Livre : La Peste Monothéiste

samedi 10 mars 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2007)

Livres

La peste monothéiste


Un brûlot anticlérical et antireligieux ! L’auteur n’y va pas avec le dos d’une cuillère ; sans hésitation, il fonce, c’est l’attaque directe.

Cette charge contre les religions et les cléricalismes s’appuie sur une analyse historique et non simplement sur un rejet ou des états d’âmes. Elle tente aussi de ré-ouvrir des pistes de réflexion sur le pourquoi de l’offensive actuelle des religions et du recul consécutif de la laïcité, dans un état des lieux liant étroitement l’évolution récente des religions et du capitalisme.

Lutte des classes
Si l’Eglise catholique, alliée aux princes de l’époque Renaissance et post Renaissance, est particulièrement cruelle et sanguinaire, les protestants ne font pas non plus dans la dentelle. La lutte des classes n’est pas une "invention" moderne, elle existe depuis longtemps. "Munzer prônait le renversement des classes supérieures par la paysannerie et les ouvriers"... Il va remettre en cause le système socio-économique... Cette guerre des paysans va se terminer en 1524-1525 par un bain de sang ; "Luther de par sa haine pour la populace incite fortement les princes allemands et alsaciens à refuser et à réprimer dans le sang et sans pitié ces soulèvements ( il y aura 100 000 victimes parmi les paysans)".

La lutte de classe est bien le moteur de l’Histoire et les cléricaux sont là pour empêcher la libération sociale, maintenir la domination de la classe des dominants et par là-même renforcer leurs puissances spirituelles et temporelles.


Complicité obscurantiste
Les liens entre la marchandisation capitaliste, appelée libéralisme par certains, et les religions, toutes les religions, sont réels et seuls les naïfs ou les complices des intégristes nient la vérité : "L’islam est le cheval de Troie envoyé par l’armée du Vatican dans la république laïque. L’église catholique n’a cessé de voler au secours de ses collègues musulmans, proposant une laïcité ouverte, proposant encore d’accueillir les filles voilées dans les collèges catholiques".

Si l’auteur se proclame antireligieux, ce n’est pas non plus pour refuser de prendre en compte des réalités sociales et politiques. Refuser à juste titre de pactiser avec des Ramadan et autres intégristes dits modérés (!?), ce n’est pas nier l’existence de réels courants protestataires : "Si nous accusons clairement la religion de faire le jeu de la domination, des individus, eux, font référence à cette même religion pour se battre contre la domination capitaliste".

Autrement dit, des croyants, des agnostiques et des athées peuvent mener des combats communs, à condition de défendre les mêmes principes et de ne pas couvrir d’une façon ou d’une autre l’obscurantisme.


Front commun
"Un front commun pour la laïcité s’impose. Cette-ci est un espace indispensable dans notre espoir de plus de liberté", ce qui ne doit pas empêcher les libres penseurs de s’organiser et d’agir sous leurs bannières.

C’est un pamphlet intéressant, passionnant même, qui décline sans ambiguïté le mot d’ordre libertaire : "Ni dieu, ni maître".

Jean-François CHALOT


La peste monothéiste , de Cyrille Gallion, Les Editions libertaires, janvier 2007, 127 pages, 12€

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