S’opposer à l’agression libérale dans l’éducation

En Europe, rôle du TCE, double jeu de la CES
lundi 6 novembre 2006
par  Henri Amadei

Face à l’agression libérale dans l’éducation, notamment en Europe avec le TCE (mis en échec le 29 mai 2005) et la complicité de la CES (Confédération Européenne des Syndicats, membre de la gouvernance européenne aux côtés de l’UNICE, MEDEF européen), ce texte d’Emancipation a été publié en 2005 dans le bulletin du SNESup-FSU . Les contre-réformes libérales dans l’enseignement supérieur font partie de cette agression libérale : § réforme Lang-Ferry des formations supérieures LMD-ECTS, § texte de "modernisation" instituant des présidentEs d’Universités "chefs d’entreprises", § réforme en préparation de professionnalisation-patronalisation des formations supérieures préparée depuis avril 2006 par le gouvernement .
Ce texte d’Emancipation, élaboré à la "semaine" (NB) 2004 de l’Emancipation a été publié en février 2005 , avant son congrès d’orientation bisannuel, par le bulletin du SNESup-FSU .

(NB) Fondée en 1958 (elle s’appelait la "Semaine de l’Ecole Emancipée"), la "Semaine de l’Emancipation" se déroule chaque année en juillet pendant une dizaine de jours . C’est l’occasion de débats ouverts, voire publics, mais aussi de camping, d’activités festives . L’AG statutaire est par contre réservée aux seulEs adhérentEs de l’Emancipation (abonnéEs à la revue "L’émancipation syndicale et pédagogique" ET cotisantEs de "Emancipation Tendance Intersyndicale") - précaution contre des noyautages par des fractions politiques (comme la conquête du sigle "Ecole Emancipée" en 2002 par une fraction autour de membres LCR des directions de la FSU) .

S’opposer à l’agression libérale dans l’éducation
(1*)

La construction européenne actuelle relaie, met en cohérence et organise les attaques libérales dans le cadre européen, pilotées au niveau mondial par l’OMC et l’AGCS. Démantèlement des services publics et des systèmes de solidarité sociale, réduction progressive des droits des travailleuses/travailleurs et des chômeuses/chômeurs, accentuation de la répression, constituent le fond des principaux traités organisant la construction européenne (Maastricht, Amsterdam, Nice ...), et de nombre de directives de la Commission Européenne.
Lorsque la Commission Européenne a assuré que l’Education n’était pas visée, elle a omis de rappeler que l’AGCS visait tous les services publics, et que les secteurs concernés ne pourraient être protégés que pendant 10 ans, le temps que les législations nationales s’adaptent, sans retour possible. La décentralisation progressive de l’Education Nationale, fortement combattue durant les luttes du printemps 2003, en est une illustration. La loi de “modernisation” de l’Université qui n’a pas été abandonnée, et le rapport Thélot vont exactement dans ce sens.

La dernière étape de la conquête libérale du "marché de l’éducation"
Le projet de Constitution européenne est la dernière étape d’un processus anti-social que L’Emancipation syndicale et pédagogique (comme d’autres) ne saurait accepter. La Commission Européenne, suivant les rapports de la Table Ronde Européenne (ERT, lobby d’industriels européens) prône la nécessité de rapprocher le monde de l’éducation du monde de l’entreprise, et le "droit d’accès de l’individu" à une "formation tout au long de la vie". Dans la définition des acquis de base de l’éducation et de la "formation tout au long de la vie" apparaissent des "compétences" du type "esprit d’entreprise" et "aptitudes sociales", tandis que les savoirs sont transformés en "compétences"’. Pour l’Université, c’est l’abandon du savoir au profit des savoir-faire, camouflée derrière l’ouverture et la “ coopération entre centres de formation et entreprises ”,
Il s’agit de laisser à l’entreprise le contrôle de la formation professionnelle, et de reporter sur l’individu la responsabilité de sa formation, abandonnant ainsi le droit à l’éducation. Une première étape est l’intégration des "partenaires sociaux", des ONG, de toutes les institutions responsables de formation, à l’évaluation de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE). La “ Constitution ” Européenne consacre la mise en place du “grand marché européen de l’Education” prévu dans les objectifs de Lisbonne et le processus de Bologne.

La CES (Confédération Européenne des syndicats), un leurre syndical
Les luttes syndicales et la mobilisation des travailleurs dans toute l’Europe constituent un élément décisif pour contrer cette offensive. Mais une approche objective des conditions de construction d’un pôle syndical impose au préalable de prendre en compte le rôle politique et social de premier plan tenu par le "Confédération Européenne des Syndicats" (CES) : son rôle-clé dans le dispositif de généralisation du modèle néo-libéral dans les pays européens, ses rapports avec les confédérations syndicales nationales, et donc son influence sur le syndicalisme européen, sur la revendication syndicale, et plus largement sur l’ensemble du mouvement social en Europe.
Il faut absolument dissiper les malentendus entretenus par l’intitulé "Confédération Européenne des Syndicats" ; aujourd’hui la CES n’a rien à voir avec une organisation syndicale "représentative" des travailleurs européens, même bureaucratique. C’est une institution européenne à laquelle le traité d’Amsterdam a reconnu la qualité d’interlocuteur dans le domaine social, associée à ce titre à la préparation des sommets et à toutes les activités de l’agenda européen. Elle se revendique d’ailleurs comme "co-régulateur" aux côtés d’autres "partenaires sociaux" - dont les représentants du patronat européen - de la "gouvernance européenne" (congrès CES de Prague, 2003).
Le double jeu de la CES
Associée à "l’élaboration des normes sociales communautaires" et donc colégislatrice, la CES a signé plusieurs accords devenus par la suite des directives européennes, comme celles de 1997 sur le travail à temps partiel et de 1999 sur les contrats à durée déterminée. Lors du sommet dit "social", patronat et CES firent une déclaration commune, se prononçant "pour un partenariat européen pour le changement" et “ un plus haut degré de flexibilité ” désigné par le néologisme de "flexicurité". On comprend mieux pourquoi la CES est favorable au projet de constitution européenne, qui stipule (art.III -105 et 106) que ces accords passés entre patronat et CES auront automatiquement force de loi européenne.
Pourtant la plupart des organisations syndicales nationales en quête de "représentativité" européenne continuent à siéger dans la CES, ou frappent à sa porte (FSU). Elles cautionnent, très souvent en contradiction avec leurs mandats, des positions qui vont à rebours des intérêts des travailleuses-eurs européens. La CES voit ainsi confirmer sa position d’interlocuteur social européen reconnue des deux camps, institutions et partenaires sociaux. Ceci ouvre un boulevard aux négociations d’un nouveau syndicalisme de gestion à l’échelle européenne, de l’Union mais aussi des pays dans le cadre de la mise en oeuvre des accords de l’AGCS contenue dans ceux de Lisbonne. La CES contribue ainsi à accélérer le processus d’intégration des structures syndicales nationales dans l’Etat, tous les niveaux institutionnels (national, régional, local) étant désormais concernés.
Contre cette Europe libérale, il faut refuser toute implication de la FSU dans la CES, et coordonner les luttes indépendamment des institutions, y compris au niveau européen.
Amadéi Henri
(Elu Emancipation syndicale et pédagogique à la CA nationale du SNESup-FSU)
(1*) texte élaboré pour l’essentiel collectivement lors de la semaine 2004 de l’émancipation syndicale et pédagogique.


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