Grève du 18 octobre : occasion ratée ou début de quelque chose ?

vendredi 9 novembre 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°3 de novembre 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Grève du 18 octobre :
occasion ratée ou début de quelque chose ?

La grève du 18 octobre a été présentée par les médias essentiellement comme une grève des agents de la SNCF et de la RATP contre la suppression des régimes spéciaux de retraite. A cela s’ajoutait le divorce du président de la République, judicieuse utilisation de la vie privée comme arme politico-médiatique contre une mobilisation qui concernait des franges du monde du travail bien plus larges que celles directement concernées par les régimes spéciaux de retraite.


Nouvelle étape dans le vol des retraites
Après l’endormissement revendicatif interprofessionnel qui a suivi le recul du gouvernement Villepin sur le CPE (pour raison électorale ?), la grève du 18 octobre marque le retour de l’approche interprofessionnelle des revendications et cela malgré l’attentisme des appareils nationaux de la Cfdt, de la Cgt, de la Fsu et de l’Unsa.
Dans de nombreux secteurs professionnels, les salariés et les militants syndicaux ont compris que l’attaque contre les régimes spéciaux préfigurait une nouvelle étape de l’offensive contre les retraites. Fillon n’a d’ailleurs rien caché de son ambition de faire passer très vite à 41, le nombre d’annuités nécessaires pour prétendre à une retraite pleine.
Avec les grèves de 2003, malgré la défaite revendicative, de nombreux salariés, dans tous les secteurs, ont pris conscience du processus à l’œuvre en matière de vol des retraites : chaque année, les sommes versées en retraite sont équivalentes au budget de l’Etat, et le capitalisme financier a décidé de mettre la main sur ces sommes énormes qui lui échappent. Pour la droite, le patronat et les instances du libéralisme européen, il s’agit de casser le système de retraite par répartition pour lui substituer un système par capitalisation dans lequel chaque salarié prend sur son salaire direct d’aujourd’hui pour tenter d’obtenir une retraite demain par l’intermédiaire de fonds de pension aléatoires.
Tout n’est donc qu’affaire d’étapes. En 2003 le gouvernement Raffarin était convaincu qu’il ne pouvait poursuivre la contre-réforme du régime de retraite des salariés du privé, engagée en 1993 par Balladur, sans toucher d’abord celui des 4,5 millions de fonctionnaires. Fillon, déjà lui, déclarait à l’époque : « le rapprochement public-privé réalisé, l’adaptation du système aux contraintes économiques et démographiques sera plus facile ». Sarkozy quant à lui, a lancé la campagne idéologique contre les régimes spéciaux depuis le début de sa campagne électorale, n’hésitant pas à qualifier ces régimes de « privilège indigne ». Il a décidé d’attaquer les garanties salariales sur absolument tous les fronts, espérant que ce « blitzkrieg social » paralyserait toute riposte.

Malgré tout…le retour de la question interprofessionnelle
Malgré la volonté des directions nationales des « grandes organisations » de circonscrire la journée du 18 octobre à une grève de 24H pour protester contre la suppression des régimes spéciaux (Sncf, Ratp, Edf-Gdf, Opéra de Paris) de nombreux collectifs de travailleurs se sont emparés de cette date pour en faire la première journée de riposte globale à la politique de Sarkozy et des siens. La Cgt et Sud Ptt appelaient à la grève à La Poste, à la veille d’élections professionnelles qui ont vu la progression de Sud Ptt et la baisse de la Cgt. Aux impôts et au trésor, le Snui et la Cgt appelaient à la grève également. Au ministère de la Culture, la Cgt et Sud appelaient à la grève. Les Unions Départementales Cgt ont trouvé à étoffer leurs cortèges avec de nombreux agents des collectivités territoriales. Dans les hôpitaux des appel à la grève de la Cgt, de Sud et de Fo (dont l’appel s’étendait à l’ensemble de la fonction publique). Dans les Fnac, la Cgt et Sud appelaient à la grève, des débrayages visibles également chez Michelin et dans la chimie ainsi que dans quelques entreprises du Nord-Pas de Calais. Au ministère de l’agriculture et à l’ANPE, les équipes militantes de la Fsu ont rejoint des appels unitaires lancés par la Cgt et Sud. Et la liste n’est pas exhaustive.
Dans l’éducation nationale, l’Unsa et la Cfdt ont fait savoir qu’elles souhaitaient se tenir à l’écart de ce mouvement pour « ne pas tout mélanger ». La Fsu, divisé entre premier et second degré (encore et toujours) a appelé à garder des forces pour novembre, même si une trentaine de sections départementales ont rejoint la grève. Sud éducation a appelé clairement à la grève et réussi à emmener dans celle-ci bien plus que ses propres adhérents dans de nombreux endroits. Il reste qu’au regard des revendications portées dans la rue et des slogans des manifestations, le refus de globalisation adopté par les directions de la Fsu et de l’Unsa est une erreur d’appréciation majeure surtout pour une grève qui se déroulait moins d’une semaine après les déclarations fracassantes de Sarkozy contre le statut de la Fonction Publique. Le triptyque de ce 18 octobre était bien « salaires, retraites, services publics » et les taux de grévistes importants dans les secteurs où les appels étaient unitaires (75% à la Sncf, 50% à Edf-Gdf) montrent bien que l’unité permettait une mobilisation bien au-delà des régimes spéciaux. C’est peut être la France de Sarkozy qui était enfin contestée.

Et la reconduction…
Dès le 18 octobre au soir, de nombreuses Assemblées Générales se prononçaient pour la reconduction de la grève à la Sncf où seuls Fo et Sud Rail avaient déposé des préavis reconductibles. La Fgaac (syndicat de conducteurs) endossait le rôle habituellement dévolu à la Cfdt en négociant pendant la nuit, affaiblissant ainsi la reconduction de la grève que refusaient les directions fédérale et confédérale de la Cgt mais que les syndiqués rejoignaient sur de nombreux sites.
Le 18 octobre, avec une paralysie quasi-totale du réseau ferroviaire, la grève à la Sncf atteignait un taux historique pas même atteint en décembre 1995. La Cgt maintenait sa vision dogmatique de la grève de 24 heures dites « grève carrée », contre l’avis des assemblées générales de cheminots. La grève n’a pas dépassé le week-end mais elle a été bien davantage reconduite que n’ont pu le dire les médias et la communication de la Sncf.
Les choses ont quand même bougé dans les gares1. La réunion interfédérale du 22 octobre s’est alignée sur les positions défendues par les grévistes dans les AG en refusant les négociations par entreprises. « Plus de négociations en coulisse, c’est l’engagement pris par tous » écrit Sud Rail. Cette même interfédérale des cheminots « propose que l’ensemble des organisations syndicales des entreprises disposant d’un régime spécial se rencontrent dans les prochains jours pour réfléchir et décider des mobilisations nécessaires ». C’est une avancée qui en appelle d’autres mais c’est une avancée obtenue par la reconduction de la grève à la Sncf et à la Ratp.
Visiblement, les cheminots, les agents de la Ratp et avec eux des agents de l’énergie ou de l’opéra de Paris et aujourd’hui des salariés d’Air France ont décidé que la répétition des temps forts -stratégie qui nous a fait perdre en 2003 et qui a conduit à la défaite à Edf-Gdf en 2004- n’était pas la bonne quoi qu’en pense la direction confédérale de la Cgt. Bien que la convergence des luttes soit un souci inégalement partagé, l’heure semble quand même à la construction d’un mouvement reconductible interprofessionnel. Les conditions sont plus avancées dans certains secteurs professionnels comme la Sncf ou la Ratp. Il est clair que l’absence de la Fsu et de l’Unsa dans la grève du 18 octobre constitue un handicap pour cette construction nécessaire dans l’éducation nationale. Raison de plus pour travailler à convaincre…avec modestie et détermination.

Et les revendications…
Le claquage de porte des organisations de la fonction publique, reçues par le ministre le 25 octobre est plutôt une bonne nouvelle. Il faut, c’est certain, une augmentation générale des salaires. Pour cela l’unité public-privé est indispensable et cette unité doit nous porter à imposer une revendication d’augmentation uniforme (300 € pour tous).
Sur le terrain des services publics et du statut, notre approche revendicative doit associer les organisations d’usagers et les différents collectifs de défense des services publics. Il faut rendre visible la volonté d’un service public générateur d’égalité de droits face à une défense corporatiste que les grands médias aux ordres tenteront de mettre en avant.
Il n’est pas possible de faire l’impasse sur les retraites comme le fait le texte des fédérations de fonctionnaires pour l’appel à la grève du 20 novembre, idem pour l’appel des fédérations de l’Education nationale à cette même grève. Là où des reculs se préparent le silence ne saurait être de mise. La défense des régimes spéciaux trouvera sa légitimité dans une reprise offensive de la question générale des retraites pour le retour à 37,5 annuités pour tous avec l’abandon du calcul sur les 25 meilleures années, ce qui signifie l’abrogation des lois Balladur et Fillon. Pour le maintien d’un taux de liquidation à 75% avec la garantie qu’aucune pension ne soit inférieure à 100% du SMIC et l’abandon de toutes les décotes. Pour le retour à l’indexation des retraites sur les salaires et l’application de bonification pour les métiers les plus pénibles et en travail décalé.
Au regard du rapport de force actuel, ces revendications peuvent paraître illusoires. Elles n’ont rien d’utopiques, elles nécessitent seulement un autre partage des richesses. 0,3% du PIB consacré aux retraites permettrait un retour pour tous à 37,5 annuités. C’est le Conseil d’Orientation des Retraites qui le dit.
L’alternative à tout ça c’est la régression sociale pour tous et le spectacle continuel de l’enrichissement de quelques-uns.

Didier Pagès
Puy de Dôme
28 octobre 2007

1 Le journal LA GREVE qui revendique que la grève appartienne à celles et ceux qui la font, fabriqué et diffusé par Sud rail en est à son numéro 7 le 23 octobre.


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