Ni oubli, ni nostalgie

"Le maître d’école" d’Hippolyte Gancel
jeudi 11 octobre 2007
par  QD, Administrateur

Le maître d’école
d’Hippolyte Gancel
Éditions Ouest France
avril 2007
278 pages
7,60 euros

Ce n’est ni un pamphlet, ni un réquisitoire, ni non plus l’idéalisation de l’enseignement d’hier.
Ceux et celles qui recherchent le brûlot seront déçus.
L’auteur, ancien instituteur et ancien professeur de lettres nous fait découvrir la carrière d’un maître d’école, né à la fin du 19ème siècle.
L’École Normale d’instituteurs ressemblait certes à une caserne mais elle inculquait des valeurs et préparait au métier. Certains enseignants comme le "héros" du livre ont eu la chance de passer par la grande porte, d’autres plus malchanceux ont commencé comme auxiliaires.
Mais comme l’explique l’auteur de ce livre, il existait une réelle solidarité de corps, solidarité qui a perduré longtemps : les nouveaux pouvant s’appuyer sur l’aide d’anciens.
La grande faucheuse a fait bien du dégât, la profession a payé un lourd tribut durant cette grande guerre : "plus de 22% de tués, et combien de gazés, marqués à vie !".
La vie continue en ville et à la campagne et les instituteurs reprennent le chemin de la classe pour instruire, éduquer avec les moyens du bord, souvent dérisoires.
Nombreux sont ceux qui passeront leurs longues soirées et leurs journées de congé à préparer les tableaux, remplir le cahier journal, Maurice Robert est l’un d’entre eux.
Celui ou celle qui a connu comme élève l’école primaire de la fin des années 50 ne sera pas dépaysé comme si cette "institution" n’avait pas bougé ... Comme au début du siècle dernier, il y a les potentats locaux voulant parfois domestiquer ou contrôler l’instit, les rites annuels comme le certificat d’études, la conférence pédagogique ou le banquet des anciens normaliens de la même promotion.
Beaucoup d’instituteurs ont lutté dans des conditions difficiles pour préserver leur indépendance et la laïcité de l’école, l’auteur nous raconte plusieurs combats difficiles comme celui de ce collègue qui, bien longtemps après la loi de séparation des églises et de l’État affronte un boycott de parents voulant imposer le maintien du crucifix dans la classe....
Avant la grande guerre, la bataille des ouvrages scolaires a été rude, des curés et notables brûlant certains manuels ou interdisant leur achat, les laïques quant à eux résistaient et passaient à l’offensive...La laïcité complète a été arrachée, certains départements ont pris beaucoup de retard. En Mayenne, le 11 novembre 1979, j’ai d’ailleurs fait scandale à Saint Frambaulte (de Prière) en refusant de conduire à la messe les enfants de l’école publique et dans le village voisin dépourvu d’école publique, un crucifix était accroché dans la salle du Conseil.

Cette école a bougé et bouge encore, certaines garanties statutaires ont été arrachées par les syndicats et le personnel, la pédagogie nouvelle et l’évolution de la société l’ont marquée de leur empreinte...
L’auteur ne fait pas l’impasse sur la crise de l’école aujourd’hui, reflet de la crise de la société où plutôt de la situation sociale et politique. "C’est aux gouvernants que revient l’obligation de résoudre les exclusions, aux familles que revient l’obligation de surveillance, de formation aux règles élémentaires de la vie en société. Le maître, quant à lui, peut et doit régler le trop fréquent problème de la ghettoïsation scolaire. Il y parviendra en cultivant les rapprochements, en imposant le brassage, en s’attachant à réaliser l’indispensable socialisation".
C’est un livre attachant, passionnant et, fils d’un instituteur secrétaire de mairie, j’y ai retrouvé l’atmosphère de l’école de village d’hier et l’action sociale et éducative menée par ces instituteurs, écrivains publics qui, après la classe organisaient des cours gratuits pour adultes et des spectacles éducatifs...
Il ne faut ni oublier ceux qui nous ont devancés, ni se laisser aller à la nostalgie, l’auteur, d’ailleurs fait la part des choses et nous invite à une réflexion pour la construction de l’école d’aujourd’hui et de demain.

Jean-François CHALOT