Intervention d’Emancipation - Complément au rapport d’activité (23 mars 2009)

lundi 6 avril 2009
par  PB, Administrateur

Congrès national du SNES – 23-27 mars 2009 – Perpignan

Compléments au rapport d’Activité (23-03-09)

Intervention d’émancipation

Ce congrès s’ouvre à une période où les capitalistes sont bien décidés à nous faire payer les conséquences de LEUR crise mais aussi à un moment où, loin de se laisser abattre, les travailleurEs relèvent la tête collectivement et redécouvrent la lutte des classes, comme en témoignent des manifestations gigantesques à Dublin, dans les pays Baltes, des grèves dures en Italie, et bien sûr l’exemplaire mouvement mené aux Antilles.

Les enjeux sont énormes et le syndicalisme est à la croisée des chemins : soit il accompagne les régressions sociales en essayant de préserver quelques miettes, soit il engage une lutte frontale pour faire plier les patrons et les gouvernements à leur botte.

Les premières victimes de la crise sont les immigréEs, les précaires et plus généralement les travailleurEs. Les fermetures d’entreprises et les licenciements se multiplient partout dans le monde. Des pays entiers sont en faillite, comme l’Islande. Aux Etats-Unis, la barre des 10% de chômeurEs va être atteinte. En Espagne, c’est 20%. En Chine, 20 millions de travailleurEs venuEs des campagnes ont été licenciéEs. Au Japon, le tiers de la population qui n’a pas de garantie découvre les conséquences de la précarité.

Le premier réflexe du capitalisme, c’est d’essayer de préserver les profits ou de rétablir les conditions de l’enrichissement sans limite des prédateurs. Des milliards de dollars ou d’euros sont versés aux banques sans aucune sanction contre ceux qui ont ruiné l’économie en jouant au Monopoly.

En France, pour quelques milliers de privilégiéEs, de patrons et pour le MEDEF, le gouvernement a trouvé plus de 400 milliards d’Euros : 360 aux banques ; 32 pour "l’aide à l’emploi" aux patrons qui licencient quand même ; 14 de paquet fiscal pour les plus riches ; 8 d’exonération de taxe professionnelle qui ruinera le budget des communes… mais il laisse un à un des pans entiers de l’économie réelle disparaître. Et pour des millions de salariéEs, fonctionnaires, précaires, chômeurEs, ce sera 2,6 milliards de promesses et une fausse compassion !

Le programme défini par Denis Kessler s’applique : démanteler l’ensemble du compromis social de 1945, c’est-à-dire détruire les retraites, la protection sociale, le service public, le statut des fonctionnaires, le droit du travail. Tout ce que le pouvoir appelle en novlangue "réforme" est une entreprise systématique et cohérente. Il s’agit de donner tous les pouvoirs aux capitalistes et de transformer en marchandise tous les actes de la vie quotidienne : l’éducation et la santé sont en première ligne en ce moment… Il s’agit de supprimer toute forme de solidarité, de redistribution, d’aide à celles ou ceux qui sont en difficulté.

Cette politique s’accompagne de la pire répression depuis 1945. Ce pouvoir détruit les libertés, multiplie les emprisonnements sans raison, les détentions préventives sans cause, les expulsions d’immigréEs, il criminalise le mouvement social, marginalise la jeunesse et fait de plus en plus usage de la force. La Justice est souvent aux ordres et l’état des prisons est un véritable scandale. La protection judiciaire de la jeunesse, la culture, les associations… sont attaquées.

C’est bien une guerre de classe contre les travailleurEs, les excluEs, les services publics et les libertés fondamentales que mène Sarkozy, au service du capitalisme, des banques et des patrons.

Le débat sur le capitalisme n’est pas un débat abstrait. Il est déterminant sur la nature du syndicalisme que nous voulons construire.

Le syndicalisme des origines, celui de la Charte d’Amiens liait la défense des revendications à la perspective de renverser le capitalisme. En abandonnant ces perspectives, le syndicalisme a pris le risque d’accompagner la casse sociale et de devenir un corps social intermédiaire.

La structuration internationale du syndicalisme avec la CES, la CSI ne constitue aucun frein sérieux au démantèlement des acquis sociaux. Ces structures, dépendant politiquement des institutions que le capitalisme s’est donné, laissent les patrons pratiquer le dumping social et rechercher le profit maximum en fonction des lois sociales ou du niveau de développement.

En France, alors que la CFDT s’est enfoncée dans le syndicalisme de collaboration de classe, la CGT a tendance à la remplacer dans le rôle du syndicalisme "responsable" qui négocie sans rapport de force. Elle ne fait rien pour faire converger les luttes car elle ne veut pas d’un réel affrontement avec le pouvoir.

Et le SNES ? Non seulement sa direction n’a pas expliqué aux syndiquéEs qu’ils avaient affaire à une politique de démolition globale de l’ensemble du service public d’éducation mais elle a accompagné cette politique, en tombant dans l’ornière du pseudo "dialogue social", que Frédérique Rollet a elle-même qualifié de faux-semblant. Comment expliquer le choix désastreux de signer 16 points de convergence avec Darcos sur l’avenir du lycée, puis le refus d’affirmer clairement le mot d’ordre de retrait de cette réforme ? Comment expliquer que la direction du SNES se soit arcboutée sur la "mastérisation" au prétexte d’une illusoire revalorisation alors que tous les IUFM et toutes les universités ont parfaitement compris que cette mesure est l’antichambre de la liquidation des IUFM et des concours, et conduit tout droit à la destruction du statut de fonctionnaire pour les enseignantEs ?

Au lieu de s’engager dans une lutte résolue et globale contre les pseudo-réformes engagées par le gouvernement de la maternelle à l’université, le SNES a privilégié les réponses sectorielles et ponctuelles. À plusieurs reprises, il a laissé les lycéenNEs ou les étudiantEs touTEs seulEs dans la bataille. Il ne s’est pas montré assez pugnace dans la défense des lycéenNEs contre la répression qui a suivi leur mouvement, comme c’est le cas de façon plus générale dans la défense des libertés ou de la laïcité…

Pourquoi prolonger une stratégie d’intersyndicalisme a minima débouchant sur une grève rituelle tous les deux mois sans reconduction, et qui conduit aux mêmes échecs depuis des années ? Le retrait du projet Darcos sur les lycées a été obtenu par le mouvement lycéen, pas par les grèves saute-mouton...

Pourquoi, alors que les personnels du supérieur et les étudiantEs sont en lutte depuis des semaines, ne pas avoir appelé à les rejoindre dans une grève de la maternelle à l’université le 10 mars ? Le choix de manifester le lendemain, un mercredi après-midi, était porteur de division, heureusement déjouée par les Coordinations des Universités et de la Formation des Enseignants qui ont décidé d’appeler au 10 et au 11… pour découvrir finalement que les syndicats du premier et du second degré avaient fort peu mobilisé pour le 11, voire pas du tout dans certains départements.

Pourquoi le SNES est-il absent, es-qualité, de la Coordination de la Formation des Enseignants ?

Ce syndicalisme brouille ses perspectives, son projet et fait douter de sa volonté de s’opposer à la casse sociale. Il a perdu de sa vitalité, de son pluralisme et de sa démocratie interne (dont il n’hésite pas à bafouer les règles quand il s’agit de permettre à la FSU de signer le texte sur le dialogue social dans la Fonction Publique…).

Il préfère aller négocier à froid au lieu de s’appuyer sur les secteurs les plus mobilisés, de reconnaître les structures d’auto-organisation des luttes (les AG, les coordinations…) et de soutenir les revendications qu’elles portent, au lieu de débattre et de donner la parole aux minorités.

Un autre syndicalisme est possible, et les Antilles nous montrent la voie. Près de 2 mois de grève interprofessionnelle reconductible, des revendications claires articulant des mesures visant à améliorer la vie quotidienne et des augmentations de salaire : 200€ pour tous les salaires les plus bas, on est loin de la déclaration unitaire pour le 19 mars qui revendique uniquement une amélioration du pouvoir d’achat et la réduction des inégalités dans les politiques salariales… Des revendications élaborées collectivement au cours d’Assemblées Générales, puis un contrôle strict, par la base, des négociations.

Une lutte où la question identitaire (la mémoire de l’esclavage) et la lutte des classes ont joué un rôle essentiel.

Les GuadeloupéenNEs ont résisté aux provocations du pouvoir et du patronat et, au bout du compte, ils/elles ont gagné sur l’essentiel.

Les luttes qui se déroulent actuellement dans l’Education ont aussi un caractère déterminé et démocratique. Les personnels des universités, des IUFM, des IUT et les étudiantEs se sont organisés en coordinations pour lutter contre le nouveau statut des enseignantEs chercheurEs, contre les réformes de la formation et du recrutement des enseignantEs, contre la démolition des IUFM ou du CNRS. Elles ont repris à leur compte le mot d’ordre d’abrogation de la loi LRU, porté les années précédentes bien souvent par les seulEs étudiantEs.

Elles réclament le retrait total de toutes ces réformes comme préalable à toute discussion et sont en passe de contraindre Darcos et Pécresse à battre en retraite.

Il faut leur prêter main fortegagner sur ces questions clés ouvrirait une brèche et nous permettrait de reprendre la main pour exiger le rétablissement des postes supprimés et l’abrogation de toutes les mesures de démolition du service public de l’Education qui s’appliquent déjà, par exemple dans le premier ou le second degré.

La FSU a adopté la semaine dernière le mot d’ordre "d’abandon" (au lieu de "report") de ces réformes : elle ne doit pas revenir en arrière et se laisser piéger par les dernières manœuvres de Darcos, comme le laisse craindre le communiqué commun du SNES, du SNUIPP, du SNESUP, du SNEP et du SNUEP du 20 mars.

Le seul recul, c’est le maintien des concours dans leur forme actuelle en 2010. Il ne peut être question d’aller négocier un dispositif transitoire qui permettrait de commencer à appliquer ces contre réformes.

Les Coordinations des Universités, de la Formation des EnseignantEs, des IUT, ainsi que l’intersyndicale des lycées professionnels en lutte contre les Bac pro en 3 ans et les suppressions de postes, appellent à la grève et à des manifestations de la maternelle à l’université demain, mardi 24 mars : en appelant à la grève les personnels du second degré, notre congrès donnerait dès son ouverture un signal fort de soutien à celles et ceux qui sont en lutte depuis 7 semaines, il marquerait la détermination du SNES à s’engager résolument dans une lutte unitaire contre toutes les réformes qui détruisent le service public d’éducation. Ce serait aussi un avertissement clair à Darcos !

Donnons dès maintenant une suite au 19 mars, au moins dans l’éducation, en étendant la grève engagée dans le supérieur, dans la perspective de la grève générale public/privé qu’il nous faut contribuer à construire. C’est la nature de notre syndicalisme, de lutte ou d’accompagnement, qui est en jeu.


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