Brèves féministes (novembre 06)

lundi 6 novembre 2006
par  QD, Administrateur

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°3 de novembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Parce que c’est aussi une forme de haine :
Chronique du sexisme ordinaire

Femmes en promotion
Cette année, le "chéquier" des pages jaunes de Gironde se présente de la sorte : "des professionnels de votre région vous réservent des remises, des réductions… autant d’occasions de faire de bonnes affaires".

Et, aux côtés de pubs pour portes de garage, piscine, chauffage…de nouveaux "produits" avec ristourne : des femmes "de Russie, d’Asie, des îles", "sérieuses, motivées, douces et avec un réel sens de la famille". Au catalogue, "Olga d’Ukraine, 25 ans, réf. 30264", ou "Alena de Russie, 29 ans, réf. 30316".

Les pages jaunes vecteurs de la marchandisation des femmes, ça commence en 2006… communautés économiquement marginalisées pour lesquelles un contrat constitue un enjeu important.

Génocide au féminin
En Asie, continent le plus peuplé de la planète, les femmes sont en train de disparaître, faute d’avoir eu le droit de naître, ou parce qu’elles sont négligées, voire assassinées. En Chine (44 millions de femmes manquantes estimées), c’est la conséquence de la politique de l’enfant unique conjuguée à la masculinité de l’héritage qui conduit à de nombreux abandons. En Inde (37 millions de femmes manquantes estimées), le poids de la dot, très répandue, malgré son interdiction en 1961, donne lieu à de nombreux avortements sélectifs après détection du sexe, diagnostic tombant pourtant sous le coup de la loi depuis 1994.

La surmortalité des fillettes pour négligence (de 46% supérieure aux garçons pour les moins d’un an en Chine) y est une réalité, tout comme au Pakistan (4,6 millions de femmes manquantes estimées) ou au Bengladesh (3 millions) où les filles sont moins éduquées, moins bien nourries ou vaccinées que leurs frères. Dans ces deux pays s’y ajoute le poids moral, "l’honneur" à "protéger" avec son cortège de crimes qui reflètent le peu de valeur accordée aux femmes.

Et leur raréfaction ne va pas changer les choses : être plus rare ne signifie pas forcément être plus précieux. A l’inverse, la situation des femmes s’aggrave avec la réapparition des enlèvements en Chine et l’augmentation des viols en Inde. C’est une véritable révolution dans les mentalités et la société qui est nécessaire. Avec de nouvelles aides pour les filles scolarisées et une pension enfin accordée aux vieux paysans (seul l’héritier mâle assurait jusqu’alors leur retraite) en Chine, et l’héritage à égalité des sexes en Inde, on en est encore aux balbutiements. Il y a urgence à une politique féministe forte pour endiguer la multiplication naissante des trafics de femmes.

Claire DEMEL

L’obscurantisme s’attaque encore une fois au droit à l’avortement
Le samedi 4 novembre, un collectif d’organisations polonaises a organisé à Varsovie une manifestation ayant pour mot d’ordre : "Assez de l’enfer pour les femmes ! Nous exigeons l’avortement légal !"

La Ligue des Familles (parti d’extrême droite membre du gouvernement) a déposé une proposition de modification de la Constitution, pour que soit reconnue la "protection de la vie humaine dès sa conception". L’avortement était libre pendant la période communiste, la loi actuelle ne l’autorise que dans trois cas : lorsque la vie de la femme est menacée, en cas de malformation grave ou de maladie incurable du fœtus, et lorsque la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste. Malgré cela, les hôpitaux publics refusent le droit d’avorter à de nombreuses femmes rentrant dans le cadre de la loi. Officiellement, il y a 150 avortements par an en Pologne, mais des centres indépendants estiment le nombre d’avortements pratiqués illégalement dans des cliniques privées entre 80 000 à 200 000 par an.

Le droit d’avorter, droit fondamental pour la liberté des femmes, a été partiellement reconnu dans la majorité des pays occidentaux, après de longues luttes féministes. Dans de nombreux pays, le droit d’avorter légalement dans le public est remis en cause, et bien sûr, les victimes en sont les femmes les plus pauvres et les moins bien informées. Encore une fois, les recommandations du Conseil des Droits Humains des Nations Unies sont bafouées. Soutenons les luttes des femmes contre l’obscurantisme en Pologne, mais aussi au Portugal, à Malte, aux Etats Unis…

Dani MOLINES