Contributions de militant-e-s d’Émancipation sur le thème 4

Quelle FSU pour quel syndicalisme ?
mardi 5 janvier 2010
par  Emancipation67

Dans le cadre de la préparation du congrès national de la FSU, un "Pour info" spécial (bulletin interne de la FSU à destination des "cadres") est réalisé.
Voici la contribution de quatre militant-e-s d’Émancipation sur le thème 4 ("Quelle FSU pour quel syndicalisme ?"), ci-dessous et en pièce jointe.

RESOLUTIONS

Les annonces ont été faites, l’illusion d’une concertation a été mise en scène, les textes sont publiés ou prêts de l’être : 2010 va être l’année où sous nos yeux va se poursuivre le démontage pan par pan de notre système éducatif, de la maternelle à l’université, de la formation des enseignantEs, de la poste et des autres services publics puis des retraites… Et tout ça avec une soumission aux puissances financières capitalistes qui vivent de « la crise », patronales qui détournent les richesses produites, religieuses et impérialistes, qui couvrent quand elle n’attisent pas l’exploitation, l’obscurantisme, les guerres et le pillage des ressources naturelles au profit d’une minorité… Et aussi une répression des opposantEs, des jeunes, des immigrés, et une attaque des libertés, qui ne sont pas sans rappeler les périodes sombres de notre histoire.

Comment en 2010 mettre Sarkozy, sa bande et ceux dont ils sont les exécutants serviles, hors d’état de nuire ? Voilà le sacré problème dont la résolution importe à l’ensemble des travailleurEs de ce pays et aux organisations qui sont censées les défendre.

Face à cette nouvelle année horrible annoncée, les directions syndicales y vont de leurs « bonnes résolutions » : une grève, le 21 janvier, dans la fonction publique et une manifestation nationale le 30 dans, l’Education.
Ce nouveau dispositif de mobilisation (étaient initialement prévues grève le 14 janvier et manif le 21), butte sur les congés décalés de février et incidemment sur le congrès de la FSU.

Pour marquer enfin une résolution à la hauteur de l’offensive gouvernementale et de l’attente des travailleurEs qui à chaque fois qu’on leur en a donné l’occasion (29 janvier et 19 mars 09, LKP aux Antilles,…) ont montré leur désir d’en finir avec ce régime, il faut de tout autres résolutions :

- se prononcer et agir contre TOUT ce qui vient de ce pouvoir disqualifié, ne pas trier les quelques mesures moins repoussantes, parmi la masse des « réformes ». La cohérence de l’ensemble de cette politique rétrograde annule de toute façon la portée les dispositions qui seraient plus acceptable en apparence, et qui ne sont là que pour appâter le « gogo syndical » ;
- dénoncer le « dialogue social » de Sarkozy et cesser de lier la reconnaissance et la survie des organisations syndicale à cette conception du compromis social : Quand un contrat n’a pas ou plus de raison d’être ou bien est entaché de nullité on prononce sa « résolution » ;
- n’avoir de cesse d’expliciter dans les média syndicaux, dans les AG, dans l’opinion, le monde abject qu’entend construire ce pouvoir en faisant le choix de la clarté revendicative (le retrait de toutes les réformes et projets, les 300 euros pour touTEs, les 37, 5 annuités pour une retraite pleine à 60 ans, la titularisation de tous les précaires, l’arrêt immédiat de la répression et des mesures liberticides…). Le flou -on dit maintenant : « basse résolution », les reniements, ne visent qu’à entretenir d’illusoires unités, destinée à se déliter juste au moment où le rapport de force menace le pouvoir (comme en 95 et en 2003)
- appeler les AG à voter la grève reconductible dès la rentrée et à généraliser cette grève à l’ensemble des secteurs, de façon à faire des 21 et 30 janvier, non de rituelles actions saute mouton, mais des étapes coordonnées du mouvement à construire pour espérer gagner sur les revendications. La contre partie de cet appel aux AG, c’est l’engagement qu’elles pourront se coordonner avec le soutien syndical et décider la poursuite de l’action en fonction de l’évaluation du rapport de force.
C’est à ce prix que les résolutions des congrès syndicaux seront autre chose que des lettres mortes pour amuser la galerie et que les luttes en cours trouveront d’autres résolutions que les élections régionales.

Olivier Vinay

Quelle "recomposition" syndicale ?

Selon les médias et les déclarations de divers responsables syndicaux, l’évolution du paysage syndical est inéluctable. Du coup, les syndiqué-e-s découvrent parfois dans la presse (et pas la presse syndicale !) des questions sérieuses qui - jusqu’à une date récente - n’étaient pas portées dans le débat à la base des organisations. C’est malheureusement le cas pour le rapprochement CGT/FSU qui est impulsé depuis presque un an maintenant.
Un autre aspect important est que les diverses tentatives de "recomposition" actuelles, résultent en fait d’un accompagnement de la loi sur la "représentativité syndicale" dans le privé, et dans le projet de loi résultant des accords de Bercy pour ce qui est du public. Dispositifs qui sont des armes pour le gouvernement, pout piloter la recomposition syndicale par en haut tout en portant atteinte à la capacité d’intervention du syndicalisme et finalement à son indépendance (par exemple l’ingérence dans les finances des organisations syndicales, ce que le mouvement ouvrier a toujours condamné depuis la loi de 1844).
Voici donc deux préalables (débat à la base entre syndiqué-e-s des organisations, refus se de situer sur le terrain de l’accompagnement des lois sur la "représentativité") incontournables pour toute perspective de recomposition syndicale… faute de quoi on n’aurait affaire qu’à des processus néfastes pour le syndicalisme.

Dans le même temps, rien ne justifie d’accepter un éparpillement syndical qui nuit considérablement à l’organisation unitaire du mouvement ouvrier. Il y place pour un vrai processus de (ré)unification syndicale, pour peut qu’il respecte les deux préalables ci-dessus, et qu’il se construise à partir des luttes. La perspective d’une confédération unique des travailleurs peut être une boussole, reposant notamment sur :

- l’indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques, des gouvernements, du patronat et des pouvoirs religieux (charte d’Amiens).
- un syndicalisme de lutte s’inscrivant dans une perspective de rupture avec le capitalisme.
- la démocratie syndicale garantie entre autres par un authentique droit de tendance.
- l’existence de véritables structures syndicales interprofessionnelles regroupant sur une base géographique (sections locales, départementales…) tous les salariés, sur un mode de fonctionnement fédéraliste.
Il est- évident que toute décision transformant les structures de la FSU nécessite au préalable l’organisation d’un débat impliquant tous les syndiqués, et la tenue d’un congrès portant cette question à l’ordre du jour.

Catherine Léger (SNES 94, Émancipation)

Contre l’adhésion de la FSU à la Confédération Européenne des Syndicats (CES)

Le rapport préparatoire relève justement que la direction de la FSU s’était engagée à mener le débat sur l’adhésion à la CES, et que cela n’a pas été fait.
Mais ce qui est proposé pose problème, sur le fond et la forme.
1) sur la forme : on nous dit justement que le mandat c’est de "mettre en débat l’adhésion de la FSU à la CES", et ensuite on indique benoîtement que "Le congrès devra donc s’exprimer sur l’opportunité d’adhésion à la CES afin de mettre en œuvre le mandat"… autrement dit, on décide d’abord et on discute après. Belle conception du débat démocratique dans le syndicat !
2) sur le fond : pas de vraie analyse des positions de la CES sur la construction libérale de l’Union Européenne, ce qui est incompréhensible puisque ses positions sont incompatibles avec celles de la FSU. Que ce soit par exemple à propos de la "Constitution" européenne, ou de son clone le traité de Lisbonne. Ainsi sur le TCE (interview du secrétaire général au Monde, 11/11/03) : "La Convention a fait du bon travail. Si ce texte n’est pas adopté, l’Europe sera bloquée (…) ce n’est donc pas le moment de chipoter sur les détails. Il faut respirer un grand coup et voter Oui".
Et sur le traité de Lisbonne ? "La CES attend avec impatience l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne" (communiqué du 5/11/09). D’ailleurs, son secrétaire général était clair devant les Irlandais appelés à revoter un juillet : "Dans un vaste discours qu’il adressera à l’Irish Congress of Trade Unions, John Monks (…) incitera vivement les syndicalistes irlandais à avoir une vision positive du traité de Lisbonne et à voter “oui” lors du prochain référendum" (10/07/09).

On pourrait multiplier les exemples : le soutien aux politiques libérales de la commission Européenne, tout comme le soutien au traité de Lisbonne - auquel s’oppose la FSU - sont contradictoires avec un syndicalisme revendicatif.
Cela est lié aussi à une conception du syndicalisme. Serait-il acceptable de construire le syndicalisme européen à la sauce CES : à savoir comme partenaire officiel d’institutions peu démocratiques, co-gérant de l’élaboration de textes européens défavorables aux intérêts de travailleurs ? Peut-on accepter le manque d’indépendance politique et institutionnelle de la CES par rapport aux institutions de l’Union Européenne, y compris sur le plan financier ?

Il est parfaitement possible et souhaitable de regrouper, en vue de mobilisations communes, toutes les forces syndicales (quelle que soit leur affiliation, CES ou pas) qui combattent les politiques libérales décidées au niveau européen ou mondial. Les cadres syndicaux qui existent déjà le permettent tout à fait, pas besoin d’adhérer à la CES comme le prétendent certains responsables de la FSU pour noyer le poisson et ne pas débattre du fond.

Le congrès doit repousser l’adhésion à la CES, mais aussi la méthode de débat proposée (voir point 1) !

Quentin Dauphiné (SNES 83, Émancipation)

In cauda venenum…

La FSU nous entraînerait-elle à l’insu de notre plein gré vers un " dialogue social sectoriel" européen pour l’éducation ?

Avec le "dialogues social" dans la Fonction Publique, les accords de Bercy n’ont fait qu’entériner au niveau français la participation syndicale aux nouvelles formes de gouvernance européenne. Ils ouvrent la voie désormais au projet préparé depuis cinq ans dans la plus grande discrétion au sein de la Confédération européenne des Syndicats (CES) de dialogue sectoriel dans l’Éducation, secteur dont les réformes s’inscrivent rappelons-le dans le cadre de décisions arrêtées au niveau des politiques européennes (stratégie de Lisbonne). Ce dialogue social européen pour l’éducation devrait débuter dans les premiers mois de l’année 2010.
Considérant que "le dialogue social européen et ses applications institutionnelles constituent un élément important de la Stratégie de Lisbonne", le CSEE [1], Fédération syndicale pour le secteur de l’enseignement membre de la CES, a adressé avec la Fédération des employeurs de ce secteur (FEEE) le 30 septembre 2009 auprès de la Commission européenne "une lettre de candidature conjointe pour la création d’un Comité européen de dialogue social sectoriel pour l’éducation, conformément aux articles 138-139 du Traité CE [2]. (...)" . Le CSEE, est en effet désormais appelé à "servir en tant que partenaire social pour le secteur de l’enseignement dans le Dialogue social de l’UE".

Toutes choses dont le pré-rapport ne souffle mot, si ce n’est de manière allusive notamment dans la dernière question, p.44, III-4.11. Quels moyens et quelle stratégie de la FSU pour prendre sa place dans différentes instances internationales et européennes de consultation des syndicats et de la société civile ?

Réponse en fait déjà contenue dans la question de l’adhésion de la FSU à la CES et à la CSI, qui comporte également un secteur Éducation, l’I.E (internationale de l’éducation, créée en 1994) en charge du processus d’harmonisation du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche et de la question de l’exode des cerveaux, A ce titre, l’IE, à laquelle le SNESUP-FSU a adhéré récemment, est… associée comme membre consultatif au groupe de suivi du Processus de Bologne.

- en France, la FSU doit combattre le projet de loi sur le dialogue social issu des accords de Bercy, pour qu’il ne s’applique pas, et refusera de s’associer aux discussions concernant sa mise en place.
-  au niveau européen et international, le congrès doit refuser d’entériner la demande d’adhésion de la FSU à la CES et à la CSI et son intervention dans toutes les instances de suivi ou de "consultation des syndicats" associées aux processus de démantèlement des services publics et d’Éducation.

Nicole Desautels

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Résolutions
Contributions de militant-e-s d’Émancipation sur le thème 4 ("Quelle FSU pour quel syndicalisme ?")
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Quelle "recomposition" syndicale ?
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Contre l’adhésion de la FSU à la Confédération Européenne des Syndicats
Contributions de militant-e-s d’Émancipation sur le thème 4 ("Quelle FSU pour quel syndicalisme ?")
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In cauda venenum…
Contributions de militant-e-s d’Émancipation sur le thème 4 ("Quelle FSU pour quel syndicalisme ?")

[1(Comité syndical européen de l’éducation, fédération affiliée à la CES. Membres France : FEP-CFDT, FERC-CGT, FNEC.FP-FO, SGEN-CFDT, SNCS, SNEP-FSU, SNES-FSU, SNETAA, SNETAP-FSU, SNUipp-FSU.)

[2(voir le site dédié www.edu-dialogue.eu)


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