Le congrès national du SNES, entre immobilisme et virage à droite

mercredi 7 novembre 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°8 de mai 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

SYNDICALISME


Le congrès national du SNES,
Entre immobilisme et virage à droite


Le congrès s’est déroulé à Clermont-Ferrand pendant les derniers jours de mars. Le mode de représentation au congrès ne prenant en compte que les résultats électoraux des élections internes de 2005, la délégation d’Émancipation était réduite à six membres.


Tout d’abord une mise en perspective : le SNES continue de s’affaiblir en termes d’adhérents. Ses effectifs tournent autour de 65000 membres, bien loin des scores atteints il y a 20 ans.


Virage à droite ?
Si on examine la direction du SNES qui sort de ce congrès (mais on n’en a pas discuté, "Unité et Action" décidera cela en son sein) et la liste présentée pour les élections internes, on peut s’attendre sur de nombreux sujets à un caractère corporatiste encore accentué. Bernard Boisseau quitte le co-secrétariat général dans lequel rentrent Roland Hubert (académie de Clermont) et Daniel Robin (qui s’occupait entre autres de la laïcité). Claudie Maertens et Frédérique Rolet (qui sera porte-parole) restent dans ce secrétariat collectif. Gisèle Jean avait quitté le co-secrétariat général il y quelque temps.

Si on y ajoute les changements intervenus dans l’académie de Créteil et en particulier en Seine-Saint-Denis où le secrétaire départemental avait démissionné peu avant congrès avec un désaccord clair sur le manque de luttes, il y a bien virage à droite.

Parmi les votes de ce congrès, ajoutons qu’aucune modification statutaire, même celles qui sont de bon sens (les élections en une seule fois et avant le congrès) n’est passée. Des propositions qui marqueraient une bureaucratisation accentuée (un congrès tous les trois ans au lieu de deux ans) ont donc été repoussées, mais pas de beaucoup. Le SNES ressemble de plus en plus à un conglomérat de bureaucraties académiques qui règlent (ou ne règlent pas) leurs désaccords lors des instances ou des congrès. Dans le même temps, ces directions académiques ont fortement tendance à s’inscrire systématiquement dans le sillage de la direction nationale, celles qui défendent des positions radicales sur certains points (Créteil, Lille…) sont peu nombreuses. Émancipation quant à elle entend poursuivre sa démarche d’initiatives communes avec les syndicalistes de lutte contre les dérives de la direction nationale ; mais dans ce congrès il y avait peu d’espace pour cette stratégie.


Le thème introductif
Comme à la FSU, le SNES a "innové" en "contextualisant" sa plateforme revendicative. Sans surprise le SNES déplore les attaques contre les services publics, les pertes de droits (santé, retraite), le dumping social. Mais sans surprise non plus, il propose "de relancer et développer un modèle social". Sans remettre en cause le système économique, bien sûr, il s’agit toujours "dans les marges" de "réguler" le capitalisme en faveur du secteur public. Le fait que le capitalisme libéral repose sur des oppositions de classes, qu’il n’y aura pas de changement des politiques sans changement des rapports de pouvoir et sans rupture institutionnelle, est occulté. L’analyse des luttes récentes est sans changement. Le SNES a tout "bien fait", y compris pendant la lutte contre le CPE où pourtant il n’a pas fait grand chose. En gros, le SNES énonce des principes politiques et économiques. Sans comprendre qu’il est face à un pouvoir qui veut casser le service public et le statut des enseignants et qu’il ne suffit pas d’être "représentatif" pour pouvoir s’y opposer.

Une fois de plus, la direction syndicale désarme les personnels en ne leur expliquant pas qu’ils/elles sont en face d’un rouleau compresseur et que ce qui est l’ordre du jour, c’est l’organisation d’une résistance collective. Et une fois de plus, il rejette toute nouvelle forme de lutte pour en rester aux sempiternelles "actions".


L’École et le tri social
La FSU offre ce spectacle humoristique de fabriquer des textes plein de nuances. Au congrès de la FSU, le texte général sur l’Ecole était un compromis boiteux entre les thèses du SNUIPP et celles du SNES. Du coup, celui-ci était obligé de masquer le fond de son orientation : une diversification à outrance dès le collège. Officiellement, c’est pour "garantir à tous les élèvesdes voies de réussite". En fait, c’est pour caresser dans le sens du poli une partie du corps enseignant en créant de nombreuses voies de relégation et en généralisant la sélection. Il y a bien longtemps que le SNES ne défend plus le collège unique et qu’il ne s’oppose plus à l’apprentissage. Tout en affirmant être opposé "aux filières ségrégatives" et à "l’éviction précoce" des élèves au collège, le SNES appuie les innovations patronales et en particulier la "découverte professionnelle", antichambre des filières précoces de relégation sociale.

A côté de cela, il y a des manques qui sont inquiétants : sur ce thème comme sur d’autres les revendications ont été réduites à la portion congrue. Ainsi sur la baisse des effectifs, que le SNES réclame de manière générale mais en refusant de donner des revendications chiffrées. Même chose sur le temps de service des enseignants, pour ne pas apparaître comme "maximalistes".

Où caser la laïcité ? Dans le thème "école" puisqu’il y a bien longtemps que le SNES n’estime plus qu’il s’agit d’une question centrale de toute la société. C’est en commission que la direction aura multiplié les perles, montrant que pour elle, l’école privée assume des missions de service public sur lesquelles il est hors de question de revenir. Le SNES ne s’oppose pas au dualisme scolaire. Même le mot d’ordre minimum ("fonds publics à l’école publique") ne lui convient pas (1). Du coup le SNES n’a rien à dire sur la carte scolaire en dehors de généralités.

Seule avancéedans ce débat sur l’École : l’essentiel de nos idées concernant les droits des élèves ont été reprises, notamment le paragraphe qui remet en cause les conseils de discipline.

Les votes du congrès ont été assez ahurissants. Au bout du compte, le SNES s’accommode de toutes les "pseudo réformes" de la dernière période : la LOLF, le socle commun, l’apprentissage junior … Notre texte "Contre l’école libérale, une autre école dans une autre société" n’a eu que nos voix.


Des droits pour les titulaires, pas pour les précaires
Quand on parle du "corpo", le SNES n’aime pas le mot "revendications". Il lui préfère les notions de "respect", de "qualification". C’est au nom de leur "qualification" que les profs doivent avoir droit à leur part du gâteau dans la hiérarchie sociale. Le SNES constate que le pouvoir d’achat des enseignants a considérablement baissé et que le droit à la mutation s’est réduit comme une peau de chagrin. Même constat sur les retraites ou sur le droit à la santé. Mais les réponses n’ont pas changé : une revalorisation hiérarchisée des salaires dans le secondaire (dont le coût n’est pas donné), une acceptation des dernières réformes (l’intégration des IUFM dans les universités pour laquelle, sans voir la nocivité du projet le SNES demande un moratoire), aucune perspective de lutte pour reprendre ce que Fillon nous a volé, une acceptation de fait de la liquidation de catégorie des MI-SE.

Sur la précarité, le SNES continue de jouer sur les mots. Contre l’évidence du constat, il défend les "plans de titularisation" qui ont laissé de côté des milliers de précaires. Il est même incapable de chiffrer le nombre de précaires licenciés ces dernières années ou qui ont cessé de chercher un emploi dans l’Éducation Nationale. Nous avons été bien isoléEs dans notre revendication de titularisation immédiate de tous les précaires sans condition de concours ni de nationalité.

Sur la précarité comme sur les salaires, l’idée que ce sont des problèmes qui mettent en jeu la question de la répartition des richesses entre capital et travail (salaires), ou celle de la solidarité entre travailleurEs (précarité)… est encore loin d’avoir triomphé. A la place, on a une vision hiérarchique et quasi-méritocratique.


Le SNES et la FSU
Le SNES a été un des artisans de "l’élargissement" de la FSU aux autres fonctions publiques. Même si le bilan de cette transformation est mitigé, le SNES veut poursuivre tout ce qui peut lui donner plus de "représentativité" auprès de l’État. Pour la première fois, on a entendu clairement des congressistes déplorer les "excès" du fédéralisme ou le fait que la fédération pourrait avoir un "champ de compétence" qui ferait de l’ombre au SNES. Celui-ci souhaite la création de branches et même un regroupement des syndicats du second degré qui déciderait de tout ce qui touche aux collèges et aux lycées. Bonjour le fédéralisme ! Les "cadres" du SNES ont manifesté leur mauvaise humeur vis-à-vis de la tendance "École Émancipée" qui avale toutes les couleuvres dans les exécutifs hétérogènes mais essaie parfois d’affirmer sa différence. Le congrès a émis un vote qui risque fort d’empêcher Sophie Zafari de devenir une des secrétaires adjointes de la FSU, ce qu’une instance fédérale avait laissé entrevoir (au demeurant sans aucun débat préalable sur cette question).

Comme prévu, le grand débat a porté sur l’entrée de la FSU dans la CSI. Le secrétariat voulait en rajouter une louche en faisant en sorte que le congrès appelle les syndiqués à voter pour cette entrée. Plusieurs académies trouvaient la ficelle un peu grosse et un vote par mandat a rejeté cette proposition.


Droits et libertés
Enfin comme d’habitude, c’est sur les terrains des "droits et libertés" ou sur celui de la solidarité internationale que quelques acquis ont été obtenus : un soutien unanime à Florimond Guimard, à Erwan Redon, à Roland Veuillet. Un appel à la libération des prisonniers d’Action Directe. Une dénonciation du fichage (Sconet) sans aller jusqu’à appeler à refuser tout fichage. Et pour la première fois dans la motion "Palestine", des sanctions contre Israël (boycott des produits, désinvestissement) sont réclamées. Par contre le boycott des Jeux Olympiques de Pékin a été rejeté tout en obtenant 45% des voix.


Pierre STAMBUL


(1) Devant les protestations de plusieurs congressistes, le rapporteur sur cette question a finalement remis cette revendication.



CONGRÈS SNES

Communiqué de presse


Les déléguéEs de la tendance Émancipation présentEs au congrès national du SNES de Clermont-Ferrand dénoncent le recentrage de la direction du syndicat qui se révèle dans ce congrès, au moment où la politique du gouvernement, et particulièrement du ministre de l’Education Nationale de Robien, compromet l’avenir du service public, des statuts de ses personnels et incidemment du SNES.

Ce recentrage de la direction nationale, perceptible dès la publication des textes préparatoires, se confirme dans les débats du congrès, sur l’ensemble des thèmes : caractérisation du contexte économique et social, service public d’éducation, précarité, définition du syndicalisme…

En espérant, sans trop y croire, que les textes adoptés par le congrès ne répercutent pas ce recentrage, citons quelques exemples marquants de cette involution de la direction nationale :

- sur la laïcité, le rapporteur du thème a affirmé que les revendications "nationalisation laïque de l’enseignement privé" et même "fonds publics à l’Ecole publique, fonds privés à l’école privée" doivent laisser la place à la revendication "unification du public et du privé" qu’il imagine réalisable par des glissements. Par ailleurs le texte d’introduction du congrès ne cite même pas le mot laïcité ;

- sur l’organisation de l’austérité budgétaire, il a considéré que ce n’est qu’un outil, alors que cette loi renvoie aux recteurs la responsabilité de supprimer des postes pour pouvoir assurer la gestion dans le cadre d’enveloppes insuffisantes et alors que l’ audit de modernisation sur le pilotage du système éducatif dans les académies à l’épreuve de la LOLF déplore que "les objectifs et indicateurs du ministère restent trop nombreux et ne sont pas suffisamment orientés vers l’évaluation de la performance, et traduisent davantage les attentes de la société que les priorités assignées aux responsables" ;

- sur la conception du syndicalisme que le SNES doit défendre, la direction nationale cherche à imposer un mandat d’adhésion à la CSI, officine visant à l’accompagnement du libéralisme mondial et à la cogestion. Alors qu’une consultation individuelle de touTEs les syndiquéEs de la FSU est en cours sur cette question, une telle prise de position du congrès court-circuiterait ce processus démocratique.

Émancipation veut, dans ce congrès, comme dans celui de la FSU, rassembler les militantEs qui condamnent ce recentrage et optent pour un syndicalisme de lutte de classe, à l’ordre du jour pour faire échec à l’offensive capitaliste.


Les déléguéEs au congrès national du SNES de la tendance Émancipation
Le 28 mars 2007


QUELQUES NOUVELLES DE LA CRITIQUE RADICALE DU SPORT…


Rallye de la Honte : Le groupe Amaury Sport Organisation celui qui perpétue chaque année la tradition de tuerie du Rallye-Dakar vient de connaître un revers cinglant. Le gouvernement malien vient de s’opposer à la traversée du pays par la prochaine épreuve du Rallye-Dakar qui prendra pour une troisième fois son départ à Lisbonne. Ce sera un répit pour les populations maliennes mais au Maroc, en Mauritanie et au Sénégal, la course macabre des beaufs blancs sponsorisés pourra continuer. A l’heure où les sans-papiers maliens sont traqués par la police de Sarkozy c’était bien la moindre chose que pouvait décider le gouvernement du Mali.

Pour la toute petite histoire, sachez que Besancenot, Bové, Laguiller et Voynet se sont prononcés durant la campagne des présidentielles pour la suppression du Rallye-Dakar.

Des choses à lire, une pétition à signersur www.stop-rallyedakar.com


Campagne de boycott des Jeux olympiques de Pékin : La pétition que vous pouvez signer et faire connaître se trouve sur le site COBOP.free.fr. Il faut la faire connaître, même si les gens ont un peu la tête ailleurs. En condamnant l’attitude de la Chine dans les massacres de masse du Darfour, Ségolène Royal a ouvert, assez involontairement, le débat sur les Jeux Olympiques de Pékin. Le journal L’Équipe , bible quotidienne des meutes sportives n’a pas tardé à mettre en évidence l’amour des Jeux Olympiques du candidat Sarkozy adepte du "doux commerce" et de la négation des souffrances du peuple chinois écrasé sous le délire pharaonique de l’olympisme. Seul Le Figaro a accepté de publier une tribune sur le boycott des Jeux de Pékin signée par des camarades qui ont participé à la rédaction de l’appel du COBOP. Une brochure contre les Jeux de Pékin est en préparation elle devrait être publiée à l’automne prochain et développer les différentes parties de l’appel au boycott. L’appel au boycott a été diffusé lors de la manifestation du 1er mai à Paris, à Clermont-Ferrand et peut être ailleurs. Plusieurs revues militantes ont accepté de le reprendre y compris des publications locales.

La prochaine réunion du COBOP (ouverte à toutes et à tous) se déroulera samedi 2 juin à 14H à Paris à La Bourse du Travail de République.

Une manifestation est en préparation pour le samedi 29 septembre 2007 devant l’ambassade de Chine à Paris à 14 H.


Footmania. Critique d’un phénomène totalitaire  : un petit livre pour petit budget écrit par Fabien Ollier et préfacé par Jean-Marie Brohm, tous deux faisant partie des rédacteurs de l’appel du COBOP. La dernière coupe du monde de football sous le coup de la critique radicale du sport. Du délire populiste des "intellectuels" au silence populiste de la gauche de la gauche. C’est documenté, c’est précis et c’est très décapant et c’est aux Editions Homnisphères.


Didier PAGÈS


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