Les mouvements pédagogiques contre De Robien

lundi 24 juillet 2006
par  Daniel

Le Ministre de l’Education nationale Gilles de Robien a fait de sa politique celle du renoncement. Renoncement à la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans en introduisant des contrats d’apprentissage dès 14 ans. Renoncement à la liberté pédagogique en imposant brutalement les méthodes syllabiques dans les CP. Trois mouvements pédagogiques, l’AFL, le GFEN et l’ICEM, annoncent qu’ils n’appliqueront pas la circulaire ministérielle sur la lecture.

Nous, éducateurs, enseignants, parents, militants de mouvements pédagogi­ques et d’éducation populaire, nous ne tiendrons pas compte de la circulaire du Ministre de l’Éducation nationale préconisant une méthode de lecture contraire à la visée émancipatrice de l’Éducation et aux résultats des recherches que nous conduisons.

Depuis plusieurs mois, le terrain avait été minutieusement préparé : jeter le doute dans l’opinion publique, apeurer les parents, valo­riser certaines pratiques pédagogiques, en con­damner d’autres...

Les événements de novembre, renforçant ces peurs et ces doutes, ont permis de stigmatiser une partie de la jeunesse et de ses enseignants.

La circulation organisée à l’échelle nationale de cette désinformation a constitué une véritable propagande gouvernementale afin de conditionner l’opinion publique.

Imposer une méthode d’apprentissage est déjà en soi un déni d’éducation, réduisant l’acte d’enseigner à une simple exécution et la classe à une somme de techniques et de recettes. Mais lorsque cette méthode vise l’assujettissement de la jeunesse, nous sommes bien dans la propagation d’une idéologie politique écrasant tout espoir d’émancipation possible par l’éducation.

Des méthodes d’apprentissage où l’enfant est chercheur à celle où l’enfant est dressé, le choix idéologique est limpide : lui refuser dès le plus jeune âge de penser, lui ôter le désir de questionner, de comprendre, de connaître, lui imposer une obéissance passive en l’enfermant d’abord dans des exercices répétitifs et mimé­tiques... Au-delà de l’apprentissage de la lectu­re, c’est bien la volonté d’agir sur les capacités réflexives et complexes de la compréhension du monde de toute une jeunesse !

Une jeunesse qui déchiffre et une jeunesse qui lit… Les jeunes des milieux populaires en sauront tou­jours bien assez pour déchiffrer les program­mes de télévision, la publicité et les messages utiles à la consommation. Des textes simpli­fiés pour les uns, des textes complexes pour les autres, les "héritiers", qui les auront d’abord rencontrés dans la famille et les activités culturelles privées ...

La méthode syllabique constitue en outre un sérieux atout économique ! Pas la peine de réduire les effectifs ou de dédoubler des classes s’il s’agit de faire répéter en chœur aux enfants des sons et des syllabes. Les récal­citrants seront traités au cas par cas dans les programmes de réussite éducative en contrac­tualisant les familles qui devront accepter l’échec, la rééducation et l’orientation comme allant de soi. Les solutions préconisées ne coûteront rien à l’Éducation nationale puisque déléguées au privé : orthophonistes, soutiens scolaires, formations à distance, éditions scolaires et parascolaires....

On est bien loin de l’école publique, laïque et gratuite pour tous !

Le gouvernement a commencé par la méthode de lecture, emblématique de sa volonté politique et sociale. Mais qu’en sera-t-il demain de l’enseignement des mathématiques, de l’histoire, des arts... ? Ils ne resteront pas davantage des espaces de mise en œuvre de la pensée.

M. de Robien est bien conscient que sa circulaire va à l’encontre des programmes de 2002. Qu’importe ! Trop ambitieux, ils seront changés pour rompre avec les progrès reconnus par tous dont ils témoignaient.

Non.

Nous appelons tous les enseignants et tous les éducateurs qui travaillent à l’augmentation de la réussite de tous les enfants et de tous les jeunes à poursuivre le travail qu’ils ont engagé et dont les résultats, encore insuffisants, se situent déjà largement au dessus des méthodes d’alphabétisation, les­quelles, du temps où elles étaient utilisées, n’ont jamais permis à la moitié des enfants d’obtenir le Certificat d’études. Aujourd’hui, bien plus de la moitié d’une classe d’âge ob­tient le baccalauréat. Ce n’est pas un hasard.

Poursuivons ensemble !

AFL (Association française pour la lecture)

GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle)

ICEM-Pédagogie Freinet

(Institut coopératif de l’école moderne)

Janvier 2006