Enseignement supérieur, formation des maîtres, recherche… Pour une opposition frontale aux contre-réformes libérales

dimanche 8 mars 2009
par  Raymond Jousmet

Le SNESUP/FSU, principal syndicat de l’enseignement supérieur, tiendra son prochain congrès en avril 2009. Le congrès est précédé d’un vote interne. Nous publions ci-dessous la motion d’orientation proposée par la tendance Émancipation et ouverte à la signature des camarades de ce syndicat qui se reconnaissent dans ces positions.

Enseignement supérieur, formation des maîtres, recherche…

Pour une opposition frontale aux contre-réformes libérales

Formation des maîtres et IUFM : la curée

La modulation des services précipite la précarisation

Seule une mobilisation générale dure peut changer le cours des choses

2009, année de congrès et de renouvellement des instances du SNESUP. De mai 2005 au retour du Traité Européen par la fenêtre, chronologie d’une destruction programmée : 2006, pacte sur la Recherche, LOLF, ANR, pôles d’excellence, PRES... 2007, LRU, AERES, RGPP… 2008, partenariat public-privé, modulation des services… 2009 ? De revers en capitulations en rase campagne, où en sommes-nous des diktats imposés par un pouvoir méprisant ? Reprendre l’initiative en face du coup de grâce annoncé, c’est aussi imposer une autre orientation syndicale, d’autres formes d’action et l’urgence d’un syndicalisme de lutte unitaire.

Faire sauter les derniers verrous

Lors de la mise en place (2006) de la Programmation de la Recherche et de l’innovation (LOPRI), François Fillon parlait à propos du Service public de l’Éducation "de l’urgence à le placer dans une nouvelle dynamique, en identifiant puis en faisant sauter les principaux verrous qui brident les initiatives de ses acteurs…". Il ajoutait en juillet 2007 : "La réforme sur les Universités est la plus importante de toutes celles que nous voulons mettre en place, elle sera déterminante pour la suite de la politique que nous voulons mener". C’est chose faite avec la LRU, cheval de Troie des contre-réformes organisant le désengagement de l’État au profit des stratégies managériales de la libre entreprise. Le passage "obligé" de la Loi sur l’autonomie des Universités n’est que l’archétype avancé par le gouvernement (sur demande de la CPU !) pour ouvrir les Services publics de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche au secteur marchand de la libre concurrence.

En face des réformes, la direction du SNESUP temporise...

Alors que tous les personnels s’interrogent, depuis la rentrée de janvier, en face des ravages conjugués de la Réforme Pécresse et des arbitrages de la RGPP, les luttes se multiplient : A.G contre la modulation des services, rétention de notes, boycott de jurys, de maquettes, de concours IUFM, refus de budgets... Les IUT sont sortis en masse en décembre ; la jonction avec les étudiants prend corps. Mais des journées comme le 20 ou le 29 janvier, même très fortes, ne suffiront pas à casser la dynamique gouvernementale dictée par l’agenda de Lisbonne.

Le rôle de notre syndicat est de renforcer les dynamiques de mobilisation portées par le terrain : AG personnels/étudiants de reconduction, mandatements de délégués, coordinations intersites, régionales (cf. Midi-Pyrénées), au lieu de parachuter du sommet des assises, colloques et autres leurres qui déversent de l’eau tiède quand le monde universitaire est en ébullition ! LRU, éclatement de la Recherche (CNRS et INSERM), des IUFM et de l’IUT dans leur intégration universitaire, mastérisation des formations des enseignants... De toutes ces réformes, lois et décrets, nous n’en voulons pas ! Ils ne sont ni négociables, ni amendables, nous en EXIGEONS L’ABROGATION et dans ce cadre nous proposons de nous unir en rejoignant et renforçant un mouvement du refus, Tous Ensemble, enseignant-Es, étudiant-Es, personnels de l’Éducation, travailleur-Es, citoyen-nEs, pour contrer et obtenir le retrait de cette loi inique. Combattons les budgets de misère, la modulation des services, la laïcité "positive" et la nouvelle collation des diplômes profanes des institutions vaticanes.

Formation des maîtres et IUFM : la curée

Après une campagne orchestrée contre la formation, les méthodes d’apprentissage, les formateurs, l’opinion était mûre pour le dernier coup : la mise sous tutelle de l’IUFM, à la fois pour dénaturer la formation des maîtres et casser les statuts. Le dépeçage des emplois et des moyens s’est opéré sous le couvert de "l’autonomie" dont les Universités élues découvrent le revers.

Derrière la carotte d’une "revalorisation", qui produit toujours son effet sur des syndicats englués dans le corporatisme, la mastérisation cache la nouvelle formation allégée bien suffisante à "l’enseignant européen" contractuel recruté localement pour des formations à rendement immédiat. Les étudiants commencent à fuir ce qui s’avère des masters d’enseignement à plusieurs vitesses vidés de contenus et débouchant sur un concours incertain pour un nombre de postes en chute libre.

Après des mobilisations dès juillet, les maquettes de concours ont confirmé les craintes, les appels au refus se multiplient. Que peut-on attendre d’un "moratoire" venant d’un pouvoir qui "suspend" les mesures avec l’intention affirmée de les maintenir telles quelles ? Le SNESUP, nous berçant d’illusions, au lieu de s’opposer au démantèlement de la formation des enseignantEs – pilier du système éducatif –avait retenu au départ de "participer sans préalable et sans autre à priori que l’amélioration du service public aux discussions annoncées sur la mastérisation et les concours" !

Non au sabordage de la recherche publique !

Tandis que la LRU coupe l’enseignement universitaire de ses racines en évacuant la recherche de la mission des enseignantEs, le gouvernement entame le redécoupage et la réorganisation de la Recherche sur le modèle des restructurations économiques et avec les mêmes buts : dégraissage d’effectifs des labos, contractualisation des emplois, précarité des statuts, récupération des secteurs rentables au profit du monde industriel. La disparition programmée du CNRS marque la fin de la pluridisciplinarité, de la collégialité, de l’indépendance du travail de chercheur et le passage à un pilotage sous tutelle des intérêts capitalistes à court terme et du lobby militaro-industriel. Nous appelons à combattre des choix politiques rétrogrades au service du moloch de la "croissance économique" qui accroissent les menaces sur l’avenir de la planète.

L’IUT sacrifié sur l’autel de l’autonomie ?

Les IUT voient leur existence menacée. Comme les IUFM, ils perdent avec la LRU leur autonomie pour passer sous la tutelle des Présidents et des Conseils des Universités. Leurs moyens seront soumis à des "priorités" où ils savent bien qu’ils ne pèseront pas lourd. Mais le repli des IUT, qui se sentent méconnus, sur des arguments corporatistes cultivés par un syndicat qui entretient les divisions clientélistes entre ses secteurs, est un réflexe fatal. Leur sacrifice est dicté par la restructuration de l’Université sur le modèle de Lisbonne, et par le remodelage de l’enseignement professionnel en Europe.

La modulation des services précipite la précarisation

Avec la modulation des services, la proportion des vacataires va exploser dans les Universités. Vacataires, doctorantEs, ex-moniteurEs, post-Doc du sous-prolétariat de la Recherche, qui enchaînent 1- 2 contrats, seront rejoints par les "enseignantEs-vacataires" permettant de pallier la pénurie des services laminés par la modulation des services des enseignants-chercheurs. Cette "catégorie" recouvrant une très grande variété des statuts de non titulaires dans l’Éducation, permet aux nouveaux établissements-patrons d’éviter des charges sociales et de rendre corvéable et plus flexible un volant toujours croissant de personnels. Pour avoir ignoré les demandes des mobilisations étudiantes et des jeunes chercheurs, la direction AS/EE (1) est directement confrontée à la précarisation des titulaires. Le refus de la modulation des services et l’exigence de garanties d’emplois statutaires pour tous les personnels est la priorité des priorités.

...Commission européenne et Histadrouth israëlienne ?

L’Université a été l’honneur du syndicalisme international. Après le virage de Perpignan, qui a permis au SNESup de devenir "fréquentable" au point d’intégrer le dispositif de suivi du processus de Lisbonne (!), la co-direction A.S/E.E a soutenu la FSU sur l’adhésion à la CSI, Confédération syndicale Internationale, dont font aussi partie l’Histadrouth israélienne, vassale du parti travailliste… et la CES, elle-même partenaire sociale qualifiée de la Commission aux côtés du patronat européen. On s’explique mieux les positions acritiques de la direction du SNESup, et son rejet des appels au boycott des syndicats israéliens et des relations universitaires avec ce pays !

Seule une mobilisation générale dure peut changer le cours des choses

Le durcissement actuel du discours ne change pas sur le fond les choix stratégiques de la direction A.S/E.E qui ne pèseront pas lourd devant la rigidité et le déni démocratique permanent du gouvernement. Alors que même la CPU s’inquiète (!), les menaces et attaques qui s’abattent sur les "désobéisseurEs" montrent sa détermination à ne pas céder et à sanctionner désormais ceux qui refusent ses oukases. Embarqué dans le sabordage européen de l’Education, le SNESup doit rompre avec un fonctionnement coupé, voire contradictoire, entre ses composantes et avec les autres niveaux de la formation, obligatoire comme professionnelle. Il doit au delà d’approches corporatistes segmentées penser les revendications sans cloisonnements internes et dans une perspective continue de la formation de la Maternelle à l’Université incluse à partir d’un débat qui ne peut être mené que dans un cadre fédéral collectif.

En face de l’offensive de réformes menées conjointement, dans tous les secteurs et à tous les niveaux, et dans toute l’Europe, seule une opposition collective unifiante et interprofessionnelle peut contrecarrer cette destruction méthodique et systémique. Cessons de séparer les niveaux et les filières de formation, d’enfermer les personnels dans des différences catégorielles de moins en moins pertinentes en face d’une précarisation généralisée. Cessons d’opposer des catégories (élèves, étudiantEs, familles, personnels) entre elles. Nous devons informer, rappeler le droit universel à l’éducation, populariser partout où cela est possible les actes de désobéissance civile, et nous préparer à des actions fortes dans la durée avec une grève générale dont on ne fera pas l’économie.

Les stratégies A.S/E.E ont lourdement grevé nos actions et bridé l’unité syndicale contre les attaques libérales. Soutenir Émancipation - dans le SNESUP comme dans les autres syndicats de la FSU - c’est affirmer une autre orientation syndicale de lutte et de revendication pour rompre avec le capitalisme qui nous écrase... Au lieu d’aménager les conditions de sa survie sur notre lieu de travail.

contact : er.emancipation@free.fr

(1) Action Syndicale (AS) et École Émancipée (EE) sont les deux tendances associées dans l’actuelle direction du SNESUP.



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