SANS-PAPIERS : UNE CHAISE VIDE A LA RENTREE : CELLE DE JEFF...

Enseignants, parents, élèves réagissent
dimanche 5 novembre 2006
par  Rédaction de la revue Émancipation

SANS-PAPIERS

Une chaise vide � la rentrée : celle de Jeff…
Enseignants, parents, élèves réagissent

Drôle de fin de vacances, et de rentrée au lycée Dorian cette année… La fin de l’année scolaire avait eu lieu comme partout dans la bonne humeur, et rien ne laissait présager de la suite. La situation de Jeff était peu connue, et les plus concerné(e)s étaient demeuré(e)s discret(e)s, � la demande de l’intéressé, et surtout parce que le dossier semblait en bonne voie, et de bon augure.

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Arrivé en France en 2004, et pris en charge par France Terre d’Asile qui demande alors le statut de réfugié politique, sa mère ayant été assassinée lors de récentes émeutes, Jeff intègre à la rentrée suivante le Lycée Dorian pour une formation professionnalisante de CAP métiers de l’enseigne. Sans famille, il s’en construit une : celle de ses copains, de ses profs, et il vit une histoire amoureuse avec une autre élève : Stéphanie.

La première démarche ayant essuyé un refus, un dossier de régularisation est déposé au titre de "vie privée et familiale", Jeff ayant maintenant 19 ans. Pour soutenir cette démarche, un parrainage républicain est organisé en Juin à la Mairie du 11e arrondissement ; la marraine étant la prof d’anglais de Jeff, et le parrain le député – conseiller de Paris, Patrick Bloche. Le CA du Lycée adopte enfin une motion de soutien, et les profs de sa classe joignent des témoignages en sa faveur.

Pourtant, et comme il est difficile pour un jeune à Paris de "vivre caché", Jeff se trouve interpellé lors d’un banal contrôle de police de nuit, début août, et au vu de sa situation irrégulière, placé au centre de rétention de Vincennes…dont il ne sortira, au bout d’un "séjour" de 34 jours, que pour être conduit au Terminal C de Roissy, et placé sur le vol Paris-Lagos.

Le 24 août : premier rassemblement de protestation devant le lycée

RESF (Réseau Education Sans Frontières) avait alerté tous ses soutiens à entourer Jeff : le 7 août d’abord, lors de l’audience de la requête déposée devant le Tribunal Administratif de Paris. Le juge avait notifié un refus : deux années de présence sur le territoire français ne pèsent pas assez lourd ! La veille encore néanmoins, le médiateur Arno Klarsfeld assurait, lui, que Jeff devrait pouvoir demeurer en France "où il a construit un présent harmonieux".
Il fallait alors tenter de maintenir Jeff ici, pour qu’il y ait révision du jugement "en appel", qu’il retrouve son lycée, et continue sa formation.
Le 24 août, à 18h, plus d’une centaine de personnes : militants, parents, élèves, enseignants, élus, exprimaient leur volonté de garder Jeff !

Le 30 août : honteuse expulsion

Pourtant, Jeff était devenu malgré lui, et malgré nous, l’enjeu emblématique de la politique de fermeté de "l’adepte du karcher"… Il fallait nettoyer le paysage, avant la rentrée, et en finir avec les "perturbations" qui avaient même occupé l’été ! Alors, dès le 28 août, RESF mettait en place la procédure d’alerte ; SOS Racisme et la FIDL se donnaient systématiquement rendez-vous à l’aéroport ; les élus et soutiens surveillaient…Bref, toutes les bonnes volontés s’associaient pour faire en sorte que "Jeff ne soit pas tout seul", et que la honte retombe sur les expulseurs.
Le 30 août, les voyageurs sensibilisés ont même essayé d’empêcher le décollage.
Les forces de police ont fait irruption dans l’avion, et ont arrêté deux personnes, qui se sont retrouvées placées en garde à vue. En dépit de cette ultime résistance, qui en dit long sur l’ambiance à bord, l’avion s’est envolé avec un bon retard, vers le Nigeria.

Le 1er septembre : pré-rentrée et manifestation d’indignation

Après ces événements, il restait aux profs à prendre le relais et à montrer , autour d’une chaise vide que cette rentrée n’était ni normale, ni acceptable, et cela fut fait le jour même, à l’appel du personnel enseignant cette fois, relayé et soutenu par les solidarités qui s’étaient auparavant vérifiées.
Il fallait poursuivre le jour de la rentrée, en associant les élèves, les parents, et le quartier, et en préparant cela, avec une réunion publique à la Mairie du 11e, la veille, le mercredi soir.
Le jour de la rentrée de toutes les classes et de tous les cours : le jeudi 7 septembre fut donc une journée de grève active appelée Journée pour Jeff et les autres , qui débuta par un rassemblement devant le lycée à 8h, avec slogans, prises de paroles, chansons, et déploiement d’une fresque d’expression collective où on pouvait lire : "Jeff, on lâchera pas l’affaire ! "  ; "la raison de Sarko n’est pas raisonnable"  ; "Jeff, Aminata, Aminata, Abdallah, on ne vous oublie pas"  ; "enseigner à Jeff et aux autres : c’est mon droit et mon devoir"
A 10h, à l’intérieur du lycée, l’écriture se poursuivait dans la cour, ainsi que des débats et discussions entre profs et élèves ;
A 14h, le départ était pris en direction du Ministère de l’Education, où nous avons déployé la fresque réalisée et demandé une audience ; une délégation a été reçue qui comprenait Stéphanie, la copine de Jeff, un autre élève, une prof, un élu du 11e, la militante de RESF, Brigitte, qui a suivi le dossier.

Un visa pour Jeff

Depuis, un collectif local Pour Jeff et tous les autres se met en place ; pour Jeff, l’objectif est un visa "pour études", et la pétition Jeff doit rentrer a déjà recueilli près de 5000 signatures (dont 4000 pendant la fête de l’Huma). Mais il s’agit aussi d’assurer la protection des élèves non régularisés, avec parmi eux, les "jeunes majeurs" nombreux dans l’établissement, et de défendre leur droit à la poursuite de leur formation.
Car, la situation générale des "sans-papiers" de Cachan et d’ailleurs, nous concerne autant que les autres citoyens. Néanmoins, de par notre fonction et notre place, nous nous trouvons spécifiquement interpellé(e)s par la menace que fait peser sur nos élèves les ambitions électoralistes du Ministre de l’Intérieur, qui se rêve en président par tous les moyens et à n’importe quel prix !
Or nous enseignons que le racisme est un poison, que la xénophobie ronge les valeurs de la démocratie. Plus universellement encore, le droit à l’éducation et aux études est fondamental, reconnu par toutes les conventions internationales, et ne peut être remis en cause dans le pays …qui le brandit ailleurs quand il se trouve bafoué !

Michèle POTDEVIN (Paris)


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