Adhésion de la FSU à la CSI - une analyse des militant-e-s Emancipation : votez NON !

samedi 21 avril 2007
par  QD, Administrateur

Le vote interne sur l’adhésion éventuelle de la FSU à la CSI va s’ouvrir dans quelques temps. Un "quatre pages" (que nous mettons en pièce jointe) sera reçu par tous/toutes les syndiqué-e-s de la FSU.
Il ne présente pas du tout de manière neutre et objective cette consultation, nous y reviendrons.
Pour que le débat ait vraiment lieu, nous publions ci-dessous les analyses de militant-e-s d’Emancipation sur les enjeux liés à la CSI :
- son Programme
- son fonctionnement
- sa stratégie syndicale
- comment peut-on faire changer la CSI ?
Ces textes seront publiés dans la presse de la FSU et du SNES

1) Le programme et les revendications de la CSI :

Le Programme de la CSI :
aménager la régression sociale

Les groupes dominants appliquent leurs politiques de régression au niveau national dans chaque pays, et s’appuient aussi sur des structures supra-nationales : FMI, Banque Mondiale, Union Européenne, multinationales… depuis longtemps le syndicalisme a des organisations internationales, et celles-ci sont encore plus vitales dans le contexte actuel : pour s’organiser et lutter, pour une action coordonnée des salarié-e-s des différents pays… mais là n’est pas le but de la CSI.

Revendications et droits : des concepts étrangers à la CSI !
Lisons ce qu’elle réclame, dans l’éclairant Programme qu’elle a adopté. Bien sûr, il y a des choses justes, mais à la limite tellement consensuelles et qui n’engagent presque à rien : critiquer le travail des enfants, la pauvreté ou le racisme... qui pourrait être contre ? Même des gouvernements ou des institutions internationales pourraient y souscrire.

Mais y compris ces objectifs limités nécessitent une mobilisation organisée, et des revendications concrètes, rompant avec les politiques actuellement appliquées. Concrètement, le Programme de la CSI montre que revendications et mobilisations ne sont pas à l’ordre du jour pour elle :
- aucune revendication précise pour limiter les dégâts de la mondialisation capitaliste. Ainsi le Programme de la CSI ne se prononce nulle part pour un arrêt des dangereux Programmes d’Ajustement Structurel du FMI. Il ne s’oppose pas non plus aux délocalisations, et ne se soucie pas plus de lutter contre la libéralisation promue par l’AGCS (qui n’est pas évoqué une seule fois !), etc... et ce ne sont que quelques exemples. Pourtant ce type de revendications aurait le mérite de s’opposer à l’hégémonie du libéralisme.
- plus grave encore, non seulement la CSI ne propose rien de vraiment concret pour améliorer la situation, mais de plus elle n’entend même pas, selon son Programme , constituer un point d’appui aux résistances existantes. Partout dans le monde, quotidiennement, des sections syndicales s’opposent à des multinationales notamment dans les pays du "Sud". De ces luttes existantes, pas de trace dans le Programme de la CSI (sans même parler de les soutenir !), alors que ce sont elles qui sont les ferments possibles pour inverser les rapports de forces existants.

Un syndicalisme d’accompagnement, qui tourne le dos aux luttes et aux revendications… est-ce cela que la FSU soutient ? NON à l’adhésion à la CSI !

Quentin DAUPHINÉ ( Émancipation, SNES 83)

2) Le fonctionnement de la CSI

La CSI, un fonctionnement bureaucratique et centraliste

C’est presque une banalité : plus une organisation syndicale tourne le dos aux luttes et aux revendications, moins son fonctionnement interne fait la place aux débats d’orientation et à la démocratie syndicale. Ainsi en va-t-il de la CSI, il suffit de lire ses Statuts (soit dit en passant, il est symptomatique que les partisans de l’adhésion fassent peu référence à ce que dit la CSI dans ses textes…) :

- où est la démocratie interne ? dans la CSI les dispositions statutaires aboutissent à mettre les débats internes sous contrôle. Ainsi la direction de l’organisation peut décider à loisir si les propositions/amendements des organisations membres peuvent être débattus ou non dans l’instance délibérative de l’organisation, le Conseil général ( Statuts , article 24) ! L’opacité du fonctionnement des instances de la CSI est d’ailleurs la règle : les comptes-rendus et procès-verbaux des réunions du Conseil général ne sont pas publiés ni distribués, au mieux on aura droit à un "rapport résumé"… et on pourrait trouver d’autres exemples.

- centralisme et verticalisme : Le mouvement syndical est construit sur la base du fédéralisme, c’est-à-dire que l’organisation syndicale est une fédération de sections syndicales de base, ces dernières gardant leur autonomie d’action : elles ne sont pas obligées d’appliquer les décisions de l’échelon supérieur, elles définissent leurs propres mandats et actions. C’est l’opposé du centralisme, dans lequel les sections de base appliquent mécaniquement les décisions du sommet. Rien de tel dans la CSI : ainsi une organisation peut-elle être exclue pour "inaction" (?!) ( Statuts , article 4)… non pas "inaction" dans les luttes, mais bien dans l’application des positions de la direction (par exemple si cette dernière décide une campagne de soutien à quelque chose comme le Traité Constitutionnel Européen …).

On entend parfois dire que le fédéralisme du mouvement syndical, pensable dans un cadre national, est impossible dans un cadre supra-national… ça ne tient pas : le fédéralisme et la démocratie syndicale ne se divisent pas !

En tout cas si la FSU compte peser davantage dans le syndicalisme par une adhésion à la CSI, elle en sera pour ses frais : la CFDT est la seule organisation qui représente le syndicalisme français au Bureau Exécutif de la CSI… ça vous dit d’être représenté-e-s par Chérèque ?

Henri AMADÉI (CA nationale du SNESup)

3) La stratégie de la CSI

La stratégie de la CSI :
l’intégration institutionnelle comme substitut aux luttes

Le Programme de la CSI, mais aussi ses Statuts , montrent qu’il s’agit d’un syndicalisme qui se veut très proche des institutions internationales. Il se déploie sur deux axes :
- pas de remise en cause du système international fondé sur la domination des capitalismes développés (américain notamment). Somme toute, la CSI est cohérente : si des revendications susceptibles de déstabiliser l’ordre existant sont absentes de son Programme (par exemple la revalorisation du prix des matières premières dans le commerce international), c’est tout simplement parce que… la CSI s’accommode de cet état de fait. Il est clair que dès lors elle s’inscrit dans un syndicalisme qui, dans les faits, ne prévoit que des aménagements à la marge : comment promouvoir l’égalité et le développement dans ces conditions ?
- cette politique d’aménagement à la marge de l’ordre international, s’accompagne de la volonté d’être l’interlocuteur privilégié dans le cadre du "dialogue social" avec le FMI, l’ONU et autres institutions internationales… au point de calquer son langage sur elles : ce que la CSI recherche, c’est une "meilleure gouvernance" du système existant, et non sa mise en cause. Au final, la CSI se voit en bonne conseillère des transnationales et des gouvernements, en quasi-osmose avec eux pour changer les choses, "le dialogue avec ces institutions doit être mené à bien" ! ( Programme , p.3). La CSI nous livre donc elle-même noir sur blanc l’essentiel de sa stratégie : le "dialogue social" avec les institutions concernées.

Le "dialogue social" avec les institutions internationales en guise de stratégie syndicale, on a vu ce que ça donnait ; quel progrès, quelle avancée est à mettre à l’actif de cette stratégie syndicale ? Aucun ! Ce constat peut d’ailleurs s’appliquer aussi sur le plan national…

Par ailleurs la vision de la direction de la CSI dénote un manque évident d’indépendance syndicale, surtout que ce lobbying de sommet ne s’accompagne pas d’une stratégie de revendication syndicale sur le terrain.

En fin de compte, les organisations internationales qui contribuent à perpétuer un ordre international fondé sur la loi des plus forts et des plus riches, ont besoin d’un interlocuteur syndical pour juguler les contestations sociales qui pourraient survenir : la CSI est disponible pour jouer ce rôle ! La FSU y apporterait sa caution si elle y adhérait.

Pierre STAMBUL (Émancipation, SNES 13)

4) Comment peut-on faire changer la CSI ?

Un joli conte de fées : changer la CSI de l’intérieur…

Les partisans de l’adhésion à la CSI nous donnent un argument, d’ailleurs utilisé par des dirigeants syndicaux à de nombreuses occasions, et qui sert à masquer le contenu réel des enjeux (il est vrai que débattre sur ce que veut réellement la direction de la CSI, montrerait la nature réelle de cette organisation) : il faut être dans la CSI pour "peser de l’intérieur", nouer des liens avec d’autres syndicats, changer ainsi la CSI et ses orientations… et puis ce serait le seul cadre syndical international existant, donc nous n’aurions pas le choix !

C’est vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes.

D’une part, il se trouve que des syndicats pratiquent déjà une solidarité internationale concrète depuis des décennies, et n’ont pas besoin de la CSI pour cela. Ainsi certaines Fédérations Syndicales Internationales : des Transports, de l’Agro-alimentaire, etc… Dan Gallin, un de ces représentants du syndicalisme international, montre bien qu’en fait la CSI n’apportera rien aux luttes existantes (http://www.global-labour.org/big_bang1.htm).

N’oublions pas non plus qu’il y a aussi d’autres forces qui agissent réellement sur le terrain, et sont des alliés potentiels pour les syndicats : par exemple dans le mouvement altermondialiste (même si par ailleurs on peut faire des critiques légitimes sur l’orientation d’une partie des forces présentes dans les Forums Sociaux…).

D’autre part, prétendre changer la CSI de l’intérieur n’est pas très sérieux : comment avec 150000 syndiqués, la FSU pourrait-elle influencer des structures représentant des dizaines de millions de membres, avec des centaines de permanents syndicaux inamovibles ?! C’est l’inverse qui risque de se produire, la CSI et son organisation européenne (la CES qui a soutenu le "Oui" au Traité Constitutionnel Européen ) pouvant essayer de peser négativement sur les mandats des organisations syndicales.

Il suffit de se rappeler que dans la direction de la CSI, la France est représentée par Chérèque, le représentant du syndicalisme d’accompagnement en France… c’est avec la CFDT qu’on compte changer la CSI ? C’est plutôt la FSU qui sera changée !

La volonté d’entrer à tout prix dans la CSI apparaît comme avant tout idéologique : il est possible et nécessaire de pratiquer la solidarité internationale avec les syndicats existants, en partant des luttes existantes. Mais ce syndicalisme-là n’est pas la priorité de la CSI !

Nicole DESAUTELS (Émancipation, SNES 83)


Documents joints

Le "quatre-pages" fédéral sur le vote (...)
Le "quatre-pages" fédéral sur le vote (...)
Le programme de la CSI
Le programme de la CSI
Le fonctionnement de la CSI
Le fonctionnement de la CSI
La stratégie de la CSI
La stratégie de la CSI
changer la CSI de l'intérieur ?
changer la CSI de l'intérieur ?

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