Pinochet "la muerte"

mercredi 5 septembre 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2007)

Chili

Pinochet "la muerte"


Il est mort sans avoir été jugé ! C’est le cri unanime de toutes ses victimes. Tant de crimes accumulés ont sommeillé dans des dossiers en attente.

D’étouffements en étouffements, résultat de compromissions étatiques, les derniers jours du dictateur ont pu se dérouler dans la sérénité. Merci à la Thatcher qui s’est dévouée corps et âme pour le sortir des griffes de la justice anglaise alors qu’elle n’a pas hésité à faire condamner à de lourdes peines les combattants irlandais du Sinn Fein.


Insulte
Digne de figurer dans la liste des criminels de guerre, comble de l’insulte à la mémoire de ses victimes, il a eu droit aux honneurs militaires. Dans cette longue chaîne de compromissions qui déshonore les gouvernements, un petit juge espagnol, Garzon, par son acharnement à accumuler les preuves de culpabilité a montré que tout n’était pas pourri dans la société. De cette intégrité on ne parle guère et c’est fort dommage. Derrière ce coup d’Etat il faut voir la main de la CIA qui, avant de s’adresser à Pinochet, avait approché le général Schneider, commandant la force armée. Celui-ci, légaliste et républicain, refusa le marché. Quelques temps après il fut sauvagement assassiné !

Les archives de la sécurité nationale de l’Université Georges Washington ont publié en 1998 des documents accablants pour les Etats Unis. Ainsi au lendemain de l’élection d’Allende en 1970, Richard Nixon et Kissinger donnent l’ordre de renverser le président chilien.

A cet effet 10 millions de dollars sont débloqués le 15 septembre 1970 par le patron de la CIA, Richard Helms. Un mois plus tard le sous-directeur de la CIA, Thomas Karamessines, évalue les chances du prononciamento. Il demande une suspension de l’opération.

Toutefois, dans un courrier adressé au chef de l’antenne de la CIA à Santiago, il réaffirme la volonté de la Maison Blanche. "C’est notre politique ferme et persistante que de renverser Allende… il est impératif que ces actions soient mises en œuvre de manière clandestine afin que la main du gouvernement des E.U. soient bien dissimulée".

Propagande mensongère, désinformation, campagnes de presse contre le gouvernement d’unité populaire vont se succéder en payant grassement 23 journalistes de 15 pays étrangers pour vilipender "Allende le Rouge". La grève des camionneurs paralysant un pays sans transports ferroviaires, dont le ruban routier s’étale sur 4500km de côte, a été un des points majeurs de ces menées subversives. La suite est connue avec les fusillades massives visant à supprimer le maximum de militants républicains.

N’a-t-on pas entendu plus tard des propos du genre "nous avons perdu parce que nous n’avons pas eu les couilles de tuer tous les communistes en 1973" ?

Tous ceux qui purent échapper à ce vaste camp de concentration furent reçus les bras ouverts par les formations politiques de gauche et d’extrême gauche en France. On note dans cette vague de réfugiés pas mal d’artistes particulièrement visés par le régime fasciste férocement hostile à tout ce qui touche le culturel facteur important de libération de l’individu. En France une véritable chaîne de solidarité s’est organisée pur les accueillir au mieux.


L’espoir renaît
Qui ne se souvient du groupe folklorique des QUI LA PAYUN venus nous apporter avec leurs flûtes, leurs tambours, leurs tcharangos, un peu du vent des Andes qui balaie l’Altiplano et glace les mieux trempés ? Ils nous ont apporté aussi le magnifique chant du Condor symbole de liberté absolue. Dans nos mémoires, leur passage à Tulle fut un triomphe comme partout en France d’ailleurs, comme le fut aussi celui de José Balmer, artiste peintre pour ne citer que quelques exemples. Des années plus tard, revenus chez eux, ils ont participé à la renaissance d’un pays qui après des années d’obscurantisme se dirige vers une authentique démocratie.

Il ne faut pas oublier que le virus de la peste brune a la vie dure. En 1976, à Washington, la police politique de Pinochet, la Dina, a assassiné Orlando Letellier, ex ministre des Affaires étrangères de Pinochet. Même dissoute, tous ses membres n’ont pas quitté pour autant le monde des vivants. Il serait intéressant que la nouvelle présidente du Chili "sollicite leurs souvenirs". Les "folles de mai" réclament toujours justice pour leurs disparus. L’Amérique du Sud, chasse gardée des trusts yankee, bascule dans un autre monde. Le gendarme a perdu son képi, l’espoir renaît sur ce continent encore sous tutelle.

Daniel ESPINAT


Documents joints

Télécharger l'article en PDF
Télécharger l'article en PDF

Brèves

7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
Réunion publique avec :
Ziad (...)