1906-2006 : quel centenaire ?

mercredi 7 février 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°5 de janvier 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Charte d’Amiens

1906-2006 : Quel centenaire ?

Les 11,12 et 13 octobre s’est tenu à Amiens un colloque que devait commémorer le centenaire de la Charte d’Amiens.

Le programme devait traiter : le 1er jour du problème de l’indépendance syndicale, le 2ème jour des risques de l’intégration institutionnelle, le 3ème devait s’interroger sur le syndicalisme européen, "point d’appui d’une nouvelle autonomie ou vecteur d’intégration ?".

Atmosphère universitaire
Je n’ai assisté qu’à la 1ère journée qui a réuni moins de 50 personnes. Atmosphère très universitaire, les intervenants sont des sociologues. Pas d’historien : la seule note "historique" est apportée par René Mouriaux qui évoque la doctrine sociale de l’Église à partir de Léon XIII, l’hostilité du patronat au syndicalisme et les moyens qu’il utilise pour le combattre. Mouriaux rappelle également le contexte qui entoure l’élaboration de la Charte (montée des périls, passage au taylorisme, constitution des partis de masse). Il signale aussi que la Charte est expéditive sur les structures de la société à venir et la disparition de l’État.

Angle international
Les intervenants suivants examinent le syndicalisme à l’échelle de l’Europe (la CES –Confédération Européenne des Syndicats– est plutôt un instrument de surveillance du syndicalisme) ou au niveau international. Le syndicalisme international apparaît souvent avant la création des syndicats nationaux. La IIème International (créée au congrès de Londres) impose la primauté du politique sur le syndical, position contestée par les syndicats révolutionnaires, les Trade Unions britanniques et l’AFL aux États-Unis. Toutefois une Fédération Syndicale Internationale est créée en 1913. Dans l’entre-deux-guerres naissent, à côté d’un syndicalisme international rouge piloté par le Komintern, un syndicalisme international chrétien et un autre social-démocrate. Un canadienne regrette qu’après la guerre les syndicats soient de plus en plus impliqués dans les administrations, les institutions ou les rouages de l’État comme si les syndicats hésitaient constamment entre contestation et régulation.

Et maintenant ?
Les débats suivants portaient sur l’indépendance syndicale à travers plusieurs cas : celui de FO, l’opposition CGT/PCF dans une municipalité communiste depuis 50 ans (Nanterre), le rapport à la politique des conseillers prud’homaux, les relations entre socialistes et communistes dans le champ syndical (année 1970).

J’ai quitté ce colloque après un exposé nullissime sur la FEN – Fédération de l’Éducation Nationale – de 1944 à 1959 (pas un mot de la motion Bonnissel-Valière ni des positions de la FEN face à ka guerre d’Algérie). L’intervention suivante devait traiter des syndicats et des ONG.

Dans tout ce flot de paroles savantes (la Scholastique existe toujours, je l’ai rencontrée !), rien n’a été dit sur la nature du combat syndical, ses objectifs, les causes de la faiblesse du mouvement syndical en France, etc. Tout va très bien, l’Université ronronne dans son langage codé.

Françoise ROSENZWEIG

Cet article est paru dans le n°104 du Chahut , journal réalisé par les militants Emancipation de l’Oise. Contact : M. Thiébaut, 2r Verdi, Beauvais.



NERAC

Hommage à Victor Griffuelhes

Le colloque de Nérac des 26 et 27 novembre 2006 est l’une des dernières manifestations de célébration du centenaire de la Charte d’Amiens . Pour les organisateurs, l’association "Les amis du Vieux Nérac- Editions d’Albret", il importait de rendre hommage à un des artisans de la construction de la CGT au début du XXème siècle, à savoir Victor Griffuehles, qui naquit dans cette modeste commune du Lot et Garonne en 1874.

Ce colloque, aux prétentions modestes, est en définitive devenu un lieu carrefour, au gré des communications de la quinzaine de chercheurs, enseignants et militants, mais aussi, grâce à la participation active de l’auditoire, une véritable manifestation scientifique.

Il serait vain de résumer en quelques lignes la richesse des nombreuses communications qui d’ailleurs seront publiées très rapidement, durant le 1er semestre 2007, par l’association organisatrice.

De nombreux aspects furent évoqués, dans des contextes nationaux et internationaux, avec le cas entre autres du syndicalisme allemand, la part des hommes et notamment de celles de Jean Jaurès et des militants, l’ancrage local et la pratique militante, les clivages organisationnels, mais aussi, et c’est peut-être l’apport le plus novateur, le rapport du syndicalisme révolutionnaire à l’art et au roman.

S’il est toujours opportun de confronter l’univers des chercheurs au monde des militants, on ne peut par contre affirmer que ce rapport fut productif dans l’espace et le temps de parole laissé par la discussion dans ce colloque. En effet de nombreux poncifs furent inévitables et les inévitables conflits classiques organisationnels (CGT-FO/CGT ; SUD/FSU...) ne purent se taire ici et être dépassés.

Une telle manifestation scientifique témoigne, au delà des critiques convenues, de l’intérêt qu’il y a à se pencher sur cette période singulière de l’histoire du mouvement syndical. Tout n’a pas encore été dit ou écrit sur cette période, à l’inverse de ce que peut affirmer un certain nombre de chercheurs. Reste à réaliser le bilan de l’ensemble des initiatives de cette année sur le sujet de la Charte d’Amiens , et à inviter les chercheurs ou les militants à travailler et à se réinvestir sur ce terrain.

David HAMELIN

L’Emancipation syndicale et pédagogique publiera l’intervention de David Hamelin dans ce colloque dans son numéro 6.


Commentaires  (fermé)

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mardi 2 octobre 2007 à 13h31 - par  CNT-AIT

LA CHARTE D’AMIENS EST MORTE...

La « charte d’Amiens » est le nom du texte adopté lors du congrès de la CGT en octobre 1906. C’est depuis et de façon invariable devenu le texte de référence des syndicalistes révolutionnaires.

La charte d’Amiens est morte... très jeune. Elle n’avait qu’à peine 8 ans.

Depuis, se revendiquer de la charte d’Amiens, c’est se revendiquer d’un mythe. Certains « anarchistes » et autres « syndicalistes révolutionnaires » essayent régulièrement de réanimer le cadavre ? Quel peut bien être leur intérêt dans cette entreprise ?

Un texte de compromis historique ?

Les syndicalistes révolutionnaires oublient souvent de rappeler que ce texte est avant tout un texte de compromis entre les tendances anarchistes et réformistes (parlementaristes) de la CGT. Si, pour faire plaisir aux premiers, la Charte établit le principe de grève générale expropriatrice il assure surtout une bienveillante neutralité du syndicat envers les partis politiques qui, pour reprendre les termes de la Charte « en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale ». Alors que la CGT « apolitique » ne se donnera jamais les moyens de donner vie au principe de grève générale, les partis politiques sauront utiliser toute leur « liberté » ainsi garantie pour renforcer leur pouvoir sur le dos des travailleurs.

La neutralité politique à vécu ...

Dès 1922, à la re-création de l’AIT, l’apolitisme de la Charte d’Amiens était dénoncé pour ce qu’il était : une trahison contre la classe ouvrière, qui, sous couvert de « neutralité » consistait en fait à subordonner les travailleurs aux intérêts des partis politiques, dont il était évident après les épisodes de l’Union sacrée en 14, de la contre révolution en Allemagne et de la contre révolution bolchevique qu’ils étaient en opposition totale.

Nous ressortir la Charte d’Amiens aujourd’hui n’est pas anodin. Alors que tout le monde constate la perte de la mémoire militante et le règne de la confusion spectaculaire, on réexhume opportunément la vieille momie syndicaliste révolutionnaire, comptant ainsi nous refourguer sous les bandelettes quelques cadavres politiques décomposés depuis la chute du mur de Berlin. Cette régression permet en effet de trouver « normal » et « naturel » la collaboration avec des organisations politiques, voire d’ouvrir l’organisation « syndicaliste révolutionnaire » aux militants des partis et organisations politiques. Cela permet de créer des proximités (qui a dit des connivences ?) dans l’objectif d’une hypothétique refondation syndicale avec d’autres forces d’extrême gauche voire de gauche ... (cf. l’article sur le réveil des chats noirs de Politis http://www.politis.fr/article1293.html)

Syndicats vs classe

Aujourd’hui, il est temps d’en finir définitivement avec ces conceptions héritées d’un passé mythique. La Chartes d’Amiens clamait, et la Charte de Paris de la CNT avec elle - que « le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de la réorganisation sociale ». Ce projet, rien moins que totalitaire - du Grand Syndicat s’apparente à celui du Parti unique ... Il s’agit d’une énième avant garde, dont on sait comment cela finit ...

Aujourd’hui, 100 ans après, la CGT et ses avatars sont devenus les partenaires obligés de l’Etat pour construire le spectacle de la contestation inutile. Quand au "mouvement anarchiste" il est partagé entre ceux qui vendent de l’anarchisme mais qui proclament ne pas être anarchistes et ceux qui défendent encore un projet de société.

Ce projet de société c’est le communisme anarchiste. Ce projet, qui rejoint l’anarchisme ouvrier globaliste de la FORA, appelle à un dépassement du syndicalisme. En effet, le syndicalisme étant un mode d’organisation dont la forme est structurée par le capitalisme (comme une empreinte en creux), il ne peut abolir le capitalisme sous peine de s’abolir lui-même. Donc s’il venait à gérer la société future, il reproduirait fatalement le capitalisme, les structures ayant toujours tendance à privilégier leur propre survie. (cf. à ce propos les textes sur la résistance au travail en Espagne révolutionnaire parus sur le site http://mondialisme.org)

Cette réflexion, mêlée et enrichie avec d’autres apports convergents (communisme de conseil, situationnisme, etc ...) amène aujourd’hui des syndicats CNT AIT à développer le concept d’autonomie populaire.

On est donc ici bien loin de la Charte d’Amiens ou de Paris et des statuts actuels de la CNT. Certes, on peut décréter le texte obsolète et donc aboli. Mais est ce bien important ? Ce qui compte, c’est le processus d’élaboration d’un nouveau référentiel anarchosyndicaliste idéologique et pratique, adapté à la réalité sociale actuelle. Ce processus doit être ouvert tout en étant cohérent, pour être opérationnel. Il doit se nourrir des réflexions et des expériences pratiques de tous ceux qui souhaitent y participer (la participation n’étant pas fondée sur un label ou l’appartenance - ou non - à une organisation - mais sur une volonté constructive et un minimum de clarté tant sur les objectifs que sur les moyens et sur leur articulation).

Tiré du bulletin Espoir numéro 4

http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1241

CNT AIT
108 rue Damrémont
75018 PARIS

contact@cnt-ait.info

(au passage, la CGT SR ne se réclamait de la Chartes d’Amiens que pour la dépasser. les textes de Besnard sur la création de la CGT SR sont sans équivoque à ce sujet. L’AIT s’est recréée en 1922 à berlin précisémént sur le rejet de la Charte d’Amiens, de sa fausse autonomie vis à vis des partis qui leur reconnait pourtant un rôle dans la transformation sociale, à côté des syndicat. Contre cette position a-politique, l’anarcosyndicalisme se définit par l’anti-politisme : non les partis politiques ne contribuent pas à l’émancipation, oui ce sont des organismes qui font partis du pouvoir étatico-capitaliste que nous visons à détruire. A ce titre, ils doivent donc être combattus sans relache en tant qu’ennemis des travailleurs.)