Alors que le gouvernement prévoit 28 000 expulsions pour 2008, DANS LES CENTRES DE RETENTION, LA RÉVOLTE A COMMENCÉ

mardi 19 février 2008
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2008)

Alors que le gouvernement prévoit 28 000 expulsions pour 2008,


DANS LES CENTRES DE RETENTION, LA RÉVOLTE A COMMENCÉ


Les préfets en fin d’année ayant reçu le message d’accélérer les rafles pour atteindre le chiffre de 25000 expulsions fixé par le ministère de Hortefeux le harcèlement quotidien des sans-papiers s’est encore aggravé. Les arrestations ont lieu partout : lors de démarches administratives, dans les préfectures, les commissariats, devant des consulats, les écoles, au travail, dans la rue, le métro, aux domiciles…

Mi décembre une révolte a commencé au centre de rétention du Mesnil-Amelot, situé tout à coté des pistes de l’aéroport de Roissy : cahiers de doléances, revendications écrites sur les vêtements, refus d’entrer dans les chambres, grève de la faim…

Le 27 décembre, pour casser la lutte, Abou, enseignant à Orléans, considéré par la police comme un des meneurs du mouvement est transféré au CRA de Vincennes. Le même jour, les

détenus de Vincennes entament à leur tour une grève de la faim et refusent de rentrer dans leurs chambres. Ils se plaignent des réveils intempestifs pour les compter et les recompter, de fouilles plusieurs fois par jour de l’absence de soins médicaux, de problèmes de nourriture…

Et de l’attente… insupportable… d’une expulsion qui va briser leur vie et celle de leurs familles.

Dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 décembre, 150 CRS font irruption dans le centre pour forcer les détenus àrejoindre leurs chambres. La répression est violente et des détenus sont blessés.

Les rassemblements devant le centre de rétention de Vincennes vont se multiplier ainsi que les manifestations. La communication cherche à s’établir par tous les moyens : visites aus détenus, totalement soumises à l’arbitraire des policiers en faction « c’est justement parce que vous êtes médecin que vous ne rentrerez pas, c’est parce que vous faites partie du groupe rassemblé devant l’entrée… ». Les visites des familles sont également suspendues sans sommation : femmes et enfants doivent patienter des heures dans le froid glacial. Le bâtiment de Vincennes est tristement impressionnant : construction composite, agrandie au fil des siècles et qui peut contenir deux fois 140 personnes retenues. En 1961 on y pratiquait le tri des algériens dit-on. En 2008, les « sans-papiers » en lutte apparaissent quand ils le peuvent au sommet d’une tour-forteresse, bardée de barbelés, criant avec nous « Liberté sans-papiers ».


La répression s’abat sur les sans-papiers les plus mobilisés qui sont expulsés ou condamnés à des peines de prison et d’interdiction du territoire malgré les mobilisations : le 2 janvier par exemple, 3 libérations pour 45 comparutions en appel au 35 bis pour les prisonniers du CRA de Vincennes, dans une parodie de justice : une justice qui bafoue ses propres règles et ne respecte ni les droits de la défense, ni même les accords bilatéraux comme dans le cas de Paul Wem, originaire du Gabon, expulsé ¼ d’heure avant la fin des trente deux jours de rétention.


Des exemples d’initiatives pour permettre à chacun d’être reconnu et de construire ensemble une histoire commune et politique :


Site www.storiemigranti.org est en ligne, avec le projet de construire une histoire des migrations à travers les récits des migrants et de chercheurs et militants à travers leurs entretiens avec les migrants.



15 et 16 mars, journées de rencontres internationales à Bamakoavec l’association malienne des expulsés : pour leur donner la parole et pour informer de la situation dramatique des travailleurs migrants expulsés ou refoulés.

Site : www.expulsesmaliens.org


Cette lutte est engagée dans la durée.

L’appel lancé par les détenus doit être relayé et la mobilisation à l’extérieur doit continuer pour la fermeture des centres de rétention, pour la régularisation de tous les sans-papiers, pour la liberté de circulation et d’installation et l’arrêt de toutes les expulsions.



RÉtention : une spirale rÉpressive qu’il faut enrayer au plus vite…


En France, la loi Sarkozy de 2003 a quasiment triplé la durée de rétention autorisée, la faisant passer de douze à trente-deux jours.

Une directive européenne prévoit de porter la durée de rétention à dix-huit mois.

La Cimade, seule association présente dans le centres, est à l’origine de la pétition « Non à la directive de la honte » (cf revue L’Emancipation n° 4) et dans une tribune publiée le 17 novembre 2007 dans le journal Le Monde son secrétaire général, Laurent Giovannoni alertesur ce qu’il désigne comme des camps d’internement :

« …Car ce qui est en jeu, en proposant une durée de rétention aussi longue, ce n’est pas l’harmonisation des conditions d’expulsion. C’est l’acceptation par toute l’Europe que l’enfermement des migrants - hommes, femmes, enfants - peut devenir la règle, non pas pour organiser le renvoi de quelques-uns d’entre eux mais pour examiner leur demande d’asile, leur demande de titre de séjour, pour déterminer s’ils seront jugés « utiles » et admis ou non admis dans un pays de l’Union.

CAMPS D’INTERNEMENT
Cette façon d’appréhender la « gestion » des personnes migrantes ou réfugiées par l’enfermement et le cantonnement dans des lieux spécifiques participe d’une logique que l’Europe a déjà connue avant guerre : celle des camps d’internement des années 1930. A y être maintenue pendant des semaines et des mois, la personne y devient pour l’administration un corps qu’il faut soigner, nourrir, vêtir, loger, et un dossier qu’il faut instruire et traiter. Parce qu’elle est migrante, on lui retire son libre arbitre, son appartenance et son droit à la vie sociale, sa possibilité d’agir, de créer, d’intervenir au sein de la collectivité. On la prive, pas seulement de sa liberté, mais de son appartenance à la société humaine. Et on la détruit. »…

Plus d’informations dans le rapport annuel de la Cimade sur les centres

et locaux de rétention :

http://www.cimade.org/nouvelles/521-Protestations-dans-les-centres-de-retention



Le 19 janvier une journée de mobilisation nationale et européenne a permis d’informer et de mobiliser largement contre cette criminalisation des travailleurs et des familles sans-papiers. Il faut continuer des actions unissant les réseaux, RESF, syndicats, collectifs de sans-papiers, associations et collectifs de villes ou de quartiers, dans des initiatives communes autour du droit à l’école, au travail, à la santé. Leur liberté est aussi la nôtre.


À l’initiative de Droits devant !! et de l’Union locale Cgt de Massy,

avec la participation de la CGT Finances, du SNUTEFI-FSU -,

de la CNT-Nettoyage et Bâtiment, de la CGT Paris, du SNUI, de AC !,

d’ATTAC, de l’ATMF et du CSP 75 des manifestations ont lieu depuis la rentrée :

26 septembre au Ministère du Travail, 26 octobre aux Affaires Etrangères, 30 novembre à

l’Economie et aux Finances, et marche réunissant 1500 personnes le 21 décembre dernier à

Matignon. Une assemblée générale réunissant 650 personnes s’est tenue le 12 janvier à la Bourse du travail à Paris, pour amplifier la mobilisation pour la

régularisation globale. Un appel a été lancé aux travailleurs

sans-papiers pour renforcer leur organisation et leur mobilisation dans

les collectifs, les syndicats, les associations.

Une mise en garde a été réitérée en direction des travailleurs

sans-papiers pour ne pas entreprendre de démarche isolée en préfecture

du fait des risques importants d’arrestations.




Un tract de 4 pages s’adresse aux travailleurs sans-papiers pour apporter de nouvelles réponses et de nouvelles mobilisations autour du statut de travailleur qui est celui de très

nombreux sans-papiers..


Ce 4 pages, tiré à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires est disponible auprès de l’Ucij- Unis contre l’immigration jetable et des structures impliquées dans sa réalisation (syndicats CGT, CNT, FSU-SNUTEFI, Solidaires, collectifs de sans-papiers..) et peut-etre aussi imprimé en ligne.

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