Des orientations syndicales internationales au service des luttes

vendredi 24 octobre 2008
par  Raymond Jousmet

Cette année 2008 est marquée par la recrudescence et le passage en force de "réformes" libérales orchestrées au niveau européen que les mobilisations nationales - pourtant spectaculaires dans certains pays - n’ont pas encore réussi à enrayer. L’absence de luttes au niveau européen y a été pour quelque chose. Nous publions ci-dessous le texte adopté sur à ce sujet par le Collège national d’Émancipation des 20 et 21 septembre.
Ce texte a été publié dans la revue l’Emancipation syndicale et pédagogique n°2, octobre 2008.

Au cours des derniers mois de 2007, au moment où leur relais aurait été nécessaire pour développer un potentiel de luttes qui prenait corps à l’échelle européenne, les niveaux d’organisation supra nationale des travailleurEs n’ont pas été capables de jouer leur rôle.
Pour Émancipation, la solidarité des travailleurEs n’est pas seulement un thème de congrès. Les intérêts des salariéEs des différents pays sont convergents, et impliquent de développer dans les faits les pratiques de solidarité internationale permettant de faire front à l’offensive libérale.

Cet objectif repose sur la capacité d’organiser l’unité des organisations syndicales nationales au sein de structures internationales ou européennes réellement revendicatives, ce qui implique de démocratiser et de revitaliser le syndicalisme sur les plans international et européen.

La CES est actuellement la seule structure "syndicale" organisée au niveau européen. Mais ses orientations : l’accompagnement et le soutien aux politiques libérales, le manque d’indépendance politique et institutionnelle par rapport aux institutions de l’Union Européenne (y compris sur le plan financier), le soutien réaffirmé au nouveau traité européen, constituent des désaccords graves et ne permettent pas de soutenir l’adhésion des organisations européennes. De ce point de vue la nouvelle CSI, confédération syndicale internationale n’apporte pas davantage de garanties et constitue même une forme renforcée d’accompagnement des institutions libérales à l’échelle mondiale.

Il apparaît de plus en plus irréaliste, voire contre-productif, d’espérer comme certains voudraient nous le faire croire pouvoir "peser" ou "agir de l’intérieur" sur ces organisations syndicales internationales (CES comme CSI) au fonctionnement bureaucratique et au processus décisionnel totalement verrouillés. Nous nous refusons donc à considérer comme irréversible l’adhésion des fédérations, dont la FSU, à la CES, et maintenant à la CSI, que nous continuerons de dénoncer en particulier dans les instances des différents syndicats, en même temps que les politiques qu’elles conduisent.

Nous demeurons par conséquent favorables aux regroupements, hors de structures syndicales constituées, sur des bases claires et en vue de mobilisations communes de toutes les forces syndicales qui, dans la CES ou hors de la CES, combattent les politiques libérales décidées au niveau européen.

Malgré des dérives actuelles très inquiétantes, le mouvement altermondialiste structuré autour des Forums Sociaux (locaux, continentaux et mondiaux) peut contribuer à l’émergence et au développement de luttes contre le libéralisme et le capitalisme s’il parvient à surmonter les écueils bureaucratiques et retrouver un nouveau dynamisme. Pour nous, toutefois, le cadre des Forums Sociaux ne saurait constituer un embryon de "direction internationale" des mouvements sociaux phagocyté par des directions politiques ; ce doit être un lieu d’échanges et de débats démocratiquement organisés, dont les acteurEs peuvent décider ensemble d’actions communes sur des sujets variés.

Sur ces bases et à la lumière de l’expérience cumulée depuis bientôt une décennie, nous défendrons, et appelons à défendre et promouvoir dans les Forums sociaux et de l’extérieur dans les organisations, réseaux, coordinations etc. qui y participent, les positions suivantes :

- l’indépendance politique et matérielle (y compris financière) par rapport aux gouvernements et institutions, qui doit inclure la vigilance face aux pressions que ceux-ci peuvent exercer sur le choix des intervenantEs ou des invitéEs ou l’instrumentation qu’ils peuvent en faire au service de leurs projets politiques.
- une démocratisation du fonctionnement et un élargissement de la participation du monde du travail. Les Forums Sociaux Locaux peuvent constituer un outil privilégié dans ce but : ils peuvent permettre une participation populaire accrue, et la recherche d’une forme permettant la prise en compte directe de leur point de vue dans le fonctionnement du Forum Social Européen est indispensable.
- le lien avec le milieu local de plus en plus tenu à l’écart en particulier des forums mondiaux, l’expérimentation de pratiques sociales en rupture avec le libéralisme, porteuses de valeurs émancipatrices : soutien aux luttes locales, mise en place de lieux et de moments d’autoorganisation, de transformation temporaire du milieu local (publicité, gratuité des transports, participation des populations locales au Forum Social…).
- la défense de la laïcité, valeur de portée universelle, dans le mouvement altermondialiste. À ce titre, après les dérapages du FSE de Londres et la déclaration solennelle des femmes des mouvements féministes à Athènes que nous soutenons, nous appelons à être extrêmement vigilantEs sur la question des rapports du mouvement altermondialiste avec des forces religieuses, en particulier parce que la Laïcité est un principe égalitaire refusant la subordination d’un sexe à un autre ainsi que la manifestation de cette subordination dans la sphère publique.

Émancipation, tendance intersyndicale


Brèves

2 février - Communiqué PPCR

Mise en œuvre du protocole PPCR : plus de risques que de bénéfices sur la feuille de paye (...)

1er octobre 2016 - L’évaluation en débat au CDFN de la FSU

Le projet de réforme de l’évaluation des personnels vient compléter l’ensemble des réformes qui ont (...)

2 septembre 2016 - Retrait du projet “d’évaluation” des personnels enseignants !

La mise en place de la loi de “refondation” de l’école (2013) impose la redéfinition du métier (...)