Pas de retour à la normale !

Édito
dimanche 3 juin 2018

On se souvient de cette affiche de la fin juin 1968 : “Retour à la normale…” écrit en gros au dessus d’un troupeau de moutons, au moment où les grèves s’arrêtaient une à une, après les évacuations violentes par la police des universités et des usines occupées, qui firent plusieurs morts, et où la droite gagnait les élections législatives. Quand Macron parlait de célébrer mai 68, il pensait sans doute plus à cet épilogue qu’aux aspirations populaires à une société affranchie du capitalisme.

Mais en ce mois de juin 2018, tandis que le pouvoir poursuit sa politique de casse systématique des droits, feignant la tranquillité et méprisant les oppositions, les mobilisations s’ancrent dans la durée sans faiblir.

Celle des cheminotEs contre le “nouveau pacte ferroviaire” est exemplaire. Lorsque l’intersyndicale de la SNCF a annoncé son accord pour une grève perlée étalée sur trois mois, beaucoup pensaient que le mouvement s’épuiserait avant la fin juin. La direction utilise en effet toutes les armes dont elle dispose pour minorer et discréditer la lutte : primes exceptionnelles aux non grévistes, refus de payer les jours de repos entre deux grèves, pressions pour empêcher la participation au vote interne,… Pourtant, après 16 jours de grève, celle des 13-14 mai a connu une hausse du taux de grévistes pour revenir au niveau très élevé des premières journées. La grève a encore été forte les 18-19 mai, et le “vot’action” est un véritable succès. Dans les AG, les cheminotEs débattent du passage de la grève perlée à la grève reconductible.

La lutte des étudiantEs contre la loi ORE est tout aussi déterminée. Là aussi, les présidentEs d’Université, le gouvernement, tablaient sur le silence des média et l’approche des examens pour voir les étudiantEs rentrer dans le rang. Pourtant, plus d’une dizaine d’universités ont dû annuler les épreuves, inventer des formules inédites pour contourner les blocages. Des lycées se mobilisent aussi, et les premiers résultats de Parcoursup arrivent. Près de la moitié des lycéenNEs pourrait rester “en attente”.

Après la deuxième vague de destructions et d’expulsions, de violences policières et d’interpellations à Notre-Dame-Des-Landes, les 17 et 18 mai, la résistance reste bien vivante. La convergence des 19-20 mai, les rassemblements de soutien un peu partout en France, l’ont à nouveau démontré. Ils détruisent, nous reconstruisons, comme au Gourbi.

Les fonctionnaires, dont les enseignantEs, sont eux/elles aussi en ligne de mire, avec le plan “Action Publique 2022”. L’intersyndicale nationale s’est enfermée dans une stratégie pour le moins décalée, imposant des grèves de 24 h très espacées, et la mobilisation peine à se développer. Le ministre Olivier Dussopt a toutefois cru bon d’affirmer, à la veille de la grève du 22 mai, que le statut des fonctionnaires n’est pas menacé. Sans doute estime-t-il que celui des cheminotEs ne l’est pas non plus !

De fait, la volonté de lutter est bien présente, et l’exigence monte d’une convergence des luttes dans la rue. Face aux non réponses de l’intersyndicale, partis politiques, associations et collectifs ont pris l’initiative.

Après l’incontestable réussite du 5, la “marée populaire” du 26 mai s’annonce comme un nouveau temps fort, auquel plusieurs organisations syndicales (dont la CGT, la FSU, Solidaires, UNEF…), ont fini par se rallier.

Et voici que Bruno Lemaire se livre à une nouvelle provocation. Ce dimanche 20 mai il annonce tranquillement dans les média, au nom de la cohérence, qu’il veut réduire les aides sociales. Sous l’argument fallacieux que les réformes attaqueraient les inégalités à la racine, les aides sociales ne seraient plus justifiées. La cohérence du gouvernement est là : donner toujours plus aux plus riches, ponctionner les classes moyennes et donner moins aux plus démuniEs.

Dans ce domaine comme dans tous les autres, il n’y aura pas de pause dans les attaques gouvernementales. Alors, pas de pause non plus pour les luttes !

Raymond Jousmet, 22 mai 2018


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