En grève pour la défense d’un service public de qualité

Bibliothèque publique d’information
vendredi 21 septembre 2018

Le jeudi 14 juin 2018, la Bibliothèque publique d’information (Bpi), à quatre jours du Bac, n’a pas ouvert ses portes car une grande partie du personnel excédé par les méthodes de gestion du personnel et les choix politiques de la direction, a décidé de se mettre en grève au moment même où en période de préparation du Baccalauréat la bibliothèque est la plus fréquentée. Cette grève de quatre jours a été très difficile à porter face à une direction sourde qui n’a pour but que d’imposer ses décisions en dehors de toute concertation.

La façon dont la direction s’est comportée durant la grève témoigne de sa volonté de passer en force et de faire plier toute résistance du personnel. Dès les premières heures de la grève la direction, aux aguets, a fait le tour des 10 bureaux d’accueil et d’information du public pour pointer les absents et les présents essayant à chaque fois d’ouvrir coute que coute la bibliothèque même avec un effectif réduit, allant même jusqu’à condamner l’accès du troisième étage pour n’ouvrir que le premier et le deuxième en utilisant majoritairement le personnel vacataire, afin de briser la grève, et ouvrir même pour quelques heures espérant ainsi briser la mobilisation du personnel. Toutefois, loin de démobiliser les agents, ce coup de force n’a au contraire fait qu’accentuer la mobilisation et la détermination des grévistes, et surtout, a fini par inciter beaucoup d’agents jusqu’ici hésitants, à rallier et à durcir le mouvement empêchant l’ouverture totale de la bibliothèque. Même le personnel vacataire excédé d’être utilisé pour remplacer les titulaires et permettre l’ouverture s’est mis en partie en grève.

Mais pourquoi les personnels de la Bpi se sont-ils mis en grève reconductible, en dehors de toute mobilisation nationale !?

Les raisons de la colère

À la Bibliothèque Publique d’Information, comme dans l’ensembles des administrations publiques, les personnels sont très attachés à la qualité des services qu’ils et elles offrent au public. Or depuis 2009 et la mise en place des politiques de forte réduction des moyens et du nombre des fonctionnaires, les services ne cessent de se dégrader. Le point de départ du projet de rénovation de la Bibliothèque a d’ailleurs été initié par la réorganisation de l’organigramme et des fonctions de l’ensemble des agents. Ils semble donc que l’urgence est surtout de faire plus avec moins. En outre, la direction inspirée par l’agence d’ingénierie culturelle, “abcd” qui développe dans toute la France le même modèle de “bibliothèque 3ème lieu”, a décidé de substituer cinq “pôles” d’accueil et un “point service Autoformation” (sans équipe spécifique) aux dix bureaux d’information actuels ; cinq “pôles” intitulés en interne : “Nouvelle génération”, “Lire le monde”, “Comprendre”, “Vivre” et… “Imaginer”, organisation corrélée au nouvel organigramme surréaliste imposé par la direction !

Malgré des interventions récurrentes des élues et des élus des personnels dans l’instance de discussion et de consultation qu’est le comité technique (CT) et malgré un vote unanime en opposition, la direction a décidé de continuer le même projet.

Dès 2010, la direction, sans réelle concertation avec les personnels, a donc réorganisé les services et redistribué les postes et fonctions qui sous couvert de modernisation et de transformation des services offerts, ne vise qu’à redéployer les agents de moins en moins nombreux. Depuis l’initiateur du projet P. Bazin jusqu’à aujourd’hui avec l’actuelle directrice C. Carrier, ce projet se fait au détriment du cœur de métier qui est d’offrir un accès à des ouvrages, à des services et donc à la connaissance, par l’intermédiaire d’un personnel bien formé et à même d’accompagner les usagers et usagères dans leurs recherches et leurs démarches. Ainsi les loges réservées pour les personnes handicapées seront réduites dans la nouvelle configuration. La revue de presse Bpi.doc a disparu au moment même où on dénonce la montée des “fake news”. Les périodiques papiers disponibles ont considérablement été réduits soit disant pour répondre à l’évolution des usages qui vont plus vers les supports numériques, mais qui pourtant dans la réalité ne répondent pas aux mêmes attentes des lecteurs et lectrices. Pour tout l’établissement qui accueille entre 4500 et 5000 visiteurs et visiteuses par jour, il n’y a plus qu’une dizaine de photocopieuses/imprimantes dans un seul local situé au niveau 2 de la bibliothèque. De plus, ce service sous-traité à une société privée offre des prestations déplorables indigne d’un tel établissement actuel ou futur. Enfin, depuis juillet 2018, les collections ont été déménagées et réparties suivant les grands pôles “Lire, Vivre, Comprendre, Imaginer” en dehors de toute cohérence des domaines de connaissance. Ainsi le fond Histoire est désormais au niveau 2, à la suite de la Philosophie, des Religions, d’une partie des sciences sociales, Sciences politiques, Ethnologie et Pédagogie, une partie des sciences, les Mathématiques la Biologie et la Physique, tandis qu’au 3ème étage sont regroupés dans un même espace le Droit, l’Économie, la Médecine, la Technique, la Gestion, l’Informatique, la Cuisine, et le tout avec un seul bureau de renseignement ! Mais surtout faute de place les fonds sont à plusieurs endroits scindés et mélangés. La désorganisation des fonds est telle que les lecteurs et lectrices ne s’y retrouvent plus et multiplient les plaintes écrites demandant des explications à cette désorganisation. Ils et elles demandent même dans certains cas de rétablir les collections dans leur ancienne organisation et répartition.

Le personnel avait pressenti cette situation c’est pour cela que dès juin il s’était fortement mobilisé.

Ce n’est qu’un début…

Le 12 juin, les représentant·e·s du personnel avaient donc organisé une consultation sur l’organisation des futurs espaces d’accueil du public et la mise en place du projet, ceci afin d’interpeller la direction avec laquelle le dialogue n’était plus possible et pour permettre aux collègues de se positionner et si nécessaire de partir en grève à l’issue de la consultation. Dans ce cadre et là encore espérant une réaction de la direction l’intersyndicale à l’issue d’une Assemblée Générale avait déposé, dans les délais, un préavis de grève. Lors de la consultation, deux tiers des collègues faisant du service au public se sont exprimés. 85 ?% des votant·e·s ont exprimé leur insatisfaction envers le futur projet et dénoncé l’absence de prise en compte des critiques et objections par la direction. L’intersyndicale reçue dans le cadre du dépôt du préavis de grève, s’est encore vue opposer une fin de non-recevoir. Dès le lendemain, la grève était votée en assemblée générale.

La principale revendication concernait le nombre, la répartition et la configuration des bureaux d’information du public dans les espaces divisés par deux, éloignés des usagers et usagères, qui ne permettaient plus d’assurer la sécurité sur les 10 ?000 m2 de la bibliothèque, ni un accueil convenable des 5000 usagers et usagères quotidien·ne·s, dans toute leur diversité.

La directions a fait des concessions

Après quatre jours de grève, la direction a ouvert des négociations et la grève a été suspendue. Aujourd’hui, la direction a accepté de “bouger”, consentant au maintien de bureaux d’accueil et d’information véritablement dédiés au renseignement et à l’aide à l’accès aux services et collections. Le projet de “points de renseignement” éclatés et dispersés a été abandonné. Derrière chaque bureau seront maintenus des professionnels en permanence, et dans des espaces qui s’en seraient retrouvés dépourvus, si le personnel ne s’était pas mobilisé. La direction a cédé sur ce point car elle a, suite à des mouvements de foules dans la bibliothèque, compris que les bureaux en nombres étaient indispensables pour la surveillance des salles et garantir la sécurité des lecteurs.

Le pôle “Lire le monde” initialement prévu, inclura finalement un “Accueil général” orienté vers l’entrée de la bibliothèque et un “Accueil presse", tourné vers les collections presse. Au moins un groupe de service public (SP) sera dédié à chacune de ces missions.
La création d’un bureau d’information “Histoire-Géographie” sera transmise aux architectes. Un groupe y sera affecté.
L’“Autoformation”, qui dépendait du pôle voisin “Vivre” se voit également affecter un groupe spécifique. Sa configuration, ainsi que celle d’un espace d’accueil “Musique” vont faire rapidement l’objet de discussions avec les deux services concernés puis avec les groupes de “Service Public” (SP) concernés.
La demande d’un agent de sécurité pour surveiller la future cafétéria a aussi été portée auprès du Centre Pompidou.

Le combat continue

Après ces jours de grève où une part importante des personnels de la Bpi reste mobilisée et se réunit régulièrement en assemblée générale pour échanger les informations et s’assurer que la direction tient ses engagements et surtout qu’elle maintiendra après les travaux, derrière chaque bureau, les équipes nécessaires.
Cependant les déménagements de juillet 2018 et l’implantation catastrophique des collections sont de mauvaise augure et ne font que redoubler la colère des personnels de la bibliothèque mais aussi des usagers et usagères qui perçoivent désormais de façon criante les effets des choix d’une direction qui néglige le livre et la lecture, lecture qui pourtant était jusqu’ici la colonne vertébrale de l’établissement et servait de point d’appui au développement des autres services : autoformation, bpi.doc, cinéma du réel, conférences, débats, expositions… Preuve de cette négligence, l’établissement n’a plus ni de politique, ni de charte documentaire. C’est un bateau ivre, qui navigue à vue dont la capitaine semble plus préoccupée par sa carrière que par l’avenir d’un établissement public pourtant reconnu nationalement et même internationalement. Seule la base, c’est à dire les agents et les usagers et usagères semblent défendre ce service public et une fois de plus l’avenir dépend de l’action collective !

Section SNASUB-FSU Bpi, 26 juin 2018


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