Presque

Polar
lundi 4 février 2019

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On criait Allahou Akbar à l’assaut. […] Mais en face ils criaient la même chose.

C’est l’histoire d’une guerre qui n’a pas existé. Une guerre dont personne ne veut se souvenir. Une guerre dans laquelle Dieu n’avait pas choisi son camp. Une guerre dont personne ne parle. Presque personne.

Je me fous de ce que tu as fait, ici ou ailleurs. Tu n’existes plus. Vos histoires n’existent plus. Nous sommes dans un nouveau monde. Même moi je n’existe plus officiellement, mais il faut que cette guerre disparaisse, toi et moi aussi, c’est comme ça. Cette guerre n’a d’ailleurs jamais eu lieu. Les quelques traces sont dans nos têtes ou au cimetière, et il faut les effacer autant qu’on peut. Nous n’avons jamais existé. Nous ne sommes pas.”

L’Algérie. C’était un beau pays. Même avec un fusil ?

Les Français souffrent leur guerre. Les Algériens doublent la leur.

Celle qu’a menée Maurice Audin, récemment repris après son évasion de 74 ans. Assassiné par la répression coloniale française. Crime avoué, reconnu, énoncé par le président de la République française.

Mais aussi celle du FLN contre le FIS. Une guerre civile sanglante au cours de laquelle le peuple s’est retrouvé,comme souvent, entre le marteau et l’enclume.

1994

Au cœur du malheur.

Quatre lycéens décident de mettre les choses au poing. L’arme finale. Clandestins face à la sécurité militaire et aux islamistes. S’ils étaient en avance sur les seconds, ils vont vite se faire rattraper par les premiers.

À chacun sa peine, son futur, son croissant.

Interné, arrêté, exilé, tué.

Dix ans plus tard, en 2004, tout ressort. Pourquoi ? À cause de qui ?

Il s’agit ici, en 329 pages, d’un roman noir exceptionnel tant par son thème que par son écriture poignante, sa colère sourde, son évidence lumineuse, sa terrifiante lucidité.

Adlène Meddi pose en incipit la question essentielle : Que reste-t-il quand Dieu le Père meurt ? Avant qu’on n’ait le temps de réfléchir, il répond :

Presque rien. Tout est dans ce presque.

Puisqu’il rajoute : Et presque tout.

François Braud

  • 1994 , Adlène Meddi, Rivages/Noir, 329 p., 2018, 20 €.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).