Solidaires fête ses vingt ans

lundi 19 novembre 2018

Faut-il oublier le passé pour construire l’avenir ? Voici un rappel de plus de quarante ans d’histoire d’un syndicalisme qui se veut autrement...

1981 : le syndicalisme face à l’arrivée de la gauche au pouvoir...

Initiative d’un syndicat “autonome” né de la scission CGT/CGT-FO de 1948, la FGSOA (Fédération générale des salariés des organismes agricoles et de l’agroalimentaire) syndiquant à la MSA, au Crédit agricole et dans les industries de l’agro-alimentaire, qui pense que pour conforter des mesures progressistes avec un gouvernement de gauche, il faut “faire comme en 36”, c’est-à-dire occuper les usines, être en grève, pour obliger le patronat et le gouvernement à se mettre d’accord sur des avancées sociales. Ce syndicat estime que pour développer une lutte syndicale il faut l’unité syndicale, il prend donc l’initiative de contacter la CGT qui lui répond… que l’unité syndicale peut se réaliser en adhérant à la CGT. De la même façon, les responsables de la CFDT lui répondent… que l’unité syndicale peut se réaliser en adhérant à la CFDT.

Par ailleurs, aucun ne développe l’idée de pressions sociales et syndicales vers le nouveau gouvernement élu. Les responsables de la FGSOA prennent alors l’initiative de contacter d’autres syndicats autonomes et non confédérés. Le 10 décembre 1981, les délégations de dix organisations syndicales “autonomes” se retrouvent dans une même salle pour la première fois.

1989 : contacts du Groupe des Dix (G10) avec SUD PTT

JPEG - 67.3 ko

Le Groupe des Dix (G10) contacte SUD PTT qui vient de se créer suite à l’exclusion de militant·e·s de la CFDT Poste et Télécommunications. La “greffe” avec SUD PTT va prendre, marquant ainsi que des syndicats de “culture CGT” peuvent s’associer avec des syndicats de “culture CFDT”. Un autre syndicat, le CRC (Coordonner Rassembler Construire), qui deviendra SUD Santé Sociaux, se développe dans les mêmes conditions que SUD PTT. En 1989, une très longue grève a lieu aux Finances qui va notamment confirmer l’indépendance syndicale du principal syndicat du G10, le SNUI (Syndicat national unifié des Impôts – aujourd’hui Solidaires Finances publiques), par rapport au Parti socialiste. Ces éléments vont faciliter l’arrivée de SUD PTT. La politique du PS et du gouvernement Mitterrand-Rocard a des conséquences dans le mouvement syndical et au sein du G10. Certaines organisations syndicales vont se satisfaire progressivement d’un syndicalisme d’accompagnement, d’autres vont maintenir leur indépendance syndicale et demeurer fidèles à leurs revendications, quel que soit le gouvernement en place. La FGSOA (organismes agricoles), la FAT (transports) et la FMC (maitrise et cadres SNCF) vont ainsi quitter le G10 en janvier 1993 et rejoindre le courant UID, qui vient de faire exploser la FEN, pour créer l’UNSA. Ceci va précipiter, en réponse, la rédaction de statuts propres au G10.

1994 : le syndicalisme et le mouvement social, unité indispensable

Plusieurs syndicats du Groupe des Dix (dont SUD PTT, le SNUI, CRC Santé Sociaux, etc.) participent en 1993, avec des équipes militantes de la gauche CFDT et des camarades de la FSU, un peu de la CGT, et des associations, etc., à la création du mouvement Agir ensemble contre le chômage (AC !). Au printemps 1994, plusieurs Marches sillonnent l’ensemble de la France et convergent sur Paris clamant “Un emploi, c’est un droit ; un revenu, c’est un dû !”. Ces mobilisations seront l’occasion de rapprochements entre équipes militantes de différentes organisations syndicales qui, pour la plupart, se retrouvaient déjà dans la rédaction de la Revue syndicale Collectif.

Décembre 1995 : un conflit social majeur...

En décembre 1995, un conflit social important se développe dans le pays, en opposition au “plan Juppé” de réforme de la Sécurité sociale, et notamment de réforme des retraites et de l’assurance maladie. La grève est particulièrement forte dans les services publics chargés des transports en commun (SNCF, RATP, etc.). Nicole Notat et la direction de la CFDT soutiennent le gouvernement dans cette réforme. Positionnement qui va provoquer de fortes tensions à l’intérieur de la CFDT, et aussi des divisions au sein de la “gauche CFDT” entre des équipes militantes qui pensent qu’il faut rester à la CFDT et qu’il est possible de “gagner” lors du prochain congrès confédéral, et des équipes militantes qui pensent que la bataille est désormais perdue à l’intérieur de la CFDT. Ces dernières quittent la CFDT et constituent de nouveaux syndicats ou de nouvelles fédérations qui vont souvent prendre l’appellation SUD (Solidaires, unitaires, démocratiques) et qui vont demander à rejoindre le Groupe des Dix.

1998 : congrès constitutif de l’Union syndicale Groupe des Dix

Les 14 et 15 janvier 1998 se tient le Congrès constitutif de l’Union syndicale Groupe des Dix à La Plaine-Saint-Denis. En novembre 1995 s’était tenue à Saint-Ouen une Assemblée générale regroupant les représentants de treize syndicats et fédérations pour tester des projets de Statuts et de Règlement intérieur, en particulier le fonctionnement au consensus. Le premier congrès officiel de 1998 entérine donc ce fonctionnement. Malgré les différences de culture entre “les SUD” et “les non SUD”, l’ensemble des organisations s’engage dans des orientations communes claires. Ainsi, le Groupe des Dix et plusieurs de ses organisations membres participent à la création d’ATTAC en 1998. L’Union syndicale Groupe des Dix fait partie du Collège des fondateurs d’ATTAC qui est créé en 1998. Les 19 et 20 novembre 1998 se tient une Assemblée générale des G10 locaux qui regroupe 110 militantes et militants représentant vingt-huit G10 locaux et témoigne de la volonté de construire des structures de base locales interprofessionnelles.

2001 : le G10 devient Solidaires

Le deuxième Congrès se tient les 21 et 22 novembre 2001 à la Maison des syndicats de Créteil. Après des débats, l’adoption de l’identifiant “Solidaires” est acceptée par l’ensemble des organisations nationales. Cette adoption témoigne que la période de questionnement entre “les SUD et les non SUD” est désormais tournée : nous sommes tous “Solidaires”. Au cours de ce congrès, nous constatons que nous parvenons à élaborer ensemble des débuts d’alternatives dans de nombreux domaines, que nous formulons des revendications concrètes partagées et que nous sommes souvent d’accord sur les stratégies syndicales à mener, tout ceci par notre fonctionnement au consensus.

2006 : représentatifs dans la Fonction publique

Solidaires obtient la représentativité dans la Fonction publique fin 2006 par une décision du Conseil d’État, ce qui va nous permettre de siéger au Conseil supérieur de la Fonction publique d’État par un décret du 1er mars 2007. Les suites de cette première reconnaissance vont être nombreuses et importantes : pour la première fois, en 2007, Solidaires sera partie prenante des négociations salariales. Cette représentativité nous donne plus de crédibilité auprès des salarié·e·s, et pas seulement dans les Fonctions publiques. Elle nous facilite enfin l’ouverture des portes aux intersyndicales “Fonctions publiques” puis “interprofessionnelles”. Ce sera aussi l’ouverture et l’accès à de nouveaux droits et moyens syndicaux. Solidaires Fonction publique obtiendra un second siège suite aux élections professionnelles de 2011, confirmé par celles de 2014.

2008 : un syndicalisme revendicatif et internationaliste

JPEG - 159.9 ko

Le 4ème Congrès de Solidaires se tient à Saint-Jean-de-Monts en juin 2008. Ce Congrès (le premier hors Ile-de-France et le premier organisé principalement par une équipe militante locale) est perçu par les participants et participantes comme le premier “vrai” congrès de Solidaires. Le travail sur le dossier revendicatif y est largement développé. L’homogénéité de l’organisation “Solidaires” est ressentie par la plupart des participant·e·s. Des délégations invitées nombreuses, syndicales ou du mouvement social, interviennent en tribune. La présence de délégations étrangères marque l’engagement international de Solidaires qui jouera un rôle déterminant dans la constitution d’un Réseau syndical international de solidarité et de luttes dont la première rencontre aura lieu en 2013.

2009 : la place des Solidaires locaux

JPEG - 208.1 ko

Un congrès extraordinaire en octobre 2009 acte la place politique donnée aux Solidaires locaux qui ont désormais le droit de vote en Congrès et en Comité national (instance trimestrielle chargée de définir les positions et les campagnes interprofessionnelles de Solidaires). Une charte des Solidaires locaux est adoptée.

L’homogénéité de Solidaires se constate aussi dans les avis partagés entre les organisations nationales (syndicats et fédérations) et les structures locales (Solidaires locaux). Dans de nombreux domaines, le développement de l’Union syndicale Solidaires se fait par les Solidaires locaux et par leur ancrage sur le terrain. Les Solidaires locaux sont aussi le lieu d’expérimentation et de mise en pratique de l’activité interprofessionnelle pour les militantes et les militants.

2012 : une manifestation Solidaires

En mars 2012, Solidaires organise sa première manifestation nationale sous ses propres et seules revendications et couleurs. 5 ?000 camarades manifestent à Paris, de la Bourse à Jaurès. Cette première manifestation “Tous ensemble, mais Tous seuls”, apparaît comme un signe de majorité de l’organisation Solidaires. Plutôt que de regimber contre l’attentisme des autres organisations syndicales, l’Union syndicale Solidaires se démontre qu’elle peut prendre seule une initiative, et la réussir.

2013 : constitution du réseau syndical international de solidarité et de luttes

Fort de son engagement internationaliste, l’Union syndicale Solidaires a joué un rôle très actif dans la construction du Réseau syndical international de solidarité et de luttes après la rencontre syndicale internationale en mars 2013 de Saint-Denis qui a rassemblé plus de 200 militant·e·s de plus de 60 organisations d’Europe, d’Afrique, d’Amérique et d’Asie. Ce réseau mondial rassemble des organisations, courants, tendances ou réseaux syndicaux de tous les continents, avec des histoires, des cultures politiques différentes, mais avec des pratiques assez proches et qui partagent la double volonté d’organiser des luttes pour la défense des revendications immédiates des travailleurs et travailleuses et pour transformer radicalement la société.

2014 : une Union syndicale féministe !

JPEG - 110.6 ko

Lors de son 6ème congrès en juin 2014 à Dunkerque, Solidaires adopte une résolution spécifique “Égalité entre les femmes et les hommes : un enjeu syndical” comprenant deux axes : “Plateforme revendicative pour l’égalité femmes/ hommes” et “Les femmes dans l’Union syndicale Solidaires : des pistes pour avancer !”. L’importance de ces questions est stipulée au sein même de nos statuts actuels “le syndicalisme s’inscrit dans une démarche féministe en agissant pour l’égalité entre les hommes et les femmes”. Les inégalités entre les sexes traversent l’ensemble de la société (travail, école, famille, vie publique), le souci de les combattre ne se limite pas au champ professionnel. Le syndicalisme, tel que nous le concevons, veut promouvoir l’adhésion, l’activité, la participation et l’engagement des femmes à toutes les tâches et tous les échelons du syndicalisme. L’engagement de Solidaires sur ces questions se traduit également par notre implication sur nombre d’aspects, notamment le développement d’une dynamique pour un 8 mars de luttes et de grèves des femmes, la lutte contre le sexisme et le harcèlement sexuel, …

2018 : les 20 ans de Solidaires, ça se fête !

Cet anniversaire doit non seulement être l’occasion de tirer un bilan de notre projet syndical mais aussi de nous inscrire dans le présent, en échangeant sur les évolutions actuelles du syndicalisme et sur les stratégies à développer face aux difficultés rencontrées pour enrayer les politiques antisociales d’un pouvoir hégémonique et brutal. Au-delà d’une initiative (ou d’initiatives) “nationale” en région parisienne, l’idée est que nombre de Solidaires locaux s’emparent de cet année anniversaire pour construire localement des événements (réunion, débat, expos, concert, fête,…).

Extrait d’Expression Solidaires n°87,

septembre 2018


Brèves

10 janvier 2018 - Débat avec Jean-Marc Rouillan

Le samedi 13 janvier à 14h
Jean-Marc Rouillan sera à l’EDMP au 8 Impasse Crozatier Paris 12ème (...)

26 juin 2017 - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)