Vivre à l’étranger

dimanche 12 novembre 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°3 de novembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

IMMIGRATION ET SANS-PAPIERS

Vivre à l’étranger

Le dernier projet de loi du ministre de l’Intérieur sur l’immigration, le droit d’asile et la vie des étrangers en France, s’il déclenche une polémique entre l’accueil et le rejet, la tolérance et le refus des autres, entre la générosité et la peur diffuse d’une invasion, nous amène à réfléchir sur tous les problèmes posés par l’immigration qui se développe en Europe dans des proportions beaucoup plus raisonnables qu’on ne pourrait le penser.

"Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter !" aurait dit Sarkozy dans son argumentaire de présentation. L’homme a toujours été nomade. La sédentarité n’est qu’une parenthèse dans l’histoire humaine. Les premiers sédentaires datent de 10 000 ans, alors que les hommes furent nomades pendant trois à cinq millions d’années (1).

L’émigration a des causes
Les étrangers qui viennent en Europe fuient la guerre, la violence, l’exploitation, la misère, le chômage, les mauvaises conditions de vie qui leur sont proposées ou imposées dans leur pays. Ils ne s’expatrient pas de gaieté de cœur. Ils cherchent à mieux vivre ailleurs. Il suffit de voir le film Le cauchemar de Darwin .

Les Français qui partent à l’étranger y vont souvent pour s’enrichir, pour gagner davantage, pour vivre mieux qu’en France. Ce sont les mêmes raisons, à des niveaux différents, qui poussent les gens à vivre ailleurs.

Ceux qui viennent vivre ici n’amènent pas des militaires pour les protéger, n’interfèrent pas directement dans l’organisation politique du pays et n’exploitent pas les populations autochtones. Ils ont, jusqu’à aujourd’hui, plutôt aidé la France à se développer, à s’équiper, à s’embellir.

La persistance d’une politique xénophobe
Le dernier projet de loi, réforme la loi de 2003 qui n’est pas très vieille et a été votée par la même majorité. Il restreint le droit au séjour pour les familles, limite ou supprime le regroupement familial, entérine la quasi-disparition de la carte de résident valable dix ans, s’attaque au séjour des malades, prévoit la diminution des hébergements d’urgence et de l’aide sociale.

Depuis octobre 2005, le ministre de l’Intérieur a appelé les préfets à faire reconduire dès la fin de l’année scolaire les enfants scolarisés sans-papiers avec leurs parents.

Une circulaire Intérieur/Justice du 21 février 2006 engage toutes les institutions à collaborer aux arrestations d’étrangers qui n’apparaissent pas en règle, où qu’ils soient.

Il semblerait que l’on s’oriente vers un refus des migrants et un rejet de ceux qui sont déjà installés en France. Cela n’est pas nouveau. Nous n’avons fait aucun progrès dans ce domaine. Quel est le sort réservé aux vieux migrants qui sont obligés de prendre leur retraite après avoir travaillé toute leur vie dans les usines françaises, en prenant souvent des risques ? Savez-vous que depuis la Libération, les ateliers de peinture, dangereuse pour la santé, des usines Renault et Citroën n’employaient que des émigrés ?

Pour une politique d’hospitalité
Et le droit de vote des immigrés, qu’en pensez-vous ? Leur donner, au bout de cinq ou dix ans de séjour en France, le droit de voter aux élections locales, vous êtes pour ou contre ? Pourront-ils être considérés un jour comme des citoyens comme les autres ? Ils sont un élément de la réalité sociale actuelle hétérogène et multiculturelle qui devrait leur donner une citoyenneté de résidence.

Et s’il s’agissait tout simplement d’envisager une politique d’hospitalité ?

Pour le philosophe israélien Avishaï Margalit, une société décente est une société non humiliante. "C’est une société dont les institutions n’humilient pas les gens. C’est une société qui combat les conditions constituant aux yeux de ses membres une raison de se sentir humiliés, dont le fonctionnement de ses institutions ne fournit pas à ses membres des raisons valables de ressentir l’humiliation". (2)

Jacques CARBONNEL
(Haute-Garonne)


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