Gilets jaunes ou rouges ?

vendredi 28 décembre 2018

La mobilisation des gilets jaunes n’a plus à prouver son ancrage populaire, son ampleur, sa détermination, son imagination, son soutien dans l’opinion… ni sa diversité.

En allant à leur rencontre, avec ou sans gilet, on découvre des collectifs joyeux dont l’inexpérience des débuts fait vite place à l’expérimentation de formes de lutte utiles pour tous les mouvements et à la recherche des convergences avec les syndicats et d’autres forces sociales (travailleurs/euses des transports, de l’énergie, manifestations contre les violences faites aux femmes…). Conscients de l’exploitation des dérapages racistes, sexistes ou homophobes, comme de la présence de militantEs RN, ils s’efforcent de corriger le tir.

Par contre les responsables syndicaux, associatifs et politiques qui oscillent à l’égard des gilets jaunes entre la même morgue de classe que Macron, une indifférence affectée, un intérêt distant ou une récupération indécente, ont, eux, beaucoup à prouver… et à perdre.

Des mondes différents…

Les préventions vis-à-vis des gilets jaunes sont fortes dans les syndicats du secteur public focalisés sur les élections professionnelles. Sinon il y a aussi ce réflexe de défense du pré-carré syndical de l’action revendicative, constant vis-à-vis des coordinations de lutte. C’est net pour la CGT, qui a privilégié la manif des précaires et privéEs d’emplois pour ne pas aller à celle des gilets jaunes, malgré l’appel d’une partie de ses troupes. Pourtant, ce pré-carré est suffisamment dévasté par les stratégies perdantes des directions syndicales, pour devoir saisir une telle opportunité de bloquer Macron et en même temps de hausser les exigences revendicatives. En effet, actuellement tous les débuts de luttes contre une mesure gouvernementale donnent lieu à son retrait immédiat ou à un report, par crainte d’ouvrir un front de plus. Et si les gilets jaunes sortent vaincuEs de la confrontation, Macron n’aura t-il pas encore plus un boulevard pour amplifier le saccage des acquis sociaux ? Et l’échec de celles et ceux qui depuis 15 jours s’efforcent de redécouvrir la politique, risque de les en détourner définitivement ou de les jeter vraiment dans les bras de l’extrême droite.

Les communiqués syndicaux se limitant à égrener “une société plus égalitaire” et “plus de justice fiscale, sociale et environnementale”, ne feront pas longtemps illusion sans l’effort de venir débattre des revendications, pas toutes abouties, des gilets jaunes. La colère de celles et ceux qui luttent depuis 15 jours dans des conditions difficiles ne saurait s’accommoder d’un réformisme mesuré ni du refus de la confrontation avec le pouvoir. L’exigence de parler vrai et de radicalité, impose de faire le lien avec la lutte contre le capitalisme (dont Macron n’est qu’un larbin) responsable aussi bien des fins de mois difficiles que de la fin du monde.

…condamnés à travailler ensemble

Une plate-forme est possible, conciliant les exigences pas si disparates, des gilets jaunes et les revendications syndicales, anticapitalistes et environnementales les plus urgentes (l’expropriation des banques et des entreprises viendront naturellement si la lutte avance).

Macron démission”, “Dissolution de l’assemblée nationale”, “Suppression du Sénat”, “Référendum” et les références à la révolution française et à 68 appellent une crise politique (qui est plausible vue l’entrée dans le mouvement de nouvelles forces : bastions CGT, quartiers populaires, lycéenNEs…). En l’absence d’alternatives politiques immédiates, les organisations se positionnant avant tout dans le cadre électoral des européennes, il importe de favoriser tout ce qui va dans le sens du contrôle démocratique de la mobilisation et de l’auto-organisation dans les entreprises, les services publics, les quartiers...

Rétablissement de l’ISF”, “Augmentation des salaires, pensions, aides et minimas sociaux”, “Suppression des taxes”, les deux premiers mots d’ordre sont des évidences encore faut-il les chiffrer : les salaires augmentés de façon uniforme (400 € qui ne soient pas des primes, avec aucun salaire ou pension inférieur à 1800 €), pas touche aux salaires différés que sont les retraites (retraites par répartition à 60 ans à taux plein avec 37,5 annuités), les indemnités chômage, la sécu… !

La suppression des taxes n’est pas à opposer aux politiques publiques. Tout dépend de ce à quoi elles sont affectées. La taxe carbone ne représente que 2 ou 3 centimes ajoutés chaque année au prix des carburants, ce qui rend ridicule l’exigence de son gel soufflée par les parlementaires de droite. Par contre les autres taxes (TICPE et TVA) atteignent près de 1 euro sur un prix final de 1,50 euro. Les classes populaires doivent être totalement exonérées de ces taxes qui de toute façon ne changent rien à leurs besoins en carburant, incompressibles. 100 % de leur produit, au lieu des 20 % actuels, doivent servir à des alternatives concrètes à la voiture individuelle, notamment le rail, en lien avec la remobilisation des cheminotEs. Le kérosène pour les avions, le fuel lourd pour les porte-containers doivent être taxés.

C’est ainsi que les gilets jaunes peuvent admettre que même si le 10 du mois, le frigo et le réservoir sont vides, il est urgent de changer les fenêtres…

Olivier Vinay, le 1/12/2018


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