Contributions de militant-e-s d’Émancipation sur le thème 3

Être ou ne pas être … anticapitaliste
mardi 5 janvier 2010
par  Emancipation67

Dans le cadre de la préparation du congrès national de la FSU, un "Pour info" spécial (bulletin interne de la FSU à destination des "cadres") est réalisé.
Voici la contribution de deux militants d’Émancipation sur le thème 3 ("Pour des alternatives économiques, sociales et environnementales "), ci-dessous et en pièce jointe.

Être ou ne pas être … anticapitaliste

Qu’une organisation syndicale se pose la question des alternatives, on devrait s’en féliciter. Mais une fois de plus, le texte soumis à la discussion pour le congrès de la FSU concernant le thème 3 qui s’intitule pompeusement « Pour des alternatives économiques, sociales et écologiques » fait dans l’évitement généralisé : alternatives à quoi ? Discussion académique pour « réguler » ou analyse des ravages du capitalisme pour engager des luttes ? Que tire-t-on de ces vagues discours en termes de revendications, de syndicalisme de luttes, d’alliances, de solidarités ?

Le mythe de la régulation.
Il aura fallu toutes les critiques des plateformes des congrès précédents pour que le mot « capitalisme » soit prudemment introduit. Mais il s’agit du « méchant » capitalisme globalisé, financiarisé et néolibéral. Il n’y a aucune caractérisation de ce qu’est le capitalisme : un projet cohérent politique et idéologique qui détruit tous les droits fondamentaux au logement, à la santé, à l’éducation … qui met les humains en concurrence dans tous les domaines et transforme toutes les activités en marchandise. Sans le dire, le texte lui oppose un « bon » capitalisme moralisé qui se bornerait, grâce à la croissance à produire des richesses. Un « bon » Etat régulateur et des « bonnes » institutions répartiraient équitablement ces richesses grâce à des services publics efficaces. Dans ce conte de fées, tous les mots qui fâchent comme « lutte des classes », « marxisme », « appropriation collective des moyens de production » … ont disparu au profit de termes de novlangue comme « sécurité sociale professionnelle ». Drôle de monde où le patronat et les capitalistes croient totalement en la lutte des classes et sont décidés à la gagner en liquidant un à un tous les acquis sociaux arrachés dans les périodes précédentes, alors que les syndicats mythifient le « retour » d’un vrai partenariat. Ce refus de voir la cohérence du capitalisme a pour conséquence le refus de combattre frontalement la stratégie de destruction complète des droits qu’il entreprend à l’échelle internationale.

Bref, le texte introductif au thème 3 est davantage un texte d’accompagnement des mutations du capitalisme plutôt qu’un texte d’alternative.

Philippe Dubacq (Emancipation-44)

Alternative ou recul ?

Sur de nombreux points, le texte du thème 3 soumis à la discussion laisse perplexe.

La capitulation devant l’Europe libérale
La FSU n’a jamais appelé à voter « non » au référendum sur l’Europe libérale. Le texte rejeté au référendum s’applique aujourd’hui. Cette Europe-là démantèle les services publics, achève la privatisation de l’énergie, des transports, mais la FSU ne remet pas en cause ses institutions. Elle aspire toujours à adhérer à la CES qui a activement fait campagne pour le traité de Lisbonne.

Travail, santé, retraites, logement, transports, énergie, services publics
Ce sont sur ces terrains que les attaques ont été les plus violentes : généralisation de la précarité, licenciements, harcèlement au travail, remplacement progressif de la protection sociale par les assurances et les complémentaires privées. Comme la CGT, le texte parle de « sécurité sociale professionnelle », c’est-à-dire d’acceptation des licenciements et de la flexibilité. La FSU constate les reculs sans voir leur cohérence, sans opposer une logique revendicative, sans même exiger la socialisation de tous les secteurs privatisés ou livrés à la concurrence.

Droits et libertés
Le texte a du mal à appeler un chat un chat et à parler de criminalisation des immigrés, des pauvres, des jeunes. On mesure les illusions quand le texte réclame une police « respectueuse des personnes et de leurs droits ». On est plus étonné de la discrétion de la partie concernant le racisme. Quand plus de 10% des habitants de ce pays (Noirs, Roms, Arabes, Musulmans …) subissent quotidiennement les discriminations au travail, au logement, à l’école et sont systématiquement réprimés par la police et la justice, cela mériterait une vraie riposte. Le silence sur « l’identité nationale » (qui n’est pas un « débat », mais une machine de guerre pour déclencher la haine) est, espérons-le, accidentel. Le texte parle de régularisation des Sans Papiers. Là encore, on veut espérer que la formulation durement arrachée aux congrès précédents (régularisation de TOUS les Sans Papiers) sera rétablie.

International
Le texte évoque les « mauvaises » institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMC) face aux « bonnes », l’ONU étant au-dessus de tout soupçon. Le rôle de l’armée française en Afghanistan ou en Afrique est évoqué avec prudence. Il ne s’agit pas de dire que cette armée soutient les pires dictatures corrompues et que son retrait doit être immédiat et inconditionnel. L’écriture du texte sur l’Afghanistan a soulevé des difficultés, des camarades pensant sans doute que l’armée française est un rempart contre l’obscurantisme. Enfin sur Israël-Palestine, la FSU a signé, il y a quelques mois l’appel au BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël tant que durera l’occupation. Aucune allusion n’est faite à cette signature qui implique pourtant un vrai engagement de syndiqués. Encore un oubli malencontreux, c’est sûr.

Pierre Stambul (Emancipation-13)

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