Strasbourg 2009 : 60 ans de l’OTAN … et toutes ses dents !

dimanche 8 mars 2009
par  Raymond Jousmet

La tenue du sommet du soixantième anniversaire de l’OTAN à Strasbourg et à Baden-Baden du 2 au 4 avril 2009 est un double symbole : signe de paix entre les deux plus grands belligérants d’Europe au XXe siècle, et signe du retour en force de la France dans l’OTAN. Nous ne pouvons pas laisser passer une telle propagande belliciste, surtout lorsque notre pays est directement impliqué actuellement en Afghanistan.

Une nouvelle étape pour l’impérialisme

Depuis la fin du bloc soviétique, l’OTAN a dû rechercher une nouvelle justification à une telle débauche de moyens militaires (22 000 employés et 60 000 militaires) : le nouvel ennemi désigné était le terrorisme arabo-musulman. L’OTAN se prétend maintenant apte à intervenir hors de son territoire historique et souhaite s’étendre à tous les pays "développés", c’est-à-dire les anciens pays soviétiques d’Europe, pour devenir une sorte d’ONU du Nord.

Ce projet américain se heurte à deux résistances :

- d’un côté la majorité des pays européens, dont la France et l’Allemagne, préfèrerait une certaine autonomie pour développer une défense européenne commune. Ces pays souhaitent aussi limiter l’extension géographique et thématique pour ne pas entrer en concurrence avec l’ONU.

- de l’autre côté la Russie, avec ses importantes ressources naturelles, ses multiples frontières, veut redevenir une grande puissance impérialiste. L’affrontement géorgien de cet été démontre bien que la Russie ne supportera plus le grignotage de l’OTAN dans ses zones d’influences : Kosovo en 2004, "révolution" orange en Ukraine en 2004, etc.

France, le come back !

Lors du sommet de Bucarest en 2008, la France a affirmé la volonté de revenir à sa juste place dans l’alliance. Mais dès 1991, François Mitterrand, tirant le bilan de la guerre du Golfe (difficultés de collaboration entre l’armée française et ses alliés employant les procédures de l’OTAN), avait déjà programmé un retour progressif de la France.

Ce retour permet de répondre à l’appel américain pour un plus grand investissement militaire et financier de ses alliés, mais c’est aussi un moyen pour la France de négocier une autonomie européenne dans la construction de sa défense commune contre un renfort français en Afghanistan. Le but de Sarkozy est de renforcer l’industrie militaire française menacée par la concurrence anglo-saxonne, mais aussi de placer la France en position de leader, d’être l’homme des Etats-Unis en Europe, de se tailler un fief sur le vieux continent. Si la France et l’Allemagne se sont opposées, en 2008, à l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie, c’est par peur d’un conflit économique avec la Russie (qui fournit l’essentiel du gaz européen)… mais aussi parce que les liens très étroits entre ces pays de l’Est et les Etats-Unis pourraient être un obstacle à leur projet de défense autonome européenne.

Dans ce contexte actuel de crise économique, de durcissement de l’accès à certaines ressources naturelles, de raréfaction d’autres (pétrole, gaz…), on peut penser que les conflits vont se multiplier pour le contrôle de certaines zones stratégiques, et que la France entend y participer pour en retirer un maximum d’avantages et ne pas rester en retrait dans le grand Monopoly impérialiste.

Propagande belliciste

Dans ce contexte, les opérations de "comm" visant à légitimer l’OTAN vont se multiplier, et l’école est parmi les premières cibles. Cette année encore l’armée et le ministère de l’éducation se sont associés pour encourager les enfants des écoles primaires à faire des dessins à envoyer à "près de 13 000 soldats français [qui] sont actuellement engagés dans les opérations extérieures pour la restauration ou le maintien de la paix"(1). Cette opération, dans diverses académies aurait permis de collecter 20 000 dessins, d’après l’association Solidarité Défense, qui en est à l’origine !

Par ce biais, c’est l’armée qui s’affirme de plus en plus, tout comme l’Église, dans l’Éducation nationale. Rappelons l’existence de formations annuelles (trinômes académiques) dans chaque académie visant à "renforcer le lien Armée-nation", au moins dans le secondaire. Ces formations font souvent l’objet de pression : chaque établissement doit y être représenté ! Le thème de cette année à Strasbourg tournait autour du Kosovo (où l’OTAN est intervenue en 2004), et visait à y démontrer les bienfaits de l’intervention "étrangère".

Ajoutons à cela, que dans le cadre de la destruction du service public d’éducation, légitimé médiatiquement par l’échec scolaire, soigneusement mis en scène, la généralisation des écoles de la deuxième chance (écoles de l’armée pour les jeunes déscolarisés) est prévue dans le cadre du plan banlieue. On enlève les RASED, les moyens supplémentaires en ZEP… et on crée des écoles de l’armée. Ce type d’école, basé sur une formation professionnelle et morale uniquement (avec tout ce que l’on peut attendre d’une pédagogie "militaire"), doit être combattu. Entre les écoles privées religieuses et les écoles "publiques" militaires…c’est un modèle éducatif et pédagogique réactionnaire que l’on installe.

Que faire ?

Le silence syndical sur la question des écoles de la deuxième chance est assourdissant. De même, la véritable opération de bourrage de crâne que constitue le partenariat armée- éducation nationale, n’est pas dénoncé. La guerre et le service militaire sont sortis de nos mémoires, et il est de bon ton d’être neutre vis-à-vis de l’armée et la considérer comme un service public comme un autre ! À nous de réagir pour que l’Éducation Nationale ne devienne pas un centre de préparation patriotique ou de recrutement !

Nos syndicats doivent s’investir dans la préparation du contre-sommet en avril 2009, pour que la grand-messe belliciste de l’OTAN devienne un sommet de la solidarité internationale, contre les impérialismes. Pour cela, il faut qu’une mobilisation de très grande ampleur se prépare dans toute la France, afin de refuser la propagande de l’OTAN (jusque dans les écoles), mais aussi démontrer sa nocivité !

Renaud Violet

(1) : Courrier de Christian Nique, recteur de l’académie de Montpellier, novembre 2008.