Gaston Couté, poète, chansonnier et libertaire

Culture
vendredi 26 avril 2019

Après une première parution des textes de Gaston Couté, aux éditions du Vent du ch’min, épuisée, la publication par les Éditions Libertaires du coffret qui lui est consacré constitue un évènement.

Gaston Couté est né le 23 septembre 1880 à Beaugency (Loiret). Il est mort le 28 juin 1911, dans le Xe arrondissement de Paris, à l’hôpital Lariboisière, d’une phtisie galopante.

Fils de meunier, il entre au lycée d’Orléans en 1895, où il fait la connaissance de Pierre Dumarchey, qui écrira sous le nom de Pierre Mac Orlan à partir de 1910, et commence à écrire ses premiers poèmes. Souvent sanctionné pour son indiscipline, il quitte le lycée, s’installe à Paris en 1898, où il vit dans la misère, et commence à interpréter ses textes en public. Sa carrière de poète et de chansonnier aura donc été courte, mais elle aura marqué son temps.

Une critique sociale virulente

Gaston Couté était déjà si connu, que des imposteurs se firent passer pour lui, en 1907 et 1910. Ses textes furent publiés dans divers journaux et revues, comme La Bonne Chanson de Théodore Botrel, La Barricade , et surtout La Guerre Sociale . Quelques uns furent édités à Alger, en 1906, dans le journal satirique La Matraque .

Il y dépeint la vie des miséreux des villes et des campagnes, des vagabond·e·s et des ouvrier·e·s. Il y exprime aussi son antimilitarisme, son anticléricalisme, sa critique radicale du capitalisme. Sa dénonciation virulente des injustices, son soutien aux luttes sociales, ses idées libertaires, lui valent d’être arrêté à plusieurs reprises.

Une œuvre restée vivante

Des années 1930 à nos jours, 140 de ses textes et chansons ont été repris et interprétés. C’est dire l’importance de son œuvre dans la culture populaire, et on se souvient des très belles interprétations de L’auberge de la route, La Toinon, Le Gars qu’a mal tourné, que Gaspar Rémi et Simon nous avaient offertes lors de la Semaine d’Anost, en juillet 2010.

Pierre Mac Orlan, ami de Gaston Couté depuis le lycée, a pu écrire à juste titre : “Comme il fut pour le renom de François Villon, c’est la tradition orale qui contribua pour une large part à la survivance d’un des plus grands poètes du monde des campagnes et des trimardeurs dont les domiciles étaient les meules de foin en été et la prison cantonale en hiver. Couté les honora dans une langue savoureuse remplie d’images puissantes et d’affection loyale” (préface de Gaston Couté poète maudit , de Roger Monclin, éditions Pensée et Action, 1962).

Les textes de Gaston Couté avaient déjà été rassemblés et publiés aux éditions du Vent du ch’min en cinq volumes, de 1975 à 1982. Pour composer le tome 1 du coffret, les Éditions Libertaires y ont ajouté un appareil critique de notes très utiles, un glossaire et une discographie très complète, qui s’étale de 1903 à 2018. Un deuxième tome comprend une biographie écrite par Alain (Georges) Leduc, ainsi que des annexes regroupant des documents, hommages et témoignages. Chaque tome est illustré, notamment d’un cahier couleurs. Un CD, accompagné d’un livret, complète le coffret et permet d’apprécier l’interprétation de 26 textes et chansons de Gaston Couté par Les Crieurs (Michel Di Nocera et Nicole Fourcade).

Raymond Jousmet

  • Gaston Couté, œuvres complètes , Éditions Libertaires, septembre 2018, 2 tomes, 1032 p., plus un livret et un CD, 50 €.

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Deux extraits des textes de Gaston Couté

  • Chant de révolte de ce 14 juillet

Sur l’air de La Marseillaise

La rude épaule populaire

Jeta l’Ancien Régime à bas

En un jour de juste colère :

Le peuple n’en profita pas ! (bis)

Et sous notre ère tricolore

Le règne odieux des bourgeois

A remplacé celui des rois :

Notre servage dure encore !

Refrain

Courage travailleurs !

En un noir bataillon

Marchons, marchons …

Elle viendra notre Révolution !

( La Guerre sociale , du 13 au 19 juillet 1910)

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  • Le Christ en bois

[…]

Hé l’Christ ! T’entends-t-y mes boyaux

Chanter la chanson des moignieaux

Qui d’mand’ent à picoter queuqu’chose ?

Hé l’Christ ! T’entends-t-y que j’te cause

Et qu’j’te dis qu’ai-z-eun’faim d’voleux ? […]

Mais, toué qu’les curés ont planté

Et qui trôn’cheu les gens d’justice,

T’es ren ! …, qu’un mann’quin au sarvice

Des rich’s qui t’mett’nt au coin d’leu’s biens

Pour fair’peur aux moignieaux du ch’min

Que j’soumm’s… Et, pour ça, qu’la bis’ grande

T’foute à bas… Christ ed’contrebande,

Christ ed’l’Églis ! Christ ed’la Loué,

Qu’as tout, d’partout, qu’as tout en boués !

( Le Libertaire du 20 au 26 novembre 1899, musique de Pierrot Noir et de Vania Adrien Sens)