La Confédération Syndicale Internationale : un faux internationalisme, porteur de vraies illusions !

mercredi 18 avril 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°7 de mars-avril 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

La Confédération Syndicale Internationale :

Un faux internationalisme, porteur de vraies illusions !

Après une tentative de passage en force lors de son congrès de Marseille (voir le numéro précédent de notre revue), la direction de la FSU procède à une consultation de ses syndiqué-e-s. Cette question concerne tout le syndicalisme, pas seulement la FSU et pas seulement des cercles d’initiés. Il est donc nécessaire de mener vraiment le débat chez les militante-e-s des organisations syndicales.

La CSI apporte-t-elle quelque chose, même d’un point de vue réformiste, au syndicalisme ? Si oui, dans quelles conditions ? On ne peut y répondre à ces interrogations sans examiner ses positions, son fonctionnement, sa stratégie.

L’aménagement social de la régression capitaliste
Il est hors de doute que les classes dominantes nationales mènent des politiques dirigées contre les droits des travailleurs/euses dans chaque pays. Mais il est incontestable aussi qu’elles s’appuient sur des institutions supra-nationales, qui mettent en œuvre des politiques globales : ainsi l’hégémonie du FMI, de la Banque Mondiale et des multinationales… contribue à imposer les privatisations, le développement de la précarité et de la pauvreté, le saccage de l’environnement...

De tous temps le syndicalisme s’est doté d’organisations internationales, et bien sûr celles-ci sont encore plus vitales dans le contexte actuel : pour s’organiser, pour lutter, pour une action coordonnée des travailleurs/euses des différents pays. Mais la CSI répond-elle à ce souci, contribue-t-elle à agir en ce sens ? On peut en douter…

Voyons ce qu’elle réclame. Pour cela, il suffit de lire l’éclairant Programme qu’elle a adopté. Bien entendu, il s’y trouve des choses justes, mais à la limite tellement consensuelles qu’elle n’engagent presque à rien : condamner le travail des enfants, limiter la pauvreté, refuser le racisme... qui pourrait être contre ? Même des gouvernements ou des représentants d’institutions internationales pourraient y souscrire. Mais y compris objectifs limités ne pourraient être atteints sans une mobilisation organisée, et sans des revendications concrètes, antagoniques aux politiques actuellement appliquées. Par-delà des condamnations parfois dures des multinationales et des gouvernements, le Programme de la CSI montre que revendications et mobilisations ne sont pas à l’ordre du jour :
- du point de vue des revendications, rien de précis, susceptible de limiter les dégâts de la mondialisation capitaliste. Ainsi le Programme de la CSI ne se prononce nulle part pour un arrêt des dangereux Programmes d’Ajustement Structurel du FMI, alors que leurs effets désastreux sont connus et dénoncés depuis longtemps. Il n’est pas question non plus de s’opposer aux délocalisations, ou de lutter contre la libéralisation promue par l’AGCS (qui n’est pas évoqué une seule fois !), etc... il est possible de multiplier les exemples. Ce sont pourtant là des revendications nullement anticapitalistes, mais qui auraient l’immense mérite de provoquer une rupture avec l’hégémonie du libéralisme.
- plus grave encore, non seulement la CSI ne propose rien de vraiment concret pour améliorer la situation, mais de plus elle n’entend même pas, selon son Programme , constituer un point d’appui aux résistances existantes. Car ces résistances existent partout dans le monde, quotidiennement des sections syndicales s’opposent à des multinationales notamment dans les pays du "Sud". De ces luttes existantes, on ne trouvera pas trace dans les textes programmatiques de la CSI (sans même parler de les soutenir !), alors que ce sont elles qui sont les ferments possibles pour inverser les rapports de forces existants.

A la place, une confiance a priori est donnée à l’ONU, l’OIT, et les autres institutions internationales pour améliorer la vie des travailleurs/euses... Voici un autre trait caractéristique de la CSI : être plus proche des institutions de la mondialisation que du syndicalisme de terrain…

Une stratégie : l’intégration institutionnelle
Le Programme de la CSI, mais aussi ses Statuts , montrent qu’il s’agit d’un syndicalisme qui se veut très proche des institutions internationales. Il se déploie sur deux axes :
- pas de remise en cause du système international fondé sur la domination des capitalismes développés (américain notamment). Somme toute, la direction de la CSI est cohérente : si des revendications susceptibles de déstabiliser l’ordre existant (par exemple la revalorisation du prix des matières premières dans le commerce international) sont absentes de son Programme , c’est tout simplement parce que… la CSI s’accommode de cet état de fait. Il est clair que dès lors elle s’inscrit dans un syndicalisme qui, dans les faits, ne prévoit que des aménagements à la marge : comment promouvoir l’égalité et le développement dans ces conditions ?
- cette politique d’aménagement à la marge de cet ordre international, logiquement, s’accompagne de la volonté d’être l’interlocuteur privilégié dans le cadre du "dialogue social" avec le FMI, l’ONU et les autres institutions internationales… au point de calquer son langage sur elles : ce que la CSI recherche, c’est une "meilleure gouvernance" du système existant, et non sa mise en cause. Au final, la CSI se voit en bonne conseillère des transnationales et des gouvernements, en quasi-osmose avec eux pour changer les choses, "le dialogue avec ces institutions doit être mené à bien" ! ( Programme , p.3). Il y a là un manque évident d’indépendance syndicale, surtout que ce lobbying de sommet ne s’accompagne pas, comme on l’a vu, d’une stratégie de revendication syndicale sur le terrain.

En revanche, une telle complaisance et une telle compréhension par rapport aux institutions internationales, ne s’étendent pas aux organisations syndicales qui pourraient développer en son sein une approche plus revendicative…

Bureaucratisme et centralisme
Cela ne surprendra pas franchement les militant-e-s des syndicats : plus une organisation syndicale tourne le dos aux luttes, moins son fonctionnement interne fait la place aux débats d’orientation. La CSI ne fait pas exception. Elle combine deux traits dans son fonctionnement interne :
- les entraves à la démocratie interne : toute une série de dispositions statutaires aboutissent à mettre les débats internes sous contrôle. Ainsi la direction de l’organisation peut décider à loisir si les propositions/amendements des organisations membres peuvent être débattus ou non dans l’instance délibérative de l’organisation, le Conseil général ( Statuts , article 24) ! L’opacité du fonctionnement des instances de la CSI est d’ailleurs la règle : les comptes-rendus et procès-verbaux des réunions du Conseil général ne sont pas publiés ni distribués, au mieux on aira droit à un "rapport résumé"… ce ne sont pas les seuls exemples, mais ils sont parlants.
- le centralisme. Le mouvement syndical est construit sur la base du fédéralisme, c’est-à-dire que l’organisation syndicale est une fédération de sections syndicales de base, ces dernières gardant leur autonomie d’action : elles ne sont pas obligées d’appliquer les décisions de l’échelon supérieur, elles définissent leurs propres mandats et actions. C’est l’opposé du centralisme, dans lequel les sections de base appliquent mécaniquement les décisions du sommet. Rien de tel dans la CSI, et l’argument selon lequel le fédéralisme, pensable dans un cadre national, est impossible dans un cadre supra-national, ne tient pas : le fédéralisme et la démocratie syndicale ne se divisent pas ! Ainsi une organisation peut-elle être exclue pour "inaction" (?!) ( Statuts , article 4)… non pas "inaction" dans les luttes, mais bien dans l’application des positions de la direction (par exemple si cette dernière décide une campagne de soutien à quelque chose comme le Traité Constitutionnel Européen …).

Au total on a affaire à un mélange de syndicalisme d’appareil réformiste traditionnel, d’idéologie de type chrétien-social et de références à un altermondialisme dépouillé de ses potentialités les plus contestatrices… en fin de compte pour la direction de la CSI le lobbying compte plus que l’action. Réfléchissons-y : c’est Chérèque – le représentant de la direction la plus droitière du syndicalisme français - qui représente les syndicats français dans l’exécutif de la CSI !

Agir de l’intérieur ?
L’argument classique de certaines directions syndicales, qu’elles utilisent d’ailleurs dans presque toutes les situations, sera utilisé dans le débat interne à la FSU : il faut être dans la CSI pour "peser de l’intérieur", nouer des liens avec d’autres organisations syndicales, changer ainsi la CSI et ses orientations… et en fin de compte, c’est le seul cadre syndical international existant.

C’est méconnaître deux réalités. D’une part, il se trouve que des syndicats pratiquent déjà une solidarité internationale concrète depuis des décennies, et n’ont pas besoin de la CSI pour cela. Ainsi certaines Fédérations Syndicales Internationales : des Transports, de l’Agro-alimentaire, etc… et d’autres forces agissent réellement sur le terrain, et sont des alliés potentiels pour le syndicalisme. On peut par exemple les retrouver dans le mouvement altermondialiste (quelque soit les critiques qu’on peut formuler à son encontre). La volonté d’entrer à tout prix dans la CSI apparaît comme avant tout idéologique : il est possible et nécessaire de pratiquer la solidarité internationale avec les syndicats existants, en partant des luttes existantes. Mais ce syndicalisme-là n’est pas la priorité de la CSI.

D’autre part, prétendre changer la CSI de l’intérieur pas très sérieux : comment avec 150000 syndiqués, la FSU pourrait-elle influencer des structures représentant des dizaines de millions de membres, avec des centaines de permanents syndicaux inamovibles ?! C’est plutôt l’inverse qui risque de se produire, la CSI et son organisation européenne (la CES qui q soutenu le "Oui" au Traité Constitutionnel Européen ) se trouvant en position de peser négativement sur les mandats des organisations syndicales, et peuvent ainsi contribuer à accentuer les dérives existantes.

C’est pourquoi un "Non" le plus important possible à l’occasion du vote des syndiqué-e-s de la FSU à propos de l’affiliation à la CSI serait un point positif, qui plus est susceptible de développer le débat sur la réalité de cette organisation… débat qui à l’heure actuelle n’a été que trop souvent esquivé dans les organisations syndicales françaises !

Quentin DAUPHINÉ (Var)
18 mars 2007


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