Pour un SNUIPP qui contre-attaque face à l’offensive ministérielle

Congrès du SNUipp
lundi 27 mai 2019

Le congrès national du SNUipp aura lieu à Perpignan du 3 au 7 juin. Dans cette perspective, nous publions ci-dessous quelques expressions de la tendance Émancipation et de militantEs.

Une mobilisation inédite contre une agression sans précédent

Le mouvement contre la loi “Pour une école de la confiance”, les réformes de Blanquer et CAP 22, est en écho avec la contestation de la politique de Macron, en faveur des plus riches et de la finance, des Gilets Jaunes, expression spontanée et inédite du monde du travail le plus invisible, ainsi qu’en faveur du climat. Le SNUipp-FSU doit contribuer à la construction d’un rapport de forces à la hauteur des attaques contre l’école publique, en cherchant la convergence avec les parents et les autres secteurs mobilisés.

Contre la caporalisation de l’enseignement…

Pour stopper l’offensive libérale et le “new management” dans l’ensemble de la Fonction publique, le SNUipp doit dénoncer et combattre à la fois :
- La réforme en cours de la Fonction publique qui ne vise qu’à réduire l’ensemble des droits des travailleurEs (suppression/limitation des prérogatives des CAP, précarité, mobilité/reclassements forcés…).
- Les projets d’EPSF et d’EPLEI faits pour caporaliser les enseignantEs sous l’autorité d’un chef d’établissement extérieur à l’école.
- La création d’un statut de “super directeur” du primaire à laquelle l’existence de la classe exceptionnelle donne tout son sens.
- La réforme prévue de la formation initiale des enseignantEs qui rétablit la subordination des futurs INSPE au pouvoir rectoral et qui, sous couvert de compagnonnage, prétend faire des étudiantEs des moyens d’enseignement à moindre coût, et leur assigner un simple rôle d’exécutantEs soumisEs à la hiérarchie. En plus l’’existence d’un enseignement privé qui détourne de plus en plus les fonds de l’enseignement public (avec l’obligation scolaire dès trois ans), cultive l’entre-soi social, ségrègue les jeunes et met à mal un projet émancipateur pour touTEs les élèves.

… le SNUipp-FSU doit défendre des revendications claires et unifiantes

  • L’abrogation de tous les dispositifs qui assujettissent le travail enseignant et la liberté pédagogique (autoritarime, flicage, évaluations…).
  • Une formation initiale, sous statut de fonctionnaire stagiaire, avec pré-recrutement ouvrant des droits à la retraite, comme élèves professeurEs.
  • Une formation continue choisie, sur le temps de travail.
  • Un cadre national pour les programmes, examens et diplômes et pour l’organisation territoriale, le temps scolaire et les missions enseignantes.
  • La souveraineté du conseil des maîtres dans le fonctionnement de l’école.
  • La nationalisation sans indemnité ni rachat de l’enseignement privé.
  • Un projet éducatif solide qui soit un véritable projet social alternatif, fondé sur la coopération, l’entraide, la formation de l’esprit critique et l’arrêt du fichage des élèves comme des personnels.

Cette autre école pour une autre société passe parun autre syndicalisme avec :

  • Des appels clairs non plus à des journées d’action sans lendemain, mais à la grève, non limitée à l’avance, sur des objectifs précis discutés et évalués à la base en AG.
  • Un syndicat qui regroupe, à terme, l’ensemble des personnels quelle que soit leur catégorie, qui refuse le dialogue social visant à faire cautionner par le syndicat les reculs sociaux (les groupes de travail, concertations, tables rondes sur rythmes, statuts, ORS, grilles salariales…), qui assure le lien avec les luttes de l’ensemble du salariat, et qui combat la répression vis-à-vis des jeunes et des mouvements sociaux.

pour ÉMANCIPATION,

Philippe Levet (philippe.levet@snuipp.fr)

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EPLEI : école au service de la dérégulation

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L’article 6 du projet Blanquer “Pour une école de la confiance” prévoit la création d’Établissements Publics Locaux d’Enseignement International. Ces EPLEI prétendent créer, par arrêté préfectoral sur proposition des collectivités, des établissements “d’excellence” pour une élite sélectionnée :

  • enseignement en langue française et étrangère pour élèves bilingues,
  • préparation au DNB et baccalauréat option internationale et/ou aux baccalauréats européens ou binationaux,
  • dérogation aux horaires et programmes nationaux,
  • cité scolaire de la maternelle au lycée sous l’autorité d’un chef d’établissement,
  • financement de ces établissements assuré par les collectivités locales concernées, par l’Union Européenne et autres organisations internationales, par des dons et legs,
  • minoration du rôle des personnels dans le Conseil d’Administration.

Ce type d’établissement serait censé scolariser les enfants de familles expatriées, permettant aux sociétés internationales employeuses de salarié·e·s expatrié·e·s de financer l’EPLEI par des dons, favoriser la mixité sociale, rendre attractif certains territoires métropolitains.

Loin de correspondre aux valeurs de mixité économique, sociale et culturelle portées par le SNUIpp-FSU, l’article 6 préfigurerait une école d’aristocratie scolaire sur le modèle des établissements privés pour quelques happy few, ségréguant encore davantage les élèves entre EPSF, écoles ordinaires et EPLEI. Les déclarations ministérielles sont d’ailleurs éclairantes sur le sujet : “Aujourd’hui, l’enseignement international est souvent réservé aux familles favorisées qui scolarisent leurs enfants dans des écoles privées et coûteuses”. Trois projets sont déjà bien avancés (Courbevoie, Lille, Marseille).

Ces types d’établissements sont les tremplins d’une école à plusieurs vitesses selon les territoires et publics sélectionnés. Le SNUipp-FSU s’oppose aux EPSF, écoles du socle Fillon au champ des savoirs scolaires restreints, et aux EPLEI, financés par des dons d’entreprises à destination des élèves sélectionnés et exige le retrait de la loi dite “Pour une école de la confiance”.

Philippe Levet

Pour défendre l’école publique laïque, combattre le dualisme scolaire !

La mixité sociale est un avantage pour tous les élèves sans exception”, écrit Nathalie Mons (CNESCO). À catégorie sociale égale, la réussite scolaire est légèrement supérieure à l’école publique qu’à l’école privée. Dans la ségrégation sociale en matière scolaire, l’impact du choix de l’enseignement privé est déterminant et s’ajoute à la ségrégation “résidentielle” note l’Insee.

L’enseignement privé à 95 ?% catholique sert donc à établir un entre-soi social dans un système confessionnel dont le contrôle par les évêques a été renforcé en 2013. Lui garantissant un poids politique, il est devenu la seule interface avec une population qui a déserté les églises. G.Noiriel pointe le “danger communautariste” des riches qui refusent le brassage social (exil fiscal, quartiers huppés, écoles privées). Si le taux de scolarisation dans le privé augmente légèrement, c’est désormais à cause de la croissance rapide du privé hors contrat qui répond à des niches consuméristes diverses. Parfois adulé dans les médias, il bénéficie de niches fiscales (par exemple la Fondation pour l’école dont la dirigeante est liée à la Manif pour tous).

Nous assistons à d’autres régressions touchant les enfants des classes populaires. La “réforme” de l’enseignement professionnel est un obstacle supplémentaire pour l’acquisition de diplômes et donc de garanties professionnelles. La réforme des lycées, Parcoursup dressent des obstacles au choix et à la poursuite des études sur fond de ségrégation sociale. Le SGEC (secrétariat général à l’enseignement catholique) approuve ces réformes. De plus, il compte tirer profit des dégâts qu’elles induisent. Le privé bénéficiera de l’obligation d’instruction à trois ans.

Pour contrer cette politique, il faut que les fonds publics aillent à la seule école publique. Un euro versé au privé financé aux trois quarts sur fonds publics, c’est un euro pour aggraver la ségrégation ! L’enseignement privé confessionnel et patronal étant un cheval de Troie contre l’école publique laïque, le laisser prospérer sur fonds publics affaiblit l’école publique et nos combats pour la promouvoir. Il doit être nationalisé sans indemnité ni rachat ! Il faut défendre le principe de laïcité comme celui garantissant le plus de liberté et comme un principe d’avenir. Combat laïque et combat social sont indissociables : oublier l’un, c’est amenuiser l’autre.

Francis Vanhée

francis.vanhee@wanadoo.fr

Laïcité

Le 9 avril 2018, devant la Conférence des évêques préoccupés par les questions d’éthique, le Président de la République a énoncé cette sentence : “Si la République est laïque, la société française, elle, ne l’est pas”. Laissant à penser que seuls les services publics et les institutions d’État seraient concernés par ce principe politique. Où en est la réflexion de notre syndicat à ce propos ?

Ouverte, plurielle, positive, inclusive... autant d’adjectifs venus troubler la réflexion sur la laïcité orientant le débat plus sur l’adjectif complaisant que sur le principe politique. Cela conduit à des connivences parfois locales avec les cultes induisant la reconnaissance des fidèles dans la vie publique au détriment du principe politique universel de l’égalité de considération des citoyen·ne·s. Il est vrai que dans une période de régression sociale, la tentation est grande de vouloir réintroduire du religieux dans la vie publique, cette “chaleur d’un monde sans cœur”, dont parlait Marx.

Pourtant accoler un adjectif à la laïcité c’est en vider la portée égalitaire en permettant de pondérer le statut de citoyen·ne d’un marqueur confessionnel. Certes la loi de 1905 établit la neutralité de l’État au regard de toutes les convictions spirituelles mais dépassant le carcan étatique où on voudrait l’enfermer, elle assure, dans cet ordre, la liberté et l’égalité en droit de chaque citoyen·ne au regard de ses convictions personnelles. Et conséquemment garantit le libre exercice des cultes. Libre à chacun·e de participer à celui de son choix comme à aucun, sans avoir à en rendre compte à quiconque. L’article 31 de la loi de Séparation garantit cette liberté individuelle quand l’article 32 protège la sérénité de la tenue des cultes.

Mais la loi de 1905 ne définit pas pour autant la laïcité (on n’y trouve pas ce mot !). Ce qui fait que ce principe politique égalitaire trop souvent réduit à un dispositif juridique est l’objet de falsifications politiciennes, d’appréciations opportunistes et de perpétuelles remises en cause… mais également, hélas, d’ignorance y compris au sein du mouvement social.

Voilà pourquoi le SNUipp, qui se veut l’héritier d’un syndicalisme porteur de la défense de l’École publique qui fut laïque avant 1905, doit être plus que jamais promoteur du principe émancipateur de laïcité et ouvrir, sur ce thème, une rubrique régulière d’information, de réflexion et de débat dans Fenêtre sur cour.

Jean-Michel Sahut, Seine-Maritime

jmf.sahut@wanadoo.fr

Pour l’unification syndicale

Pour une centrale unique des travailleur·e·s

Il est urgent pour le SNUipp-FSU et sa fédération de tirer les leçons des dernières mobilisations et de celles en cours. L’émiettement syndical n’offre pas aux personnels l’outil efficient pour mener les luttes, pour assurer l’implantation syndicale et rend difficile un front syndical commun.

Le syndicalisme de corporation (“de métier”) de la FSU repose sur les prérogatives des syndicats nationaux, entraîne un repli identitaire et une exacerbation des tensions entre les 22 syndicats de la FSU. Ces tensions freinent toute élaboration fédérale : par exemple, toute tentative d’élaboration sur la formation initiale des enseignant·e·s est renvoyée aux syndicats nationaux (principalement SNUipp, SNES, SNEP, SNESup).

La multiplication du travail et des organismes interministériels, les expérimentations (et projets) d’organisation d’école du socle premier/second degré rendent essentielles la transformation des syndicats catégoriels en un syndicat unique. Les “accords de Bercy”, en fondant la représentativité syndicale et les moyens afférents sur les élections professionnelles, exacerbent la division syndicale.

Face à ces dangers, le SNUipp-FSU doit proposer :

  • de construire une fédération de syndicats Éducation/ Recherche/Culture regroupant géographiquement (sections locales, départementales…) tous les personnels au lieu de l’actuelle structuration en “syndicats nationaux”. La FSU, pour l’unification, s’appuiera sur les structures géographiques existantes et sur celles que se donnent les personnels dans les luttes. Pour dépasser la concurrence syndicale consécutive à la loi sur la représentativité, elle étudiera la possibilité de constituer des listes intersyndicales lors des élections professionnelles.
  • d’être à l’initiative, avec sa fédération, de propositions en direction des salarié·e·s et de leurs organisations, visant à trouver, dans le respect des orientations de chacun garanti par le droit de tendance, le chemin de la réunification conformément à l’objectif fondateur inscrit dans l’article 4 des statuts de la FSU : “persuadée […] que la défense de l’Université et de son personnel est inséparable de l’action générale de la classe ouvrière, la Fédération travaille à la réunification du mouvement syndical dans une centrale organisée démocratiquement et indépendante de tous les gouvernements et de toutes les organisations politiques ou religieuses”.

Christine Édeline


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