de tir", le vendredi, "parce qu’il y avait déjà eu des grèves les mardis et les jeudis" ; la CGT, SUD et les SNUipp 93 et 94 ont aussi appelé le premier degré à rejoindre le mouvement le 12 mars. En même temps, l’intersyndicale interprofessionnelle appelait à une journée d’action le 23 mars. Dans cette configuration, le projet le plus souvent discuté dans les AG était donc de réussir un 12 mars éducation et de le reconduire pour rejoindre les autres secteurs le 23.

- enfin aux personnels restés en région parisienne d’occuper le terrain, notamment médiatique, par tous les moyens : à Paris, rue Royale, à deux pas de l’Élysée, la direction de L’Oréal a été mise en demeure de reprendre son DRH Luc Chatel, proposé ensuite sans plus de succès aux entreprises de La Défense. Une délégation de l’AG a rencontré les profs et les étudiants de Paris 8. Puis une délégation AG Île-de-France/étudiants de Paris 8/CGT Phillips Dreux est allée soutenir les travailleurEs de Total Flandres à Dunkerque, marquant ainsi le choix des convergences interprofessionnelles.

Choix qui n’a pas toujours été suffisamment marqué dans les AG Île-de-France. Un débat s’est initié sur la liste AG Île-de-France sur ces convergences nécessaires entre secteurs, qui n’a pas débouché sur un consensus. Pareille situation qui peut risquer d’entraîner une perte de temps pour la généralisation de la mobilisation interprofessionnelle, condition de la grève générale (souvent citée, elle, dans les AG, mais de façon relativement incantatoire, si on ne se donne pas les moyens de la préparer sur les villes et sur les départements, comme en 2003, sur le 93).

Quand la mobilisation se cherche les fautes stratégiques se payent

Au retour des vacances, la reprise de la mobilisation en région parisienne a certes été favorisée par l’appel national au 12 mars ; mais elle a aussi été gênée par le fait que ce ne soit pas un appel à tous les secteurs de l’Éducation nationale, et que ce soit en fin de semaine. Ces deux inconvénients ont été relativisés par les dynamiques d’un certain nombre d’AG de villes. Quant à l’aspect tardif dans la semaine de la rentrée, il a été tempéré par l’appel de l’AG Île-de-France à deux initiatives le 10 mars sur un axe fort de la plate-forme, la précarité (au ministère à l’appel de la CGT et au Conseil régional pour les TOS, à l’appel de SUD).

Tout de même, dans ce contexte la reprise n’a pas été au niveau de la mobilisation juste avant les vacances, et il y avait absolument besoin d’un relais national entre le 12 et le 23 mars, pour asseoir les mobilisations, qui se cherchaient, aussi bien dans de nouveaux établissements que dans ceux qui étaient en grève depuis le début. À ce moment crucial l’intersyndicale nationale éducation n’a pas appelé au 18 mars, qui du coup n’a été soutenu que par l’intersyndicale académique. À tel point que le schéma reconduction jusqu’au 23 a peu fonctionné, cette date apparaissant alors comme l’initiative Éducation qui avait manqué, d’autant plus que pour le 23, les confédérations ne s’étaient pas donné les moyens de mettre tous les secteurs dans la bataille. Ce non appel au 18 a été catastrophique pour la dynamique du mouvement qui semblait vouloir se développer en Region Parisienne sur les académies de Versailles et de Paris et dans plusieurs régions dans le pays.

Les syndicats de la FSU - et bien sûr en premier lieu le SNES - se sont vu reprocher cette faute stratégique tant ils en sont coutumiers. Mais ils se sont disculpés en affirmant que c’étaient les représentants de la CGT, qui s’étaient opposés à tout appel avant le 23, "pour ne pas lui faire de l’ombre", ce qui a été confirmé par d’autres représentants syndicaux. Pourtant informé du risque d’un tel positionnement de leur organisation au niveau national, j’avais interrogé, le 10, avant l’intersyndicale nationale, les camarades de la CGT, avec lesquels j’entretiens des relations de confiance, sur les risques d’aller au 23 sans étape. Et ils m’avaient rassuré.

Malgré ce contexte plus difficile la mobilisation de l’Éducation nationale pour le 23 a été correcte et la présence à la manif remarquée. D’autant plus qu’elle occupait à la fois le coin de la rue Charlot, devant la Bourse du Travail, avec l’IUFM de Livry-Gargan en force, le point haut devant le Théâtre Dejazet où des milliers de tracts ont été distribués, la tête du cortège Éducation, et une centaine de mètres du boulevard du Temple avec la gigantesque banderole de l’AG de ville de Bobigny, qui a serpenté pendant toute la manifestation, capté les médias, avant de s’immobiliser "en canyon" à l’arrivée place de la Nation.

Après ce succès, quelle n’a pas été la surprise des participants à l’AG qui a suivi d’entendre des présents, membres du collectif d’animation (où rien de tel n’avait été abordé), annoncer subitement que le mouvement engagé le 1er février était fini et qu’il importait d’en tirer le bilan. Ce qui apparaissait prématuré vu que la mobilisation se poursuivait dans le 92, dans certains établissements du 93 (le collège Gabriel Péri à Aubervilliers, le lycée Cugnot à Neuilly sur Marne…), de même que dans certains secteurs (IUFM, CIO…), et qu’en plus, ce mouvement s’enracinait dans des AG de villes (Saint-Denis, Aubervilliers, Bobigny, Bagnolet, Gennevilliers…).

En phase avec ce qui se passait dans le 92, à Toulouse et à Marseille, il était tout de même décidé d’appeler à une action le 30 mars, à l’Odéon, avec une manifestation vers le ministère sauvée par des lycéenNEs du 92, suivie d’une initiative médiatique de déploiement de la grande banderole noire de Bobigny devant l’assemblée nationale, sous des trombes de pluie, mais en présence de l’agence de presse AP. Le collectif d’animation suivant a préparé la participation de l’AG Île-de-France au rassemblement FCPE/intersyndicale 93 de Bobigny le 10 avril ainsi qu’à l’AG parents/enseignants 93 lui faisant suite.

Celle ci s’est orientée, vers une action au ministère le 19 mai, des actions des parents dans les classes et des recours contre les non remplacements et Base-Élèves... Lors du collectif d’animation qui a suivi, un professeur de l’IUFM de Paris est venu proposer que des membres de l’AG Île-de-France soient partie prenante de l’AG contre la casse de l’École publique, de la maternelle à l’université, également le 10 avril. Cette AG a appelé à la grève reconductible le plus tôt possible et proposé de mettre en débat la question de la grève des examens et des concours.

Malgré les tentatives dilatoires de Sarkozy, les revendications sur les retraites s’immiscent à présent dans les débats syndicaux et d’AG, posant a priori la question de la convergence public-privé et de l’insuffisance de la journée d’action du 27 mai.

Des bilans à tirer pour les suites

Quels sont les premiers enseignements à dégager de ce round de confrontation avec le régime de Sarkozy ? Certaines dynamiques n’ont pas été sans rappeler les mouvements de 95 contre Juppé, déjà sur les retraites, de 98 en Seine-Saint-Denis pour le plan d’urgence (deux mouvements qui ont gagné au moins partiellement) et de 2003. Avec ce dernier mouvement il y a beaucoup de similitudes. D’abord on n’a pas gagné ; ensuite, les responsabilités syndicales sont aussi écrasantes dans les deux cas d’avoir certes attendu et tergiversé, ce qui n’est pas nouveau mais surtout d’avoir pris la responsabilité de stopper le mouvement au moment où fallait au contraire l’épauler (en 2003 suite au début de lâchage de lest sur la décentralisation, dans des négociations à peine entamées et cette année aucun effort pour dépasser le cap des élections régionales dont le pouvoir est sorti très affaibli, mais débarrassé de la contestation forte et soutenue par l’opinion sur l’École). Il n’est pas interdit de penser qu’une poursuite aurait pu changer la donne sur la mastérisation, difficile à mettre en œuvre pour le gouvernement (comme la taxe carbone ou la réforme de la magistrature, impactées par l’échec de Sarkozy aux régionales).

Ceci dit, les conséquences de l’échec, en terme de découragement et de refus de repartir sur un mouvement contre les réformes libérales, semblent moins lourdes qu’en 2003. La dernière AG Île-de-France fin mars avait permis de mesurer une disponibilité des grévistes pour se remobiliser, notamment sur les retraites, et avait exprimé le besoin de tirer le bilan du mouvement, pour servir l’éventualité d’une reprise de la mobilisation.

  • Gérer l’élargissement de la plate-forme

Les différences entre 2003 et 2010 résident d’abord dans la plate-forme : celle de 2003, élaborée par des représentants de quelques établissements du 93 réunis au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, avant de devenir celle de l’AG Région Parisienne, puis de la coordination nationale, avait d’emblée intégré aux questions centrales du moment, le refus de la décentralisation des TOS et de la précarité, et celle des retraites pourtant programmée pour plus tard dans l’année.

Cette année, la plate-forme issue de l’AG d’Aubervilliers du 4 février a été amendée sur la généralisation au primaire et au supérieur, sur le retrait des réformes concernant le système éducatif et de la loi mobilité, sur la défense des structures menacées (CIO, RASED, SEGPA…), mais il n’a pas été possible d’aller plus loin sur l’intégration des vies scolaires et sur le refus concret de la mise en place des réformes dans les établissements, sur l’interprofessionnel, sur la casse des garanties sociales (retraites)…

  • maintenir les réseaux pour gagner du temps

La conception et les formes des actions diffèrent également : l’idée dominante cette année était que le mouvement ne pourrait pas durer plus de quelques semaines. Peut-être un souvenir de 2003 où plus de deux mois de grève pour presque rien ont laissé un souvenir amer. Mais il y a quelques contradictions à vouloir raccourcir la durée des mouvements et à ne pas trouver important de sauvegarder les réseaux et les pratiques communes dans les établissements, les villes et les départements. Rappelons l’exemple d’Aubervilliers où le maintien d’une structure de ville a permis l’entrée rapide du premier degré dans la lutte.

  • mettre en synergie les différentes formes de lutte

La grève, reconductible dans son principe, était cette année moins que les autres reconduite de jour en jour dans tous les bahuts, certains faisant les "temps forts" des mardi et/ou jeudi de manif, d’autres choisissant la grève reconductible tournante (des grévistes différents chaque jour), d’autres enfin arrêtant, puis reprenant la grève. Dans les AG les débats se portent régulièrement sur la multiplication des propositions présentées comme des alternatives à la grève, qui en fait peuvent constituer d’excellents accompagnements de cette grève, mais ne sauraient la remplacer.

Et si la grève demeure l’arme essentielle des travailleurs, le fait de prôner la grève reconductible ou non limitée doit éviter l’écueil inverse de vouloir imposer une orthodoxie de la grève reconductible, surtout au début des mouvements. Cette évolution pose l’épineuse question
de l’évaluation du rapport de force, de la délégation dans les AG, des mandats, et plus généralement de la démocratie du mouvement, condition de l’autonomie des AG et de la prise en compte de celle-ci par les syndicats (qui de leur côté dans leur ensemble sont loin d’être des modèles d’une démocratie vivante et adaptée au développement des luttes).

  • Connaître l’état du rapport de force

Jusqu’en 2003 les syndicats et particulièrement le SNES, disposant de plus de moyens pour cela, faisaient le suivi au jour le jour des grévistes. Ce n’a pas été le cas cette année et il n’y a plus eu pour connaître le nombre d’établissements concernés par la mobilisation, que le décompte de ceux présents en début d’AG, et pour connaître l’ampleur de la grève dans les différents bahuts, le dépouillement des questionnaires à l’issue des mêmes AG (une fois durant le déroulement de l’AG, sur demande de celle-ci, afin de prendre ses décisions en connaissance de cause ; mais cela nécessite d’investir plusieurs participants dans cette tâche) ; ensuite de nombreux établissements en grève non présents à l’AG demandaient à être ajoutés, mais il était difficile de savoir combien n’étaient pas pris en compte du tout, notamment les jours d’appels nationaux. Les décomptes ont toujours été complexes pour les structures pluri-établissements, du type AG de ville, IUFM, supérieur… Le débat sur le décompte et la popularisation de l’état des grévistes, doit continuer à se mener, indépendamment de la question des mandats, plus liée au développement de chaque mouvement.

  • La démocratie, question névralgique

La question du décompte des mandats rejoint celle de leur expression des décisions des AG et de leur mise en œuvre, et celle de la représentation démocratique des grévistes.

Cette année, sur la durée de la mobilisation, les choses se sont déroulées à peu près correctement dans l’AG Île-de-France : l’élaboration de la plate-forme (pas forcément ses amendements, mais c’est compliqué d’amender une plate-forme quand le temps est compté et que chacun veut retrouver les propositions de son bahut), les décisions sur l’action (quand elles ont eu le temps d’être valablement traitées), la mise en place du collectif d’animation (mais pas la fréquence de ses réunions ni la répartition et la rotation des tâches définies par les AG), la désignation des représentants de l’AG dans les instances… Ces dernierEs n’ont d’ailleurs pratiquement pas siégé, vu qu’on n’a pas eu le temps d’en arriver à de réelles négociations, qu’une fois les syndicats ne sont pas montés parce que le ministère refusait les délégués élus de l’AG, et une autre fois, à l’inverse, ils sont partis en cachette en n’emmenant surtout pas de représentants de l’AG.

La question de "qui vote", et de l’expression des mandats a été posée dès le début de façon principielle, au moment où il fallait surtout construire le mouvement encore fragile, ce qui n’a pas permis d’aborder correctement la question de la rotation des tâches, notamment pour la tribune et pour les comptes rendus.

Cette question est bien sûr essentielle pour savoir où on en est du rapport de force, crédibilise l’AG par rapport à ceux qui ne veulent pas tenir compte de ses décisions, et pour éviter les manipulations de l’AG dans le sens de la surchauffe (comme en 2003) ou à l’inverse du freinage "anticipé" comme cette année - cela avait été le point de vue défendu en 2003 par le collège Travail, jusqu’à devenir majoritaire. Mais ces "mandats sur les mandats" doivent émaner des établissements et être défendus en évitant de limiter l’effet de la dynamique, tant que la mobilisation est en phase ascendante, sans crisper, ni perdre inutilement de temps consacré à l’analyse de la situation et aux décisions sur l’action.

D’une façon plus générale le fonctionnement des AG présente souvent des limites qui sont la résultante de limites individuelles : trop de militantEs qui théorisent la nécessité de s’affranchir des bureaucraties syndicales et de développer l’autonomie des mouvements sociaux, ne prennent pas la peine de se faire mandater par leur AG d’établissement, s’en vont avant la fin des AG, se passionnent pour les polémiques, ne font pas les efforts de consensus et de synthèse que ce fonctionnement exige, et au finish redonnent ainsi la main aux directions syndicales, en ne prenant pas assez au sérieux ce merveilleux outil que constitue une AG qui fonctionne à peu près (surtout quand on considère tous les départements où il n’a pas encore été possible de mettre en place ce type d’AG).

Olivier Vinay (Seine-Saint-Denis),le 22 mai 2010


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