Assises FSU sur la formation des enseignants : une nouvelle journée des dupes et une grande braderie

Tract distribué à l’ouverture des Assises
vendredi 6 novembre 2009
par  PB, Administrateur

Bas les masques ! Les événements de l’année 2008 – 2009 éclairent la journée du 7 novembre, mais ne sonnent pas l’abandon de la lutte.

De l’aveuglement…

Dès le 2 juillet 2008, alors que l’on connaît depuis un mois seulement le projet gouvernemental de recrutement des enseignants au niveau master, et la suppression concomitante des IUFM, l’inquiétude monte et nos camarades de l’IUFM Midi-Pyrénées, mesurant la gravité de l’attaque, organisent des assises d’ampleur nationale préparant la lutte pour la rentrée. Des états généraux sont prévus dès la rentrée 2008-2009.

A la rentrée 2008, la direction de la FSU s’inquiète… devant la volonté de lutte des IUFM. Elle reprend à son compte l’organisation d’états généraux en octobre ; il n’en sort aucune proposition d’action crédible, si ce n’est le constat d’une profonde division et confusion de la FSU sur la formation des enseignants. Que s’est-il passé entre temps ? SNES, SNUipp, SNEP et SNUEP ont publié le 26 septembre 2008 un communiqué dans lequel ils déclarent qu’ils "ont décidé de participer aux discussions" avec Darcos car "en effet, certaines des préoccupations exprimées par les syndicats de la FSU ont été prises en compte dans le document proposé par le Ministre" sic !! La finalité du projet de mastérisation n’est toujours pas comprise ou, au contraire, est approuvée ! L’objectif premier, pour nombre de syndicats de la FSU, est l’élévation du niveau de recrutement au profit de ce qu’ils voient comme une revalorisation corporatiste. La qualité de la formation n’est pas au centre des préoccupations.

En opposition à cet aveuglement ou cette complaisance syndicale, les luttes se développent néanmoins.

Se crée une Coordination Nationale des IUFM très rapidement remplacée par une Coordination Nationale de la Formation Des Enseignants (CNFDE). Tandis que le gouvernement supprime simultanément 100 000 postes en 5 ans, l’idée d’une "revalo" dont parle alors Darcos ne laisse pourtant pas insensible le SNES, incapable de prendre la mesure des réalités de la politique sarkozyste. Rappelons que le SNES s’est aussi opposé, il y a vingt ans, à la création des IUFM ; leur disparition apparaît comme une aubaine inespérée. Dès la première réunion, le 31 janvier 2009, la direction du SNEsup prend le contrôle de la CNFDE.

… A la trahison

Poussée par la base qui refuse la mastérisation telle qu’elle est proposée par le gouvernement, la FSU est timidement conduite à demander son… report, et plus ou moins son « abandon ». Néanmoins, personne n’est dupe et tout le monde sait que le SNES pilote les positions de la FSU sur la mastérisation. Il écrit ainsi le 13 mars : "Dans l’attente de l’ouverture de véritables discussions et d’avancées de la part du ministère, le SNES continuera à demander le report en 2011 de tout projet de réforme finalisée", loin d’exiger… son "abandon" ! La demande verbale d’abandon permet néanmoins de donner le change et n’engage que ceux qui y croient. Aussi des représentants de la FSU participent-ils à des "groupes de travail"avec le ministère au printemps 2009 : quête de "reconnaissance", naïveté, duplicité ?

"Le matérialisme ne ment pas" : on sait ce qu’il est advenu des positions de la FSU au moment crucial. L’abstention et le refus de vote de la FSU sur les projets de décrets concernant les professeurs agrégés, certifiés, les conseillers d’éducation et les professeurs d’EPS, lors du CTPM (Comité Technique Paritaire Ministériel) du 28 mai ont constitué, pour l’ensemble de ceux qui luttaient, une trahison. La FSU est apparue en pleine lumière comme un cartel de syndicats corporatistes. Ce coup de poignard dans le dos orchestré par SNES et SNEP a démoralisé et démobilisé ceux qui continuaient encore à se battre. Cette position fratricide a permis de légitimer la promulgation des décrets gouvernementaux sur la mastérisation le 29 juillet, décrets combattus depuis un an par les personnels mobilisés. En contrepartie, la "revalorisation" espérée par le SNES se résume à un maigre et toujours hypothétique plat de lentilles : 100 € de plus par mois pour les débutants, tandis que le gouvernement n’aura plus à verser le salaire des stagiaires PE2 et PLC2 actuellement à bac + 5, d’un montant de 1600 € bruts par mois.

Où en est la FSU le 7 novembre 2009 ?

Le gouvernement a temporairement gagné : suppression des IUFM, économies en formation initiale des enseignants, constitution d’un stock de précaires titulaires d’un master d’enseignement, démoralisation des personnels, division syndicale, relance de la "guéguerre" de diversion entre "pédagogistes" et "disciplinaires" et, cerise sur le gâteau, absence de la carotte "revalorisation" qui avait tant fait courir les corporatistes du SNES. La FSU, soit n’a pu mesurer la gravité de l’attaque, soit l’a sciemment accompagnée pour certains de ses syndicats ; elle entre en crise et a perdu sa crédibilité. L’un des récents avatars de cette crise est porté à la connaissance de tous par la lettre du 24 octobre signée par six syndicats, dont deux de la FSU, demandant aux ministres l’admissibilité en M1 et l’admission en M2 ; sans d’ailleurs que les syndiqués aient le moins du monde été consultés sur ce choix.

La tenue d’Assises de la formation le 7 novembre correspond à un choix tactique très éloigné de l’objectif rendu public. En pleine période de votes dans la FSU, il s’agit de tenter de redonner une crédibilité perdue à une tendance dirigeante qui s’est discréditée, en faisant croire "qu’elle fait quelque chose" pour éviter ce qui se passe. A quelques mois du congrès de la FSU, il s’agit aussi d’évaluer les rapports de force entre les principaux syndicats la composant ; rappelons que le SNEsup, pourtant concerné, n’a pas eu son mot à dire quant aux votes honteux de la FSU au CTPM. 

Depuis l’annonce de la mastérisation en juin 2008, la FSU s’est montrée incapable de parler d’une seule voix sur le sujet, par nature fédéral, de la formation des enseignants. Elle préfère inviter pour ses assises l’actuel président de la CDIUFM qui, dès le départ, s’est engagé dans la mastérisation en acceptant la disparition des IUFM ou leur cantonnement à la seule formation des PE. La CDIUFM écrivait encore le 12 février à Darcos pour déplorer que "ces délais tardifs et ces imprécisions [il s’agit de la communication par le ministère sur les maquettes et le stage] ont largement contribué à empêcher un travail serein sur les programmes de masters », quand le mot d’ordre de ceux qui luttaient était le refus de remontée des maquettes de master. "

Emancipation ne peut apporter sa caution à cette mascarade du 7 novembre, nouvelle journée des dupes.

Au lieu de contribuer, avec d’autres confédérations syndicales, à les étouffer, la direction de la FSU aurait été bien avisée de se mettre au service des luttes, d’en écouter les acteurs afin d’en tirer les enseignements, tant pour parvenir à comprendre les enjeux gouvernementaux de la mastérisation que pour établir avec eux un véritable projet de formation des enseignants. Sur ce point, la direction UA de la FSU, aidée du soutien de ce qu’est devenue l’Ecole émancipée, doit assumer la part du désastre dont elle porte l’entière responsabilité.

Mais la voie à suivre, face à l’offensive multiforme du gouvernement demeure dans le développement et l’unification des luttes pour l’abrogation de la réforme. Au lieu de s’associer à cette mise en scène des Assises, la place des organisations syndicales est sur le terrain aux côtés de ceux qui ne baissent pas les bras.

Le retrait des décrets sur la formation des enseignants n’est même pas dans la plate forme du 24 novembre, alors que ce doit être un des points forts débattus dans les AG pour la reconduction de cette grève.


Documents joints

Tract Emancipation "Assises de la (...)
Tract Emancipation "Assises de la (...)