Deux spectacles... antagoniques

Culture
lundi 1er juillet 2019

D’un côté un spectacle qui rassure les tenants de l’ordre établi, de l’autre une performance sur le bonheur de lutter ensemble…

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Le premier est une fantaisie fort bien chorégraphiée, chantée, dansée, dans une mise en scène alerte sur un texte et des perspectives pseudo-féministes dépassées depuis 50 ans, et se concluant par un rassurant retour à l’ordre. Et l’on regrette ce gâchis de talents servant à flatter le public dans le sens du poil – c’est à dire du consensus – qui ne remet rien profondément en question.

Aucune exploitation de la situation sociale esquissée au début : les rapports du patron avec ses employées, protagonistes de la pièce. On peut pronostiquer que le succès d’un tel spectacle sera éphémère ; le passage à Avignon, avec des spectateurs et spectatrices plus exigeant·e·s sera sans doute déterminant.

À l’autre bout dira-t-on, à Bagnolet, né de l’actualité, ce magnifique texte sur les Gilets Jaunes de Nicolas Flesch lu par son auteur pendant une heure et demie sur un fond de musique concrète improvisée avec toutes sortes d’ustensiles et d’instruments par de très jeunes gens inventifs. Beau, émouvant, envoûtant, témoignant de l’engagement dans ce mouvement, y compris physique, de l’auteur, centré sur l’exposition des corps, forts et vulnérables, sur leur bonheur de lutter ensemble, leur force militante et leur répression sauvage :“Qui ne croit plus ne peut saisir ce qu’il se passe en vrai… la chair levée soulève le réel, la chair levée se fait défoncer, les chairs de la ville, les chairs qui lèvent, qui se soulèvent dans tout le pays...”

Reste la question : n’est-ce pas une fois de plus utiliser un authentique soulèvement et la parole réelle qu’il a libérée, à des fins commerciales et de succès personnel ? Question qui se pose pour toute œuvre militante. Je songe aussi aux cabarets politiques comme celui de la compagnie Canopée : le Cabaret de la Crise, excellent,qui se produit régulièrement au Lieu Dit sur les questions économiques.

Art et engagement est précisément le thème de la belle exposition Rouge au Grand Palais (1). Et de mes propres tableaux politiques (2).

Marie-Claire Calmus

  • Eau chaude à tous les étages par le quatuor Ariane, texte et mise en scène d’Yves Coudray, à l’Auguste Théâtre, 6 impasse Lamier - Paris 11.
  • Plein coeur, Gilets Jaunes, acte 4 , poème musical écrit et dit par Nicolas Flesch au théâtre de l’Échangeur, 59 avenue du Général de Gaulle -Bagnolet.

(1)Voir à ce sujet et lire sur le site du Grand Palais la belle conférence de Jacques Rancière sur L’Art est-il compatible avec le Communisme, le mercredi 10 avril 2019.

(2) Exposition de gouaches et acryliques au Lieu Dit, 6 rue Sorbier -Paris 20, du 15 au 29 mai 2019.