Brèves féministes (février 07)

dimanche 11 février 2007
par  QD, Administrateur

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Parce que c’est aussi une forme de haine :
Chronique du sexisme ordinaire

L’intérêt de la lutte contre l’oppression des femmes
En Europe, il y a encore beaucoup à faire avant que les femmes voient leurs droits garantis. Ainsi le Portugal où 90% de la population est d’obédience catholique, le "oui" au référendum pour autoriser l’avortement des femmes enceintes de moins de 10 semaines a été invalidé du fait d’une participation trop faible. Il faut dire que lorsque l’assemblée se fait haranguer dans les églises par des prêtres fondamentalistes qui font ouvertement de la propagande anti IVG, ça n’aide pas beaucoup les femmes à se libérer.

En Pologne, il n’est même pas question de droit à l’avortement et une journaliste interviewée dénonçait l’impact grandissant de l’Eglise catholique : même des responsables d’associations pour la défense des droits des femmes, "arrondissent les angles" dans leurs propos pour ne pas choquer.

En France, les choses sont plus insidieuses mais là non plus l’affaire n’est pas gagnée… : discours de stars valorisant l’éternelle jeunesse ou l’épanouissement dans la maternité, pubs sexistes, culte malsain de la minceur ou de mannequins âgées d’à peine 17 ans…

Pourtant, le féminisme est toujours d’actualité et comme l’écrit Virginie Despentes ( King Kong théorie ) : "Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution bien en marche. Une vision du monde, un choix. (…) Il ne s’agit pas d’opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l’air".

Isabelle DANIELLOU

Contraception des mineures : des avancées à concrétiser
Dans un rapport au président de la République publié le 5 décembre, le Haut conseil de la population et de la famille met en cause le "déficit considérable d’information à l’école", ainsi que l’accès difficile pour les mineures à la contraception préventive, hors des centres du planning familial. On peut avoir la pilule du lendemain et l’IVG gratuitement, mais pas la contraception : cela explique peut-être le maintien depuis 10 ans du nombre d’IVG chez les mineures (environ 13000) ou encore le recours d’au moins 11450 mineures à la contraception d’urgence en infirmerie scolaire en 2004-2005. Et le préservatif alors ? Chez les jeunes, explique le professeur Israël Nisand, co-auteur du rapport, le préservatif est certes couramment utilisé, mais souvent mal, et à un âge où la fécondité est très élevée. Le Conseil préconise donc une contraception gratuite et anonyme pour les mineures, accompagnée d’une information précoce et adaptée, pour éviter, note Israël Nisand, que "le film porno ne soit la seule information sur la sexualité"."Notre société considère encore que la sexualité des ados n’est pas normale", dit-il, "or les pays qui l’ont acceptée, comme les Pays-Bas, ont moins d’IVG de mineures que nous". La réaction de Famille de France illustre à la caricature ces propos, considérant que la mesure va inciter les ados à avoir des rapports plus tôt, et même (on se demande bien comment) "augmenter le nombre de grossesses chez les mineures" !!! Tant pis si l’IVG peut laisser des séquelles psychologiques bien plus graves chez une mineure, ou si le recours plus tardif à l’avortement, au-delà bien souvent du délai légal, comporte plus de risques, comme le souligne le Conseil. Il s’agit d’un "problème de santé publique et non de moralité", affirme-t-il. Même avec cet angle de vue, la proposition du Conseil n’est pas acquise : que va-t-il advenir de ce rapport ? C’est dire combien il y a encore matière lutter…

Claire DEMEL