Perspectives pour la révolution vénézuelienne

mardi 5 décembre 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°4 de décembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

VENEZUELA

Perspectives pour la révolution vénézuelienne

Les élections présidentielles de décembre 2006 constituent une étape importante dans le développement de la révolution vénézuélienne. Elles sont l’occasion d’une nouvelle épreuve de force entre, d’un côté, les travailleurs et les paysans vénézuéliens et, de l’autre, l’oligarchie et l’impérialisme.

Les forces contre-révolutionnaires ont engagé une campagne pour discréditer les élections. Elles utilisent tous les moyens dont elles disposent pour les saper : la corruption, les calomnies et toutes sortes de sabotages. Elles ont à leur disposition de considérables ressources : les richesse de l’oligarchie, la technologie de la CIA, le soutien de l’ambassade américaine, la presse réactionnaire et tous les autres médias pro-capitalistes.

De l’autre côté, il y a l’esprit révolutionnaire, le courage et le dévouement de millions de travailleurs vénézuéliens, de paysans et de pauvres des villes, mais aussi de la jeunesse révolutionnaire, des sections révolutionnaires de l’armée, des artistes et de l’intelligentsia progressistes - bref, de toutes les forces vives de la société vénézuélienne.

Les travailleurs et les paysans luttent pour transformer la société. De grandes avancées ont été réalisées, mais l’objectif final n’a pas été atteint. Le pouvoir de l’oligarchie n’a pas encore été brisé. Aussi longtemps que ce sera le cas, la révolution ne sera pas irréversible, et sera constamment menacée.

Les militants révolutionnaires doivent pleinement soutenir la réélection de Chavez. Mais en même temps, la révolution doit être menée à son terme. Une victoire électorale décisive doit être suivie par des mesures pour désarmer la contre-révolution et exproprier l’oligarchie. C’est la seule façon de rendre la révolution irréversible.

La classe capitaliste et la "légalité"
On nous dit qu’il faut respecter la légalité. Mais quelle est l’attitude de l’oligarchie vis-à-vis de la légalité ? Les grands propriétaires terriens et les capitalistes parlent constamment de "démocratie", mais en réalité, ils ne soutiennent la "démocratie" qu’aussi longtemps qu’elle représente les intérêts de leur classe.

En 2002, ces "démocrates" ont organisé un coup d’Etat contre le gouvernement démocratiquement élu. Seul le mouvement révolutionnaire des masses a sauvé la révolution. Quelques mois plus tard, les mêmes "démocrates" ont organisé un lock-out patronal et le sabotage de la PDVSA, la compagnie pétrolière nationale, ce qui a mis l’économie à genoux. A nouveau, la classe ouvrière a sauvé la situation en menaçant d’occuper les usines et en plaçant l’industrie pétrolière sous le contrôle des ouvriers.

Le "référendum révocatoire" était encore une autre tentative de déstabiliser le pays. Les capitalistes ont utilisé la Constitution bolivarienne (1) dans l’espoir de renverser le gouvernement. Bien entendu, s’ils avaient réussi, ils auraient immédiatement éliminé le droit d’organiser des référendums révocatoires - en même temps que le reste de la Constitution bolivarienne. Et cette fois encore, ce fut l’instinct révolutionnaire des masses qui a sauvé la situation.

Pour finir, en décembre 2005, l’opposition a boycotté les élections législatives, car elle savait qu’elle allait y faire un score ridicule. Cet acte était, à lui seul, une déclaration de guerre à la démocratie. C’était une façon de dire au peuple : "peu importe comment vous votez ; nous avons l’intention de conserver notre pouvoir et nos privilèges, et nous nous battrons jusqu’à la mort pour les défendre".

Ainsi, à chaque étape décisive de la révolution, l’oligarchie a montré son mépris total à l’égard de toutes les normes démocratiques, parlementaires et légales. Elle a eu constamment recours à des méthodes extra-parlementaires pour tenter de renverser le gouvernement élu par le peuple. Il faut en tirer toutes les conclusions nécessaires. Pour progresser, la révolution doit se défendre contre l’agitation et les agressions extra-parlementaires et illégales de l’oligarchie. Il n’y a qu’un seul moyen d’y parvenir : l’oligarchie doit être battue, désarmée et expropriée. Autrement dit, la lutte électorale doit être clairement et fermement liée à la lutte pour le socialisme.

La nécessaire transformation des structures économiques
Après une victoire décisive aux élections présidentielles, le mouvement bolivarien jouira d’une position dominante à l’Assemblée nationale et à tous les autres niveaux du gouvernement. Il n’y aura donc aucune excuse pour ne pas prendre des mesures décisives contre l’oligarchie, qui détient et contrôle toujours des secteurs clés de l’économie nationale. Sans de telles mesures, la république bolivarienne sera toujours en danger. L’oligarchie utilisera toujours son contrôle des banques (dont 80% sont entre les mains de multinationales espagnoles), de la distribution alimentaire, des télécommunications, des médias et du secteur industriel pour saboter l’économie.

L’Assemblée nationale doit voter une loi d’habilitation pour exproprier la terre, les banques, les institutions financières et toutes les industries majeures, et les placer sous le contrôle et la gestion des travailleurs. C’est la condition préalable à l’introduction d’un plan de production socialiste et démocratique. Toutes les richesses du Venezuela, à commencer par ses vastes ressources humaines inutilisées, peuvent être mobilisées et mises au travail pour construire les maisons, les écoles et les hôpitaux dont le pays a besoin. C’est la seule façon de placer la révolution sur une base solide et la rendre irréversible. Tout autre programme se ramène à du bricolage réformiste qui ne résoudra rien et se terminera par une crise.

Avec le développement de l’économie et l’amélioration des conditions de vie de la population, il sera possible de mettre en place une réduction générale du temps de travail, sans porter préjudice à sa productivité. Sous le capitalisme, l’introduction de nouvelles machines et de nouvelles technologies ne conduit pas à une réduction de la journée de travail - mais, au contraire, à une augmentation permanente du temps de travail et des cadences. Dans une économie socialiste planifiée, l’utilisation généralisée de nouvelles technologie permettra une réduction du temps de travail, qui est la condition première d’une participation des masses à la gestion de l’industrie et de l’Etat, tout comme à l’art, la science et la culture. Telles sont les seules et uniques bases matérielles sur lesquelles peut être bâti le "socialisme du XXIe siècle" dont parle Chavez.

Changer l’Etat
Après neuf ans de gouvernement bolivarien, l’appareil d’Etat reste dans une situation lamentable. Une authentique révolution ne peut pas simplement se saisir de l’Etat existant et l’utiliser pour ses propres objectifs. Le vieil Etat de la IVe République était conçu pour défendre le statu quo et les intérêts des exploiteurs : c’était un Etat capitaliste. Il reposait sur la corruption et la violence envers le peuple. C’était un monstre bureaucratique servant les intérêts des riches et des puissants.

Tel était l’Etat dont la révolution bolivarienne s’est emparée. Qu’est-ce qui a changé ? Quelques-uns des pires éléments ont été purgés, et il y a quelques honnêtes ministres et officiels bolivariens qui s’efforcent de répondre aux aspirations du peuple. Mais dans chaque ministère, il y a beaucoup de gens qui, sous leur T-shirt rouge, sont les ennemis de la révolution et travaillent contre elle. La corruption et l’abus sont largement répandus, et l’influence des éléments contre-révolutionnaires est une menace constante pour la révolution.

Pour être victorieuse, la révolution ne peut pas se baser sur un tel Etat, mais doit créer un nouvel Etat à son image : un Etat ouvrier comparable à la Commune de Paris ou à la République ouvrière et démocratique fondée par les Bolcheviks, en Russie, avant qu’elle ne soit détruite par Staline et la bureaucratie. Un tel Etat serait sous le contrôle démocratique des travailleurs, et les fonctionnaires ne toucheraient pas un salaire supérieur à celui d’un ouvrier qualifié. Tous les officiels seraient élus et révocables à tout moment s’ils ne respectent pas les volontés du peuple. C’est la seule façon d’extirper le cancer de la bureaucratie du corps de la révolution, et de créer les conditions d’une participation de tout le peuple à l’administration de l’industrie, de la société et de l’Etat - participation sans laquelle le socialisme n’est qu’un mot creux.

Armer le peuple !
Les impérialistes comprennent qu’une victoire de Chavez aux présidentielles représente une menace pour leurs intérêts, non seulement au Venezuela, mais dans toute l’Amérique latine. Washington essaiera par tous les moyens d’obtenir le renversement du président Chavez - y compris par l’assassinat. Il est vrai que, pour le moment, ils sont embourbés en Irak, et que cela rend une intervention directe des Etats-Unis extrêmement difficile. Mais il n’est pas totalement exclu que, par désespoir, ils organisent une forme d’intervention, en utilisant par exemple les services des mercenaires et des fascistes de Colombie. C’est une menace bien réelle à laquelle les progressistes doivent s’attendre.

Un peuple qui n’est pas prêt à se défendre les armes à la main mérite d’être esclave. Le président Chavez a dit à de nombreuses reprises que le peuple vénézuélien ne veut pas la guerre, mais qu’il se battra pour défendre la révolution contre tout agresseur étranger. La constitution d’une réserve et d’une garde territoriale est une tentative d’armer la révolution contre la menace d’une intervention étrangère. Les militants révolutionnaires approuvent cette démarche et soutiendront tous les efforts pour défendre la révolution.

L’UNT (2) devrait participer à cet effort en créant, sur chaque lieu de travail, des unités de défense ouvrière organisées par des assemblées de travailleurs et responsables devant elles. Chaque travailleur, chaque paysan et chaque étudiant doit apprendre le maniement des armes. Toute l’histoire de la révolution vénézuélienne montre que les masses sont les seuls défenseurs consistants de la révolution. Des écoles spéciales doivent être créées pour entraîner des cadres militaires issus des rangs de la classe ouvrière et de la paysannerie. Il y a de très nombreux officiers révolutionnaires, dans l’armée, qui peuvent fournir une éducation et un entraînement militaires aux travailleurs.

Pour une perspective internationaliste
Une révolution qui se réclame de Simon Bolivar doit se battre pour réaliser le programme de Bolivar : l’unification révolutionnaire de l’Amérique latine. Mais dans les conditions modernes, cela ne peut se faire que dans le cadre d’une Fédération Socialiste de l’Amérique latine. Un appel doit être lancé aux peuples d’Amérique latine et du monde entier pour qu’ils suivent la voie révolutionnaire du Venezuela.

En dernière analyse, le futur de la révolution bolivarienne sera déterminé par le degré de son extension au reste de l’Amérique latine - et au-delà. Che Guevara comprenait bien cette idée lorsqu’il disait que la révolution cubaine ne pourrait être sauvée qu’en créant trois ou quatre Vietnam.

Le mouvement révolutionnaire s’étend dores et déjà à d’autres pays, comme on le voit avec l’élection d’Evo Morales en Bolivie. Le Mexique, le Pérou et l’Equateur ne sont pas loin derrière. Ce qu’il faut, c’est une politique audacieuse, qui franchisse un cap décisif en éradiquant le latifundisme et le capitalisme au Venezuela, une fois pour toutes. Dès que cette étape sera franchie, la révolution se répandra comme une traînée de poudre dans tout le continent.

Jérôme METELLUS

(1) La Constitution bolivarienne a été mise en place par Hugo Chavez après son élection. Elle contient une série de dispositions progressistes, notamment la possibilité d’organiser un référendum révocatoire à mi-mandat.

(2) L’Union Nationale des Travailleurs (UNT) a été créée ces dernières années, pour doter les salariés d’une confédération syndicale de lutte et indépendante.


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