Gilets jaunes - Halte à la répression

samedi 13 avril 2019

Le samedi 9 mars, à Besançon, s’est tenue une manifestation théâtralisée contre les LBD, avec le Dr Thinès, neuro-chirurgien qui a lancé la pétition pour qu’un moratoire suspende l’usage de ces armes quasi-létales. Des centaines de Gilets Jaunes ont représenté les blessé·e·s et les mort·e·s depuis le début des années 2000. Nous publions ci-dessous l’intervention de Noëlle Ledeur, Gilet Jaune et syndicaliste.

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Le Président Macron ne veut pas que les journalistes et les GJ parlent de répression, et pourtant, depuis le début du mouvement des GJ en novembre 2018, son propre gouvernement annonce :
- 8400 arrestations ayant débouché sur 7900 Gardes À Vue et 1800 condamnations pénales ;
- sur presque 1500 jugements en comparution immédiate, plus de 300 ont prononcé une “incarcération” immédiate.

Cela veut dire plus de 300 personnes en prison, certaines à Besançon. Sur les presque 8000 GAV, 1600 ont été classées sans suite et 1600 autres ont donné lieu à un simple rappel à la loi par le Procureur. Ce qui signifie que 40 % de ces gardé·e·s à vue sont ressorti·e·s des commissariats et des gendarmeries sans poursuites judiciaires.

N’est-ce pas le signe que beaucoup de ces GAV sont justifiées uniquement par la volonté de faire peur aux manifestant·e·s, pour les dissuader de continuer à manifester ?

Arrestations et GAV “préventives” pour le simple fait de porter sur soi des lunettes ou un masque de protection ne constituent-elles pas une interdiction physique de manifester, comme l’a recommandé une note du Procureur de Paris le 12 janvier, avant même que la loi anti-manifestants ne soit adoptée au Parlement ?

Et si l’on s’intéresse aux 1800 condamnations prononcées par les juges, on s’aperçoit que rien n’est dit publiquement sur les faits qui les ont motivées : s’agit-il de condamnations pour délit d’attroupement, pour violences, pour dégradations, pour vol commis en marge des manifestations quand des boutiques ont été vandalisées ?

Là-dessus, pas de chiffres donnés par les grands communicants Castaner, Griveaux ou Macron, pourtant toujours prompts à stigmatiser les “foules haineuses” de “factieux” “complices du pire” !

À ce jour, 1400 personnes sont encore en attente de jugement. Nous connaissons à Besançon des Gilets Jaunes dans ce cas. L’attente peut être très longue, pendant laquelle la mise sous contrôle judiciaire interdit de manifester sur un certain périmètre (le centre ville, un rond-point...). En cas de désobéissance, la case prison les attend...

Pourtant, combien de ces GJ en attente de jugement ne seront finalement pas condamné·e·s, tout en ayant été privé·e·s arbitrairement de leurs libertés ?

Tous ces chiffres impressionnants le montrent, le volet judiciaire de la répression du mouvement des GJ n’a rien à envier à son volet policier : celui-là alimente les tribunaux, qui turbinent à plein régime, même la nuit, pour produire des coupables sur le champ et affirmer – les medias complaisants en font leur fond de commerce – que l’ordre règne toute la semaine, après les “désordres” du samedi.

Seule réponse politique au long mouvement social des GJ qui revendique justice sociale, justice fiscale et exigence démocratique, notamment à travers le RIC, la répression policière et judiciaire ordonnée par Macron, son gouvernement, ses préfets et ses procureurs, cette répression dont la Commission Européenne et l’ONU s’émeuvent, ne fait qu’accroître le mécontentement en révélant le vrai visage de ce pouvoir : celui du mépris et de la haine envers le peuple qui se soulève contre les injustices et les humiliations, celui d’une caste prête à tout, y compris le pire, pour tuer la révolte.

Mais les GJ, les Blues Blanches, les Gilets roses, les Gilets gris, les travailleurs, travailleuses et les chômeurs, chômeuses, les retraité·e·s et les étudiant·e·s, toutes celles et ceux qui sont ici aujourd’hui en si grand nombre, ne sont pas dupes et ne veulent pas être divisé·e·s entre bon·ne·s et mauvais·e·s citoyen·ne·s.

Ils et elles sont solidaires de tous ceux et celles qui sont dans la tourmente, blessé·e·s, mutilé·e·s, arrêté·e·s, poursuivi·e·s, emprisonné·e·s parce qu’ils et elles luttent pour leurs droits et leur dignité, pour les droits et la dignité de toutes et tous.

Cet après-midi du 9 mars, à Besançon, nous avons une pensée fraternelle pour Pascal et Jordan, et les autres GJ incarcéré·e·s, pour Marie et les autres GJ poursuivi·e·s, pour Fred, Kevin et tous les autres GJ gardé·e·s à vue.

Une pensée chaleureuse aussi pour nos Street Médics qui ne rechignent pas à affronter les gaz et les balles de défense pour rester au plus près des manifestant·e·s et leur porter secours.

Nous dénonçons avec force et détermination, tous et toutes ensemble, la répression et sa violence “disproportionnée”, tout comme nous dénonçons la politique de destruction des services publics, des conquêtes sociales, des valeurs démocratiques.

Car il n’y a pas que dans la rue que la répression s’abat : elle frappe aussi les salarié·e·s et les syndicalistes dans les entreprises, les chômeurs et chômeuses sanctionné·e·s à Pôle Emploi, les migrant·e·s qui cherchent désespérément à passer les frontières et à trouver un abri pour ne pas mourir.

Ils ne peuvent pas nous tuer tous, alors ils nous mutilent, ils ne peuvent pas tuer nos idées, alors ils cherchent à détruire nos vies, à nous humilier, à nous affaiblir.

Mais c’est quand le pays est calme qu’il est désespéré, nous, nous cultivons l’espoir !

Noëlle Ledeur


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