“C’est partout le bruit des bottes, C’est partout l’ordre en kaki” (1)

Dossier
vendredi 23 novembre 2018

Une information qui surprendra peu nos lecteur·e·s : les dépenses militaires mondiales en 2017 ont atteint 1700 milliards de dollars. Ce fait se situe dans la tendance à l’augmentation des dépenses militaires depuis plusieurs années, l’impérialisme américain étant le principal acteur mais non le seul (ainsi la Chine voit son budget militaire augmenter rapidement).

En France, Macron et son gouvernement ne sont pas en reste : la “loi de programmation militaire” adoptée prévoit pour la période 2019-2025 de faire passer le budget des armées de 35 à 50 milliards. Pour le porter à 2 ?% du PIB, dans le parfait respect des exigences de l’OTAN et de l’impérialisme américain. La ministre des Armées, lors de la discussion budgétaire, a été claire : “Le temps des sacrifices est révolu. Le renouveau de nos armées commence”.

Pour la guerre, le temps des sacrifices est peut-être révolu (quel aveu !), mais pour les services publics et les droits sociaux, la brutalité et les “sacrifices” sont toujours de mise. Et pour les populations subissant les interventions impérialistes dans toutes les parties du monde, aussi.

C’est dans ce contexte que vont se clore les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale. Dans la plus parfaite hypocrisie du pouvoir : militarisme et État policier d’un côté, “Forum pour la paix” annoncé par Macron de l’autre. Les cérémonies du 11 novembre le symbolisent : jusqu’à ces derniers jours, le gouvernement envisageait, pour la première fois depuis longtemps, un défilé militaire – en présence de tous les fauteurs de guerre de la planète (dont Trump et Poutine) – alors que traditionnellement les commémorations du 11 novembre célébraient la fin de la guerre, et non pas la guerre elle-même. Il avait été aussi question que les célébrations officielles prévoient un hommage aux maréchaux de la guerre, les mêmes qui ont envoyé à la mort – et fait fusiller quand ils ne le voulaient pas – des milliers de soldats pris dans l’engrenage de la guerre totale. À ce titre, nous publions un texte collectif d’organisations dénonçant cette mascarade (voir p. VIII).

Car il y aurait beaucoup à dire sur la Première Guerre. Les recherches historiques et militantes ont contribué à faire avancer des questions. D’abord celle des “fusillés pour l’exemple”, qui concerne une injustice à réparer mais pas seulement : elle affirme la légitimité de la désobéissance face au militarisme et à la “raison” – capitaliste – d’État (article p. IV). Mais aussi celle des “profiteurs de guerre”, car la guerre n’a pas été néfaste pour tout le monde, hier comme aujourd’hui (p. II). Ou encore celle des femmes face à la guerre (p. VII). Et enfin : comment traiter ces questions dans le cadre de l’enseignement (p. IX). Nous sommes loin des théorisations d’historien·ne·s réactionnaires sur le “consentement” généralisé et la “culture de guerre”.

Mais une autre question centrale demeure : l’attitude du mouvement ouvrier face à la guerre impérialiste, mouvement dont la vocation est par essence antimilitariste et émancipatrice. La nécessité de l’antimilitarisme et de l’anticapitalisme sera traitée dans notre prochain numéro.

(1) Jean Ferrat, Le bruit des bottes, 1975.


SOMMAIRE

page II Les profits et la patrie : à propos des bénéfices capitalistes durant la grande guerre

page IV Un combat antimilitariste : les “fusillés pour l’exemple

page VII Les femmes et la guerre

page VIII Trump, c’est la guerre !

page IX Les mémoires de la guerre : une expérience pédagogique

page XI “La Marseillaise de la paix