Les femmes et la guerre

Dossier
vendredi 23 novembre 2018

La guerre n’est pas qu’une affaire d’hommes, ne serait-ce que parce que les femmes en sont les premières victimes… mais pas seulement ! La revue L’Idée Libre, L’Institut de Recherches et d’Études de la Libre Pensée, vient de publier un numéro sur le sujet : “Les femmes et la guerre”.

La Libre Pensée est surtout connue pour être une association de défense de la laïcité, mais elle est plus que cela. Elle lutte contre toute forme d’oppressions qu’elles soient économiques, politiques ou religieuses. La Libre Pensée se donne pour objectif l’émancipation du genre humain ce qui implique le droit de toutes et tous à pouvoir disposer de son corps et de sa conscience, mais aussi la justice sociale et l’égalité des êtres humains.

Déconstruire les stéréotypes de genre

Il nous paraît donc primordial d’apporter notre contribution au combat pour l’égalité en droit entre les hommes et les femmes. En effet, celles-ci subissent toujours une oppression sexiste, violente, archaïque et obscurantiste diffusée notamment par les religions mais pas seulement.

Dans notre dernier numéro de la revue L’Idée Libre, nous avons voulu traiter de la question de la guerre et des femmes.

Trop souvent quand cette question est abordée, elle se réduit à la place des femmes comme victimes des guerres ou comme militantes pacifistes. Si notre revue traite bien entendu de ces aspects, nous avons aussi voulu montrer que les femmes peuvent être aussi actrices des guerres et combattantes.

En abordant seulement la place de victimes des guerres ou militantes pacifistes sans évoquer les femmes qui ont pris les armes, on prend le risque de perpétuer une vision genrée des femmes. Celles-ci seraient ainsi plus douces, moins belliqueuses, incapables de se défendre… alors que les hommes seraient par nature violents, conquérants et intrépides.

Loin des stéréotypes sexistes, et malgré un conditionnement culturel et éducatif de genre, des femmes ont, en effet, à de nombreuses occasions et en de nombreux points du monde, pris les armes. Un des articles traite de ce conditionnement sexiste qui fabrique des femmes douces et des hommes belliqueux.

Les femmes, actrices de combats

Empreinte de sexisme, l’Histoire a longtemps relégué ces femmes dans des placards… Ces femmes “hors-normes” ne méritaient-elles pas d’être connues ?

Le cas de la sépulture viking découverte à la fin du XIXe siècle à Birka en Suède est un exemple saisissant. En effet, quand cette tombe regorgeant d’armes et de symboles du pouvoir fut découverte, on considéra immédiatement qu’il s’agissait d’un grand chef viking. Des doutes se sont bien exprimés pendant le XXe siècle, ne serait-ce que sur la forme du crâne ou la finesse de certains os, pourtant cette thèse ne fut jamais remise en cause jusqu’à ce qu’une archéologue associée à des scientifiques se penche sur la question avec des moyens modernes. Consternation ! Le grand chef viking était en fait une grande cheffe !

Notre revue s’ouvre sur cette anecdote tellement révélatrice en rappelant que la guerre n’est pas qu’une histoire d’hommes ! Une galerie de femmes combattantes loin d’être exhaustive montre qu’en tout temps et en tout lieu du monde, des femmes ont été soldates, pirates ou cheffes de guerre. Seulement, celles-ci restent largement méconnues. N’est-il pas temps de les réintégrer dans l’Histoire ? Qui connaît Ahhotep I, reine d’Égypte et cheffe de guerre qui a vaincu les Hyksos seize siècles avant notre ère ? Qui connaît la reine Zénobie, qui au IIIe siècle avant notre ère parvint à défendre son territoire face aux Perses ? Ou encore Boadicée, reine celte, qui faillit mettre en échec l’invasion de la Bretagne par les Romains ? Des chevaleresses comme Florine de Bourgogne aux onna-bugeisha (1) japonaises en passant par des pirates comme Mary Read, nous avons cherché dans ce numéro de L’Idée Libre à sortir ces femmes des oubliettes de l’Histoire en espérant donner l’envie à nos lecteurs et lectrices d’approfondir la question et d’exhumer à leur tour des oubliées.

Ces femmes ont pourtant fait l’Histoire en prenant, elles aussi, les armes. Un des camarades a par exemple écrit un article évoquant ces quelques femmes, qui lors de la Révolution française puis pendant la période de l’Empire, se sont habillées en homme pour rentrer dans l’armée et combattre. Certaines d’entre elles ont même été décorées pour des actes de bravoure, des évasions ou pour avoir sauvé d’autres soldats.

D’autres articles reviennent sur la place des femmes dans la résistance au nazisme en Europe ou encore sur ces femmes qui, aujourd’hui encore, sont sous l’uniforme au Kurdistan. Un des articles concerne, également, le rôle déterminant joué par des femmes dans la révolution irlandaise.

Des cibles privilégiées de la guerre

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Traiter des femmes et de la guerre, c’est aussi bien entendu, aborder la question du sexisme. L’article de David Gozlan sur les femmes dans l’armée française montre la violence sexiste qui perdure encore aujourd’hui au sein de la grande muette ; blagues sexistes, mise à l’écart, allusions pornographiques, agressions sexuelles, brimades… les femmes engagées vivent souvent une situation infernale assez peu médiatisée malheureusement.

Dans l’Histoire des conflits, les femmes si elles ne sont pas toujours combattantes, sont toujours victimes des guerres. Stéphanie Doire montre ainsi comment la prostitution et le viol sont consubstantiels des guerres. Le corps des femmes, et particulièrement ceux des femmes de l’ennemi deviennent l’objet des crimes les plus atroces et les guerres accentuent à l’extrême les préjugés sexistes et le contrôle du corps des femmes par la société.

Émilie Monsillon revient, sur les violences subies par les femmes accusées de collaboration horizontale à la libération ; femmes tondues, lynchées, tuées… dans des actes qui sont tout sauf de la justice.

En lien, avec notre engagement antimilitariste, nous ne pouvions pas traiter du sujet des femmes et de la guerre sans parler des femmes pacifistes. Ainsi deux articles se concentrent sur la Première Guerre mondiale et la place des femmes dans le combat contre la guerre. Un dossier est consacré à Hélène Brion, secrétaire de la Fédération de l’éducation de la CGT en 1914 qui œuvra avec une partie du mouvement ouvrier contre la guerre.

Loin d’être exhaustif, ce numéro de L’Idée Libre ouvre la réflexion et invite les libres penseur·e·s et nos lecteur·e·s à poursuivre les travaux sur ces questions.

Hansi Brémond

(1) Femmes combattantes du Japon médiéval, souvent rapprochées des samouraïs.