Un mois dans le monde

vendredi 28 décembre 2018

États-Unis

Pour une fois, les élections de mi-mandat étaient attendues avec une certaine anxiété. Le résultat est mitigé. En nombre de voix, le parti démocrate dépasse nettement les 50 % et s’empare de la Chambre des Représentants et de quelques nouveaux États. Mais ce résultat n’a rien d’un raz-de-marée. L’appareil du parti républicain, malgré ses réticences sur le virage d’extrême droite impulsé par Trump, a résisté et le mode de scrutin lui permet même de renforcer sa majorité au Sénat. L’espoir d’une paralysie, voire même d’une destitution, de Trump s’est évanoui. La nouveauté de ces élections, c’est l’apparition d’une nouvelle génération d’éluEs qui se proclament clairement progressistes ou socialistes, à l’image d’Alexandria Ocasio-Cortez, jeune élue “Latina” dans le Bronx avec 78 % des voix, dont le programme demande la gratuité de l’éducation, un système unique et public de santé et 100 % d’énergie renouvelable d’ici 15 ans.

Pittsburgh

L’attentat meurtrier du 27 octobre contre une synagogue de Pittsburgh a mis en pièce la propagande officielle qui martelait que l’antisémitisme venait des Arabes et des musulmans. L’auteur de la tuerie se situe clairement dans la tradition néonazie. Il ne fait aucun doute que Trump a libéré, par son racisme débridé, une certaine Amérique blanche suprématiste et donc antisémite dans la tradition du Ku-Klux-Klan. Le fait que cette synagogue venait en aide aux migrantEs a aggravé la fureur de l’assassin.

Brésil

Comment expliquer que plus de 55 % des électeurs/électrices brésilienNEs aient voté pour un fasciste décomplexé (58 millions de voix pour 147 millions d’inscritEs) ? Toutes les causes se sont ajoutées : récession économique, amnésie vis-à-vis de la dictature, analphabétisme politique, réaction à la vague de criminalité, progression incessante des évangélistes. Il n’y a pas eu de sursaut antifasciste entre les deux tours. L’écart entre Bolsonaro et le candidat du Parti des Travailleurs s’est à peine réduit. Cela montre l’étendue d’une profonde désillusion après les années de Lula et Dilma Roussef.

Le changement va être rapide et profond. Bolsonaro a nommé au Ministère de la Justice le juge Sergio Moro qui a mis Lula en prison. La responsable du lobby de l’agrobusiness, Tereza Cristina da Costa sera à la fois à l’agriculture et à l’environnement. Cela annonce une catastrophe pour la forêt amazonienne.

Bolsonaro s’en est pris avec une telle violence aux 9 ?000 médecins cubainEs qui officiaient dans les régions déshéritées que ceux-ci et celles-ci ont été rappeléEs par leur gouvernement.

Et bien sûr Bolsonaro a annoncé le déménagement de l’ambassade brésilienne en Israël à Jérusalem. Ses fils ont été photographiés avec des tee-shirts aux couleurs de Tsahal et du Mossad.

Catalogne

Tandis que le nouveau gouvernement espagnol tergiverse sur la politique à mener vis-à-vis de l’indépendantisme catalan, la “justice” néo-franquiste ne se pose pas de questions. L’organisation du référendum d’octobre 2017 est qualifiée de “rébellion” et le Procureur a requis 25 ans de prison contre Oriol Junqueras, dirigeant de l’ERC (“Gauche républicaine de Catalogne”).

Italie

Élue en 2016 avec 67 % des voix, la mairesse “Cinq Étoiles” de Rome, Virginia Raggi, a échappé de peu à une condamnation pour “faux en écriture publique”. Mais elle n’a pas échappé à une gigantesque manifestation, le 28 octobre, organisée par un collectif informel contre la dégradation des services publics de Rome.

Si le Mouvement “Cinq Étoiles”, dont le macronisme est un peu le clone, semble en pleine déconfiture, son allié néofasciste se renforce. La tentative de la Commission européenne de sanctionner l’Italie pour “budget non conforme” le renforce. Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue du Nord, ne craint plus rien. Le gouvernement italien vient de demander la saisie de l’Aquarius, immobilisé dans le port de Marseille. Face à lui, où est la gauche ? Ce sont d’anciens communistes, exclus il y a bien longtemps, les maires de Palerme ou de Riace, qui incarnent ce qu’il reste d’opposition.

Nos chères colonies

On peut et on doit débattre du mouvement des “gilets jaunes”. À la Réunion, les choses sont simples : 26 % de chômage officiel, bien plus en réalité et 43 % de la population sous le seuil de pauvreté.

Alors bien sûr, toute occasion est bonne pour descendre dans la rue et attaquer l’ordre colonial. Le préfet, à l’heure où ces lignes sont écrites, appelle l’armée à la rescousse.

En Kanaky, tout semblait ficelé pour que la parole indépendantiste soit définitivement muselée. L’appel de l’USTKE et du Parti Travailliste à l’abstention n’a été que partiellement suivi. La participation a été massive sauf sur l’île d’Ouvéa (40 % d’abstention). Plus de 80 % des KanakEs ont voté pour l’indépendance.

La Kanaky est l’exemple typique du colonialisme de peuplement où tout a été fait pour rendre le peuple autochtone minoritaire sur sa terre et où le colonisateur n’a pas hésité à assassiner ses opposants. Déjà les indépendantistes demandent un nouveau référendum prévu par les accords de Matignon. La prochaine fois, il n’est pas du tout avéré qu’ils/elles échouent.

Gaza

Un véhicule des services secrets israéliens franchit la “barrière de séparation” et attaque des groupes armés gazaouis. Ils tentent d’assassiner des membres du Hamas et du Front Populaire. Sept Palestiniens et un officier israélien sont tués. Des centaines de roquettes sont tirées sur Israël en représailles. Certaines échappent au “dôme d’acier”, système antimissile américano-israélien censé protéger Israël.

Réaction de la France par la voix du Ministère des Affaires Étrangères : “la France condamne avec la plus grande fermeté les nombreux tirs de roquettes revendiqués par le Hamas, qui ont visé délibérément ces dernières heures plusieurs communes du sud d’Israël depuis la bande de Gaza” Quelle indécence ! Pendant ce temps, une cinquantaine d’IsraélienNEs anticolonialistes manifestent quotidiennement le long de cette barrière leur solidarité avec les GazaouiEs en cage.

Israël

Nétanyahou a au moins quatre graves affaires judiciaires contre lui, la moins grave étant la revente, pour son compte familial, de cadeaux offerts par des chefs d’État étrangers. Il sait que s’il perd le pouvoir, il ira en prison. À l’extrême droite, les appétits sont aiguisés et une bataille à trois se dessine pour le pouvoir : Nétanyahou–Lieberman –Bennett (le chef du parti des colons). Lieberman a dégainé en démissionnant. Nétanyahou a riposté en colmatant son gouvernement pour repousser les élections.

Au vu des élections municipales israéliennes, la majorité d’extrême droite n’est pas évidente : les travaillistes ont conservé la municipalité de Tel-Aviv et ont gagné celle de Haïfa. À Jérusalem, la quasi-totalité des PalestinienNEs se sont abstenuEs. Le Likoud qui tenait la mairie est éliminé et le second tour oppose un religieux à un “centriste laïque” si tant est que ces termes ont un sens en Israël.

Mais la moitié de la population qui n’adhère pas au militarisme et au colonialisme n’a ni projet, ni représentation au niveau national. Aucun changement de politique n’est prévisible à court terme.

Le changement, s’il a lieu, viendra de l’extérieur. Après une intense campagne du BDS, Airbnb se retire de Cisjordanie (mais pas de Jérusalem), provoquant stupeur et colère chez les dirigeants israéliens.

Carlos Ghosn

Un peu d’arithmétique : il gagne 45 000 euros par jour, soit presque 2 000 euros par heure, même pendant les congés. Les licenciements massifs qui font grimper les cours en bourse sont toujours bien rétribués. Eh bien, Ghosn ne doit pas être fait comme vous et moi. Ça n’a pas suffi à ce requin insatiable. Il avait tout prévu, sauf le fait que les requins de Nissan puissent être plus malins que lui.

Pierre Stambul


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