En finir avec le capitalisme qui porte la barbarie en soi !

mardi 9 décembre 2008
par  Raymond Jousmet

"Arrivé à l’apogée de sa puissance, le capitalisme est aussi arrivé au plus haut point de sa vulnérabilité ; il ne débouche nulle part ailleurs que sur la mort. Si faibles que soient nos chances de révolte, c’est moins que jamais le moment de renoncer au combat" - Paul Mattick (1)

Aucun système politique ou économique n’est éternel

L’empire romain, le féodalisme ou la royauté ont disparu. Le système capitaliste écrase la planète plus que jamais, mais il n’est pas éternel. Il a remporté des victoires qu’on pouvait croire décisives ces dernières années avec le passage de la Russie du capitalisme d’État au capitalisme mafieux et la mutation de la Chine où l’appareil répressif issu de la période dite "communiste" sert à garantir les profits capitalistes en écrasant la classe ouvrière et en interdisant les grèves. Et puis, après une longue période de luttes sociales dans les années 60-70, il y a eu dans de nombreux pays, le démantèlement des grandes concentrations ouvrières, l’écrasement ou la domestication des syndicats et une perte progressive du sentiment de former une classe sociale chez les travailleurs/ses.

C’est alors qu’il n’a pas de contrepoids institutionnel que le capitalisme se réoriente. Ses crises sont cycliques et structurelles. Elles permettent au capitalisme de se restructurer. Ce système a fait disparaître un peu partout la présence des États, les services publics et la protection sociale. Il a transformé tous les actes de la vie humaine en marchandises, y compris la santé, le logement ou l’éducation qui sont reconnus comme des droits humains absolus. Il a créé un véritable monstre : "le marché mondialisé" et le système financier. Une pieuvre qui permet à quelques milliers de nantis de s’enrichir sans limite. Un monde où les institutions internationales sont au service des plus riches et où la guerre dans quelques régions limitées du monde permet de tout contrôler. Un monde où pour payer les retraites, il faut faire des profits immédiats et donc démanteler des entreprises saines pour les revendre en pièces détachées.

Jamais l’inégalité n’a atteint un tel stade. Il y a quelques années, les 150 personnes les plus riches des États-Unis possédaient une fois et demi le PIB de la Chine. À contrario, toutes les conquêtes des travailleurs/ses en termes de droit du travail, de salaires, de protection sociale… ont été petit à petit rognées ou annihilées. L’arme absolue du Capital, c’est son pouvoir absolu dans l’entreprise, l’État étant à son service. Il est libre à tout moment de rechercher ailleurs le profit maximum dans les anciennes colonies ou les pays émergents. Il peut se livrer à tous les chantages. D’un côté, le luxe et les parachutes dorés s’étalent au grand jour. Les médias au service de leurs maîtres nous expliquent qu’il n’y a qu’un seul système économique possible, qu’il est "indépassable" et qu’il est interdit d’y toucher. De l’autre, dans des pays dits développés, des parties importantes de la population, chômeurs/ses, précaires ou même parfois travailleurs/ses vivent sous le seuil de pauvreté. Dans la hiérarchie de la pauvreté, les plus vulnérables restent les femmes, les immigréEs, les Roms, les parias en tout genre. Et la moitié de la planète reste un territoire à piller et une réserve de main d’œuvre exploitable.

Dans la gigantesque partie de Monopoly mondial, les règles sont en train de changer. L’enrichissement d’une infime minorité reposait sur du vent, sur le fait de pouvoir acheter sans limites et sans argent à l’image des oligarques russes qui se sont accaparés à quelques-uns la partie rentable de l’économie de leur pays. Tout reposait sur la "confiance". La faillite des banques semble mettre un arrêt provisoire à ce processus. Nul doute que nos gouvernants vont tout faire pour recréer la "confiance des marchés" et relancer ce système de pillage.

Ne pas les laisser replâtrer

La grande victoire du capitalisme, version libérale, c’est d’avoir fait disparaître du paysage politique les projets alternatifs au capitalisme. Aujourd’hui les vautours se précipitent sur les ruines fumantes des banques. Bush, l’ultra-libéral nationalise banques et assurances. Pas question bien sûr de toucher au capitalisme : l’État a pour tâche unique de rétablir les profits, de recréer les conditions d’une rentabilité juteuse pour "rendre" aux capitalistes leur joujou. Pire, les États capitalistes s’apprêtent à appliquer partout le modèle qu’ils ont imposé à l’Afrique et à l’Amérique Latine : démanteler un peu plus l’Éducation, la protection sociale, le système de santé, les transports publics et consacrer tous les moyens à la restauration des bénéfices des capitalistes (mafieux ou pas). Aux États-Unis, on trouve 700 milliards pour renflouer Lehman Brothers ou les assurances, on en trouve le double pour les guerres d’Irak ou d’Afghanistan mais il n’y a pas d’argent pour les millions de citoyens qui ont perdu leur maison ou ne peuvent pas se soigner, faute de sécurité sociale. L’idée de socialiser les pertes et de privatiser les gains est présentée comme la seule solution. En France, on donne instantanément à la banque Dexia (dont la finalité, prêter aux collectivités locales, aurait dû l’empêcher de spéculer) une somme largement supérieure au coût de toutes les suppressions de postes de fonctionnaires.

Les médias, qui ont perdu toute indépendance et sont pour la plupart la voix de leurs maîtres, parlent de "moraliser" le capitalisme. Tartufferie ! Qu’y a-t-il de moral à renflouer les voleurs en expliquant que leur faillite serait préjudiciable à tous/tes ? Qu’y a-t-il de moral à enlever un zéro aux millions des parachutes dorés quand les revenus de chaque maître du monde équivalent à des milliers d’années de travail d’unE salariéE ? Où est la morale quand Mac Cain comme Obama songent à nommer au futur ministère du trésor Warren Buffet, milliardaire qui rachète une à une et à bas prix les entreprises qui s’écroulent ? Comment rénover un système dont le seul moteur est l’enrichissement personnel et dont toutes les lois sont hostiles à toute forme de partage ou d’intérêt commun ?

Régulation = mystification

Il y a le précédent du New Deal où l’intervention énergique de l’État américain sous forme de relance de l’économie, de politique de grands travaux et de taxation des hauts revenus a relancé la production. Il ne faut pas oublier que c’est surtout la guerre mondiale et les destructions qui ont permis le succès de cette politique. Le New Deal s’est transposé sous une autre forme en Europe occidentale après 1945 où seuls les États étaient en mesure de conduire la relance et la reconstruction. Il est symptomatique qu’avant la grande crise bancaire actuelle, Denis Kessler, idéologue du Medef et inspirateur de Sarkozy proposait de liquider le compromis de 1945 et le programme du Conseil National de la Résistance.

Le New Deal s’est déroulé dans un seul pays alors que peu de grands trusts des États-Unis étaient impliqués à l’étranger (sauf en Amérique latine). Aujourd’hui avec la mondialisation, tout patron peut fuir impunément pour chercher des meilleures conditions de surexploitation. Un New Deal à l’échelle mondiale est impossible.

Les socialistes français ont mis deux des leurs à la tête du FMI (Strauss-Kahn) et de l’OMC (Lamy). Ces deux institutions sont toujours au service de la déréglementation et du dumping social. Le FMI a toujours proposé aux États en crise de tout vendre, on a vu le résultat en Argentine où la faillite des banques a plongé dans la pauvreté plus de la moitié de la population.

Quand ils étaient au pouvoir, les socialistes français ont d’abord nationalisé. En quoi le fait de mettre des affairistes comme Le Floch-Prigent à la tête des entreprises nationalisées a changé les rapports de classe ? En rien. Où a été la "régulation" du capitalisme quand on sait que ce "socialisme" a produit Tapie ou la faillite du Crédit Lyonnais ? Ou quand on se souvient que Jospin a plus privatisé que Balladur. Ce n’est pas par malchance que la social-démocratie européenne a produit Tapie ou Blair après avoir produit au siècle précédent la boucherie de 1914 ou les guerres coloniales. C’est la conséquence inévitable du refus de la rupture.

La régulation du capitalisme, c’est demander au renard de ne plus venir tous les jours dans le poulailler et de se contenter de trois visites hebdomadaires pour que les poules aient le temps de se reproduire.

Il n’y a pas de capitalisme à visage humain. Le libéralisme n’est pas un moment de l’histoire du capitalisme, c’est son essence. On est juste dans une période où les libéraux ont provisoirement besoin de l’État pour restaurer leurs profits.

La lutte des classes, encore et toujours

Toutes celles et ceux qui ont intériorisé l’idée que le capitalisme est indépassable, qu’il n’y a pas d’alternative et que la seule perspective est de chercher à gratter des miettes dans ses marges se retrouvent eux-mêmes en faillite idéologique. Il n’y a pas de "partenaires sociaux" ni d’intérêts communs possibles entre classes antagoniques. Il ne s’agit pas de répartir les richesses mais d’exproprier les capitalistes, de confisquer ce qu’ils ont volé et de le transformer en bien collectif.

Toute cette alternance entre capitalisme dur et capitalisme mou est un leurre. Les idées du socialisme et du syndicalisme révolutionnaire : la propriété collective (et pas étatique) des moyens de production, la solidarité, l’égalité (et pas l’équité), la lutte des classes, l’internationalisme sont plus que jamais d’actualité. À nous de dénoncer les illusions et de réaliser nos utopies. Une seule solution, la Révolution !

Pierre Stambul

(1) Jeune, Paul Mattick a participé en Allemagne à l’insurrection spartakiste avant d’immigrer aux Etats-Unis et d’animer le syndicat révolutionnaire IWW.