Bientôt Noël : et si l’on en profitait pour parler autrement du Père Noël ?

Littérature de jeunesse
dimanche 30 décembre 2018

On est habitué à voir ou imaginer le Père Noël sous la forme d’un personnage plutôt bedonnant, paisible, généreux, représentant de la société capitaliste qui, au moment de Noël voudrait donner d’elle une image particulièrement sereine. Et s’il en était autrement ? On pourrait se demander, comme le font quelques enfants, pourquoi certains n’ont pas de cadeaux et même s’interroger sur l’intérêt réel, autre que commercial, de cette avalanche de cadeaux.

Honteux de lui-même

JPEG - 325.1 ko

Le Père Noël lui-même, comme l’imagine Thierry Lenain, pourrait éprouver quelques doutes sur sa condition. “Il se surprit à penser que, plutôt qu’être le Père Noël, il aurait préféré être l’autre vieux barbu, celui qui avait créé le monde : Dieu. […] Dans le monde qu’aurait créé le Père Noël, il n’y aurait jamais eu de guerres. Il n’y aurait jamais eu d’enfants morts de faim, jamais de misère […] ça aurait été Noël tous les jours et pour tout le monde”.

Alors, entreprenant, en tenue civile, une petite visite sur la terre pour tenter de se remonter le moral en entendant les rires des enfants, il découvre des “faux lui” qu’il trouve ridicules. D’autre part, découragé par la complexité des jouets qu’il ne peut plus fabriquer lui-même et le choix presque identique de tous les enfants des “jouets de la publicité”, il décide d’écrire une petite lettre aux parents pour les informer qu’il ne passera plus et les laisse désormais s’occuper des cadeaux des enfants.

Le Père Noël macho

JPEG - 112 ko

Alors que de plus en plus les femmes revendiquent l’égalité, le Père Noël ne serait-il pas trop machiste pour accepter qu’une femme devienne Père Noël ? C’est ce qu’a imaginé Chantal Cahour. S’il demande l’aide de son fils Manuel pour préparer sa tournée, alors que celui-ci est surtout passionné d’informatique, il refuse celle de sa fille Nolwenn.

Celle-ci, assistée de sa tante Nathy, feint de vouloir devenir prof de gym, multiplie les entraînements sportifs et s’exerce même à marcher sur les toits glissants. Puisqu’en tant que fille, elle doit apprendre la couture, grâce la complicité de la couturière, elle se fait discrètement un habit de Père Noël.

Aussi, l’année où le Père malade ne peut faire sa tournée, c’est Nolwenn, bien entraînée physiquement et revêtue de son costume rouge, qui pourra la réaliser, guidée par le GPS mis au point par son frère. Finalement, cette année-là si les cadeaux du Père Noël sont distribués, c’est grâce à des femmes.

Une manière plaisante d’aborder la solidarité féminine, et l’égalité hommes-femmes à laquelle se prête bien involontairement ce vieux macho.

Un chef d’entreprise moderne

Revenons-en aux questions : “Pourquoi certains enfants n’ont pas de cadeaux à Noël ?” et “Pourquoi ce sont parfois les parents qui se chargent de la distribution ?” J’ai tenté d’y apporter une réponse.

Un soir, le père, délégué syndical dans son entreprise, explique à son fils qui le questionne que le Père Noël a vieilli, que les enfants sont de plus en plus nombreux , qu’il ne peut plus travailler seul et a dû embaucher des lutins pour l’aider. C’est ainsi que “le Père Noël est devenu un véritable chef d’entreprise moderne, comme un magasin par correspondance : il faut programmer la production en fonction des commandes, tenir à jour les fichiers des clients, gérer les stocks […]. Comme il n’a pas voulu augmenter le nombre des lutins parce qu’il trouvait que cela lui coûtait trop cher, ceux-ci ont été obligés de travailler plus vite et plus longtemps”.Et, face à ces cadences infernales, ils se sont mis en grève, ont occupé les locaux.

Bonne occasion pour faire découvrir aux enfants certains aspects du monde du travail.

La colère de la Mère Noël

JPEG - 315.4 ko

Enfin, saviez-vous que si le Père Noël porte une fausse barbe c’est à cause de la colère de sa femme ?

Alors qu’installé dans son fauteuil, en face du poste de télévision, les jambes étendues, il zappait d’une chaîne à l’autre en attendant l’heure de sa tournée, la Mère Noël, qui repassait le linge dans la pièce voisine l’avait appelé :

- “Père Noël, viens donc me donner un coup de main pour plier les draps.”

Il avait répondu :
- “Pas ce soir. Tu ne vois pas que je me repose avant ma tournée.
- Non mais, se fâcha-t-elle, regardez-moi ce grand paresseux ! Monsieur se repose parce que ce soir c’est le jour de sa tournée ! Il n’en fait qu’une par an et il est trop fatigué pour m’aider à plier les draps. Quelle tête tu ferais si je ne faisais le ménage, la cuisine, la vaisselle et la lessive qu’une fois par an ?”

Aussi, lorsqu’il renversa son bol de café sur le devant de sa veste rouge, elle refusa de la lui laver en catastrophe. C’est pourquoi, pour la première fois, il porta la barbe pour cacher la tache. “D’ailleurs, conclut le conte, quand vous l’avez croisé dans une rue ou un magasin, vous avez certainement remarqué que le Père Noël n’était pas si vieux et qu’il portait une fausse barbe.” Les dernières lignes du conte incitent à la vérification :“Si vous regardez bien au-dessous vous verrez peut-être la marque de la tache de café… à moins que depuis le temps, la Mère Noël ne soit plus fâchée”.

Voilà une nouvelle occasion de réaliser que les contes, même de Noël, ne sont pas forcément anodins.

Jean-Pierre Tusseau, Maine et Loire

  • La Dernière année ou pourquoi et comment le Père Noël décida d’arrêter , Thierry Lenain, illustrations de Benoît Morel, Oskar jeunesse, 2010.
  • Le Père Noël n’est pas d’accord , Chantal Cahour, Gulf Stream, 2007
  • Flocontes de Noël , Jean-Pierre Tusseau, illustrations de Aliceu, Le Petit Pavé, coll. 20/20, 2010.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com)