Lutte contre le décret De Robien : où en est-on ?

mercredi 7 février 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°5 de janvier 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Lutte contre le décret De Robien : où en est-on ?

Depuis l’annonce de son projet de décret "réformant" le statut de 1950 des enseignants du second degré, l’effervescence gagne les collèges et les lycées. On est passés des pétitions, aux rassemblements, et enfin - malgré des tergiversations – à une grève importante dans le second degré le 18 décembre : les personnels ont été au rendez-vous pour lutter. Fait tout aussi inusité, la mise en place d’une intersyndicale très large dans le second degré, pour revendiquer le retrait du décret ministériel.


A priori une mobilisation qui se développe bien, par conséquent. Ce n’était pas acquis, et maintenant se posent plusieurs types de problèmes...


L’unité par en bas...
C’est bien à la base que l’unité s’est réalisée. Oh bien entendu, pas avec la même ampleur qu’en 2003, lors des grèves sur les retraites qui avaient vu la mise en place d’un mouvement d’auto-organisation massif, avec de très nombreuses AG débordant le strict cadre de l’établissement scolaire (coordinations, comités de grève ou AG départementales…).

Néanmoins la volonté de marquer le refus du décret ministériel est là. Ce refus a évolué dans le temps. Tout d’abord, ce sont les conséquences les plus visibles, les plus palpables du décret De Robien qui ont été mises en avant : la question du temps de travail, en fait. Il est de fait que l’agression est particulièrement brutale, puisqu’il s’agit tout simplement dans beaucoup de cas de travailler plus pour gagner moins...quel salarié ne réagirait pas devant une perte pouvant aller jusqu’à 10% de son salaire ? Heures de première chaire en lycée, de décharges horaires (souvent payées en heures supplémentaires)... sont particulièrement concernées (1).

Mais un autre aspect a commencé aussi à émerger, celui de la flexibilité. Plusieurs dispositions (affectations sur plusieurs communes, possibilités de bivalence et déréglementation accentuée pour les profs remplaçants...) vont très nettement dans ce sens. Elles se combinent avec des dispositifs (conseils pédagogiques) permettant à la fois de développer le pouvoir de la hiérarchie, et de mettre à mal la définition nationale du temps de service. A cette question s’est reliée celle de la qualité de l’enseignement, y compris parfois de manière corporatiste.

L’annonce des milliers de suppressions de postes prévues pour la prochaine rentrée scolaire vient s’y ajouter, et montre une des principales motivations du ministère avec ce décret. Il est en effet important de lier la question du décret de 1950, à celle de l’emploi et de la précarité (et donc à la titularisation immédiate et sans conditions des non-titulaires), et à la volonté ministérielle d’un minimum éducatif. En fin de compte avec ce décret (et avec celui sur les "remplacements" à l’interne dans les établissements, qui l’a précédé) est reposée de manière forte la nécessité de la lutte pour abroger la loi Fillon sur l’école, à l’époque combattue essentiellement par les lycéens que la direction du SNES a laissés dans l’isolement.

La montée de la résistance s’est traduite par un appel à la grève de l’intersyndicale du second degré pour le 18 décembre, et ce malgré des freinages de plusieurs directions syndicales et du coup un appel tardif. Même avec un appel sortant à peine la semaine avant, la grève a été un succès : preuve d’une disponibilité pour la lutte chez les enseignants des collèges te lycées.


... contre la division par en haut
Car, on le voit bien, s’il y a une dynamique d’élargissement de la mobilisation à la base, les sommets des principales organisations syndicales ne sont pas dans cette logique. On en est restés dans la plupart des départements à des journées d’action "sous contrôle" : peu d’AG le jour de la grève, une logique de grèves de 24 heures de loin en loin. L’élément positif est la fin de l’ostracisme pour certains syndicats (FO et SUD notamment, mais la CNT n’est toujours pas incluse dans l’intersyndicale du second degré), et la clarté de la revendication (retrait du décret).

Il est contrebalancé par cette logique d’actions auto-limitées, refusant de donner le contrôle de l’action aux personnels eux-mêmes, et ainsi dispersant les énergies. Les débats actuels entre les organisations syndicales, relayés parfois dans la presse, montre que quelque soit la modalité d’action en débat, elle reste dans ce cadre. D’une part la manifestation nationale du 20 janvier de la direction de la FSU, en grande partie déconnectée des luttes locales et même des revendications (quid de retrait du décret, du conflit avec le ministère sur la direction d’école ?), ou diluant celles-ci ("des moyens pour transformer l’école", réclame le dernier Fenêtre sur Cours ... stoppons d’abord la transformation de l’école que le gouvernement impulse !). D’autre part, pour d’autres directions syndicales (UNSA, SGEN-CFDT) la perspective d’une grève de 24 heures éloignée de la précédente (SUD n’a pas été suivi quand il proposait une grève le jour du CTPM - Comité Technique Paritaire Ministériel - le 11 janvier), elle aussi sans débouché ni prolongement évidents.

Comme si les deux modalités d’action s’opposaient ! C’est pourquoi les élus d’Émancipation dans les instances nationales de la FSU et du SNES sont intervenu-e-s pour lier ces deux questions, une grève organisée à la base et la manif nationale comme modalité d’action qui lui était liée. Quoiqu’il en soit, les contradictions entre la volonté de lutte radicale et la prudence des appareils syndicaux produit une situation très particulière...


Une situation contradictoire
Cette confluence de deux grandes tendances produit des effets inattendus. Ainsi l’intersyndicale a pu prendre des positions et décisions qui tranchent heureusement avec les habitudes : boycott de certaines instances (les CTPM), appel récent aux personnels pour se réunir en AG et à prendre des initiatives, notamment en direction des parents... mais on ne pourra marier l’eau et le feu beaucoup plus longtemps, il faudra bien utiliser la grande force qui s’exprime au sein des travailleurs de l’Education, ou se condamner à un nouvel échec revendicatif.

Outre l’aspect décisif qu’est l’auto-organisation de la lutte et sa coordination à partir de la base, il appartient aux syndicalistes de lutte d’oeuvrer à élargir cette mobilisation et de poser d’autres perspectives :
- pas seulement la défense des acquis statutaires, mais aussi leur amélioration (généralisation des décharges de service, transformation de toutes les heures supplémentaires en emplois...).
- pas seulement en défendant la qualité de l’enseignement, mais aussi en débattant de sa transformation : quel travail coopératif, au sein de quel cadre statutaire ?
- pas seulement une lutte (indispensable !) des enseignants du second degré, mais aussi une action avec les parents d’élèves pour lier la défense de l’enseignement et la défense de l’Éducation (et de l’école publique en général).

Les toutes prochaines semaines seront sans doute décisives à cet égard !


Quentin DAUPHINÉ


(1) Voir le précédent numéro de L’Émancipation syndicale et pédagogique pour une présentation plus détaillée du décret De Robien.


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