Brèves féministes (décembre 06)

lundi 4 décembre 2006
par  QD, Administrateur

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°4 de décembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Parce que c’est aussi une forme de haine :
Chronique du sexisme ordinaire

Vous avez dit "carrières scientifiques"…

Désintérêt, inaptitude intellectuelle, conformisme ? On s’étonne périodiquement, on déplore hypocritement, le pourcentage insuffisant de filles dans les filières scientifiques et le déséquilibre flagrant en défaveur des femmes dans les carrières du même nom, où leur présence se raréfie comme l’oxygène quand on s’élève vers les hautes sphères. De temps en temps, pour faire bien, on en bombarde une à un poste de représentation prestigieux - directrice, déléguée internationale, etc. – mais honorifique et hors des terrains opérationnels des labos et des chaires de la "science en marche" où leurs travaux pourraient faire de l’ombre à leurs collègues masculins. Tout cela pour mieux camoufler et préserver la réalité rétrograde de l’organisation du monde scientifique, de ses mandarins et de ses "carrières" à côté de qui les Eglises et les armées sont aujourd’hui des institutions d’avant-garde. Disparus les slogans de mai 68 ? Que font les représentantEs altermondialistEs proclaméEs de gôche, et d’extrême-gôche syndicales qui courent les forums sociaux et squattent les coordinations ?

Carrière : étymologie : piste de course de chars…,"métier qui présente des étapes, une progression". Toutes caractéristiques dont on sait combien elles sont particulièrement favorables aux femmes ! Allons les filles, comme disent les pubs de l’ONISEP… engagez-vous dans les filières qui conduisent au casse-pipe et aux chausse-trappes des carrières scientifiques.


Nicole DESAUTELS

Rien que du banal
Récemment, deux faits divers ont illustré, à nouveau, comment le machisme imprègne l’inconscient de beaucoup, sans que la conscience s’en offusque.

On se souvient qu’à la fin du mois d’août, des bateaux de pêche au thon ont encerclé le Rainbow Warrior, de Greenpeace, dans les eaux du port de Marseille, afin de protester contre la campagne menée à leur encontre par l’association écologiste. Le patron pêcheur Serge Perez et le président du syndicat des thoniers Mourad Kahoul s’en sont donnés à cœur joie en ce qui concerne la"beauferie" crasse dans un registre pas uniquement sexiste, mais également homophobe, réactionnaire et machiste : Greenpeace serait"…une bande de tarés fumeurs de joints","une association de drogués de merde","la pisse verte". Les pêcheurs voulant passer à l’action ont échangé ces joliesses sur les ondes :"Faites voir que vous avez des couilles et pas des petites, des grosses ! C’est maintenant qu’il faut attaquer !", "On est chez nous !", "Non, on les laisse partir sans violer les femmes !" etc.

Presque au même moment, à Sauméjan, dans le Lot-et-Garonne, devait être célébré le mariage de Nour Eddine, trente-cinq ans, d’origine algérienne, et de Dominique, infirmière de cinquante-trois ans et conseillère municipale de Sauméjan. Après maintes difficultés, les fiancéEs ont été arrêtéEs devant la porte du notaire et Nour Eddine expulsé en Algérie. Comme si cela ne suffisait pas, devant la porte de la mairie de Sauméjan, on avait délicatement répandu des tripes, du sang et des plumes de pintade, le tout agrémenté d’un graffiti phallique. Deux jours plus tard, Dominique recevait une lettre anonyme contenant des propos sexistes, machistes et racistes à propos de son union avec Nour Eddine. Inutile d’en préciser les termes exacts, mais ils montrent que sexisme et racisme vont bien ensemble d’autant plus qu’ils sont soutenus par le fil conducteur du machisme et du patriarcat qui veulent que les femmes soient des possessions des hommes et qu’à ce titre il soit inconcevable qu’elles aient une autonomie amoureuse.

Chez les thoniers de Marseille, les femmes de Greenpeace auraient pu être violées sans problème (que font-elles là, ce n’est pas leur place). A Sauméjan, il fallait savoir se contenter des beaux spécimens mâles de la forêt lot et garonnaise et ne pas aller chercher un homme jeune et bronzé qui n’est peut-être même pas chasseur !

Anne-Marie PECASTAINGS