Répression anti-syndicale à Marseille

Le droit à la parole des parents réprimé à l’école !
vendredi 22 décembre 2006
par  Daniel Koechlin

Témoignage de Sophie, Présidente de l’association des parents d’élèves

Cabale contre des parents d’élèves de la Rue de la Paix orchestrée par deux inspecteurs de l’éducation nationale. Ca commence par un beau projet, celui d’une classe de neige pour des enfants de ZEP qui pour la plupart ne sont jamais sortis de Marseille, voire de leur quartier… Ca finit devant les tribunaux.

Début du feuilleton

A l’initiative d’un enseignant volontaire, le projet consiste à transplanter la classe 14 jours à la montagne dans un centre agréé pour ce type de classe de neige : cours le matin, découverte de la montagne l’après-midi
Des semaines à monter le projet, décrocher les financements, arriver à rassembler les papiers nécessaires pour l’indexation sur le revenu pour toutes les familles (qui n’ont pas de moyens, le plus souvent), des semaines à discuter avec certains parents qui avaient vraiment peur de lâcher pour la première fois le petit, la petite (qui ne dormira pas à la maison pendant 13 jours) ....
Bref, pas mal de travail de préparation, du coup, tout le monde était aussi très investi, parents et enfants ...
Il y a 10 jours tombe l’avis défavorable de l’inspecteur de l’éducation nationale de la circonscription.. Stupeur des enfants et des parents !
L’association des parents d’élèves et 3 parents de la classe concernés demandent par courrier des explications. Nous sommes reçu par Mr Hoffalt mardi 12 à 16H30. Il nous informe que son avis défavorable est fondé sur une très mauvaise impression qu’il a de l’enseignant : « j’ai des observations et des renseignements » mais refuse évidemment de nous dire d’où exactement …
Il nous informe que si l’enseignant accepte qu’il vienne en classe pour examiner le projet en détail et la manière dont il fonctionne sur le plan pédagogique, il reconsidérerait son avis.
L’enseignant accepte –ce qui lui coûte- puisque revendiquant sur le plan syndical d’autres pratiques d’évaluation que celles en vigueur- il a toujours décliné l’inspection.
Mr Hoffalt est venu vendredi dernier passer du temps dans la classe et interroger l’enseignant sur ses pratiques et méthodes de travail.

Premier épisode

Lundi matin, une maman appelle son service pour connaître son avis définitif : ayant été reçue, il lui paraissait normal d’être tenue informée. La secrétaire l’informe que Mr l’inspecteur ne donnerait aucun avis par téléphone et que les parents seraient informés de la situation par la directrice d’école.
En toute logique, 5 parents d’élèves se présentent à l’école le lendemain matin et demandent à parler à la directrice. L’enseignante en fonction à l’entrée ce matin là nous indique que Madame Toledano n’était pas disponible et qu’elle serait absente toute la journée.
Maurice parent d’élève l’a pourtant aperçue dans son bureau … La réponse concernant la classe de neige se faisant attendre, les vacances approchant, nous craignions que l’inspecteur fasse délibérément traîner le dossier pour enterrer l’affaire : la classe de neige est prévue en janvier et beaucoup de choses restent à préparer (notamment une bourse aux vêtements de ski pour les familles qui pour la plupart n’ont pas les moyens de se les payer …). Déterminés à savoir ce qu’il en est, les 5 parents rentrent dans l’école (sans aucune violence), frappent poliment à la porte de la directrice qui accepte de nous recevoir malgré son état de choc (une bien mauvaise nouvelle familiale venait de lui être annoncée..). Nous lui signalons que nous ne voulons pas la retenir longtemps mais juste savoir ce qu’il en était pour la classe de neige. La directrice nous dit qu’elle n’est pas au courant, elle vérifie les messages e-mail du matin : rien à ce sujet. Nous l’informons alors que nous montons en classe et y attendrons patiemment la réponse de Mr Hoffalt.

Deuxième épisode

Le maître fait classe normalement, nous informons la presse de notre présence dans l’école et attendons des nouvelles. Le tout dans le plus grand calme.
Une demi-heure plus tard, l’inspecteur arrive et nous demande de quitter la classe pour aller s’expliquer dans le bureau de la directrice : évidemment nous n’avons rien à faire là …
Il nous signifie alors son refus de classe de neige au motif que l’enseignant est jugé par lui : « indigne de l’éducation nationale », sa classe étant un « désert cognitif et pédagogique ». Les parents d’élèves contestent ce point de vue : ils sont bien placés pour apprécier les progrès scolaires de leurs enfants et le contexte éducatif épanouissant avéré depuis le début de l’année. Nous ne sommes pas dupes du dossier à charge monté contre l’enseignant dans la ligne de mire de ses supérieurs hiérarchiques pour ses méthodes de pédagogie active (dont certaines pratiques sont héritées de Freinet), son engagement syndical et sa militance citoyenne en faveur des sans papiers (RESF).
Refusant que les enfants soient pris en otages dans cette affaire puisqu’on les prive de classe de neige sous des prétextes fallacieux : nous contestons donc le point de vue de Mr Hoffalt et l’informons que nous demandons la tenue d’un conseil d’école extraordinaire. Nous remontons en classe, décidés à y rester jusqu’à être informé d’une décision en ce sens.

Troisième épisode

En classe, le maître fait cours normalement, nous ne perturbons pas la classe.
Une demi-heure plus tard, Mr Yaïche (Inspecteur d’Académie Adjoint) arrive et nous demande de quitter la classe pour s’entretenir avec nous dans le bureau de la directrice. Ce que nous acceptons sans problème.
Il nous sermonne, nous dit que notre présence dans l’école est inadmissible et refuse de parler du fond du problème : il me précise que je pouvais lui demander une audience. Je le fais et lui demande quand ? Quand je serais disposé à vous recevoir. Autant dire … pas tout de suite (et la classe de neige est enterrée). Nous lui signalons que nous sommes en désaccord avec Mr Hoffalt sur le motif d’incompétence du maître et il nous répond de manière méprisante que ce n’est pas notre affaire. N’y tenant plus, une maman décide de rejoindre la classe. Immédiatement, Mr Yaiche se précipite pour l’en empêcher, ne parvient pas à la rattraper mais se poste physiquement devant la porte d’accès aux escaliers. En pleine récréation et sous les yeux des enfants, ce monsieur supposé être maître de ses moyens prend le risque d’un affrontement avec un parent : Maurice souhaite remonter en classe rejoindre la maman qui s’y trouve seule et récupérer ses affaires personnelles. Mr Yaiche l’en empêche. Maurice tente d’ouvrir la porte par-dessus son épaule, il l’entrouvre, Mr Yaiche la referme vivement, coinçant le doigt de Maurice qui lui demande d’ouvrir immédiatement la porte. Mr Yaiche refuse, Maurice a mal et essaye de se dégager ce qui provoque une bousculade. Immédiatement Mr Yaiche l’attrape par le veston et le secoue comme un chiffonnier (la chemise de Maurice est déchirée), Maurice se débat et Mr Yaiche glisse par terre, sur le dos, il continue à donner des coups de pieds dans les jambes de Maurice qui franchit la porte. Tout ceci devant les yeux des enfants.
Je le suis et nous nous retrouvons en classe.

Quatrième épisode

Mr Hoffalt et Mr Yaiche entrent en classe où règne le calme : les enfants sont en cours, nous sommes silencieux au fond de la classe. Mr Yaiche interrompt le cours en interpellant les enfants : « vous avez vu les enfants le mauvais exemple de ces parents à ne pas suivre ». Nous protestons, il nous ordonne de nous taire employant un ton plus qu’autoritaire « taisez vous, taisez vous ». Nous lui faisons remarquer le côté déplacé de ces propos : nous ne sommes pas ses élèves !
Je sors téléphoner sur le balcon. Quand j’ouvre la porte pour entrer Mr Yaiche se précipite pour m’en empêcher : il pose ses mains sur moi et me repousse. Je lui demande de ne pas me toucher et de bien vouloir en rester aux mots entre adultes civilisés. Il me répond que je n’ai rien à faire dans cette classe. Je lui rappelle que je suis présidente de l’association des parents d’élève, déléguée FCPE de cette école, élue par la communauté des parents : il me répond texto : « madame, vous n’êtes rien du tout ». J’ai pris acte sans broncher et considère cette parole méprisante indigne d’un représentant de l’éducation nationale. Déni d’existence des parents devant les enfants, humiliation et rejet de notre autorité parentale.
Maurice est ulcéré : il lui dit d’arrêter de se comporter comme un clown …. Ce qui est diffamatoire … plainte pour outrage entre autre …

Cinquième épisode

Des policiers de la brigade anti-criminalité arrivent à l’école appelés par Mr Yaiche, nous sortons calmement de la classe pour nous expliquer : aucune agressivité de notre part, les policiers sont sereins : tout le monde doit venir déposer au commissariat et pour eux, l’affaire sera vite réglée …

Sauf que les inspecteurs ont bien préparé la cabale : ils portent plainte pour entrée illégale dans l’école, outrage et violence volontaire sur agents du service public, ce qui est très grave.
Nous sommes entendus au commissariat vers midi. Maurice est mis en garde à vue. Une maman et moi-même sommes relâchées mais convoquée à nouveau à 14H15 comme témoins.
La confrontation a lieu – sans la présence de Mr Yaiche qui s’est rendu aux urgences de l’hôpital faire constater ses bobos.
Ce monsieur qui se plaint de s’être fait bousculer, jeter à terre et piétiner bénéficie d’un arrêt de travail de 6 jours. Il avait pourtant un bon pas le matin pour rejoindre le commissariat à pied sans souffrir de maux trop douloureux. Et surtout ce monsieur siégeait ce mercredi après-midi même dans une commission paritaire de l’éducation nationale apparemment en pleine forme …
Au commissariat il nous a clairement été dit que l’affaire prenait une sale tournure pour nous en raison de nos faits de communication vers la presse et notamment l’AFP. L’affaire est arrivée en haut lieu au niveau national et les ordres sont immédiatement redescendus dictant manifestement une extrême sévérité à l’égard des parents.
Maurice a passé la nuit au trou, sans ses lacets en délinquant qu’il est !
Nous restons libres « parce que vous êtes des femmes » (sic !) mais convoquées au tribunal en janvier.
Cet après-midi, Maurice a été envoyé devant le procureur qui lui a signalé sa possible comparution immédiate en déféré. Evité de justesse (c’est-à-dire la prison) l’affaire est renvoyée devant le tribunal pour un jugement en mars.

Dénouement : affaire à suivre …

Maurice est enfin relâché

Le jour même de cet incident à l’école, l’enseignant, bien que non impliqué, a été suspendu de ses fonctions - ! -
Nous allons nous défendre et envisageons de porter plainte comme Mr Yaiche inspecteur de l’éducation nationale dont les propos et le comportements ont été injurieux – et violents - envers les parents que nous représentons … Nous défendions simplement une classe de neige pour des enfants en ZEP – nos enfants - et soutenions – la qualité du travail d’ un enseignant de qualité que l’éducation nationale souhaite - visiblement –écarter.