Militantisme féministe à Nantes

Tribune féministe
dimanche 22 avril 2018
par  Catherine

Les droits des femmes, comme les droits des exilé-es sont caractérisés par un discours omniprésent, des productions nombreuses de textes, d’images donnant parfois le tournis. Si dévoiler, dénoncer est nécessaire, cela ne suffit pas à faire bouger la réalité concernant l’égalité des droits, en France comme ailleurs.

Et ce n’est pas parce qu’il y a davantage de femmes députées “en marche !”, ce dont s’enorgueillit E.Macron, que les moyens réels permettant de faire avancer les droits sont là. Au contraire : les centres de planning familial disparaissent dans certaines villes ; les accueils, logements et accompagnements pour les femmes ayant subi des violences sont de plus en plus réduits ; le nombre d’inspecteurs-inspectrices du travail ne permet pas de faire respecter véritablement les règles et lois existantes ; à l’école, lieu essentiel de construction pour l’égalité des droits, les outils, les formations, les professionnel-les (médecins, assistant-es social-es, infirmièr-es) manquent toujours plus...

À Nantes, une petite enquête tend à montrer une vitalité, sur cette question, comme sur d’autres.

Le Planning familial

Le Planning familial, mouvement féministe d’éducation populaire est implanté depuis 60 ans (voir article par ailleurs) et a récemment déménagé, à proximité du tramway et de la Loire. Les baisses de financements ont amené l’association à supprimer une antenne sur quatre dans le département (celle de Clisson) et à réduire l’amplitude d’ouverture (lundi, mercredi, vendredi). Les missions de planification et d’information sont assurées, notamment, par des conseillères conjugales ; des consultations avec médecins et sages-femmes sont proposées, gratuitement pour les mineur-es, il semblerait qu’il n’y ait pas de problème majeur concernant les demandes d’IVG assurées en milieu hospitalier, sauf si les délais sont dépassés (accompagnement pour démarche à l’étranger...). Un des problèmes rencontrés est celui de l’ouverture des droits à la santé, en particulier pour les femmes exilées. Un numéro vert gratuit fonctionne toute la semaine sauf le dimanche, mais au delà de l’écoute, les hébergements, les accompagnements longs, par des professionnel-les, manquent.

L’Espace Simone de Beauvoir

Non loin du Planning, un autre espace, tout à fait spécifique à la ville existe depuis 1992 : l’Espace Simone de Beauvoir Il fait suite à un “espace femmes” existant depuis 1988. Quasiment entièrement financée par la municipalité, cette association a des moyens : vaste local lumineux, fonds documentaire, deux jeunes salariées à temps complet depuis janvier, deux autres à temps partiel. À l’origine ses objectifs étaient de “pacifier les relations entre féministes” et de regrouper les 16 associations adhérentes : “espace ressource pour toutes et tous, laboratoire d’idées féministes en faveur de l’égalité femmes-hommes dans tous les domaines. Des évènements (conférence, exposition, table ronde, concert, projection...) selon des cycles définis dans son projet d’orientation 2017-2018”. Concrètement du 5 mars au 6 avril, beaucoup de propositions : projection-débat du film Hope, conférences avec des invité-es sur “Féminisme et lesbianisme”, ou “La liberté d’être femme et d’en jouir, le clitoris, histoire d’un tabou” , ou encore “La réparation judiciaire, femme et emprise”, “Femmes dans la musique”. Si l’on peut sans doute se féliciter de l’existence de ce lieu d’accueil d’associations qui se veut avant tout un espace de “créations évènementielles, un laboratoire d’idées féministes”, on peut s’interroger sur les stratégies communicationnelles de la municipalité qui sont à l’œuvre quand dans le même temps, les situations de femmes seules, brutalisées restent sans réponse institutionnelle.

N’est-il pas, aussi, troublant de voir, à proximité, que l’existence du mémorial de l’esclavage associé à l’espace Delgrès, très subventionné-contrôlé, constituant également, une vitrine – certes utile – n’empêche pas la maire de Nantes d’exiger l’expulsion des exilé-es, laissant des jeunes, des femmes, des hommes, majoritairement d’origine africaine, à la rue. Cela avait été mis en lumière par A. Davis. Venue à Nantes pour l’inauguration elle avait déclaré : “le sort réservé aux exilé-es aujourd’hui est un crime contre l’humanité, comme le fut l’esclavage”. Autrement dit la prise en compte des besoins des femmes, associée à la lutte pour l’égalité des droits, renvoie au “dire”, mais surtout “au faire” !

Rosa
L’Émancipation syndicale et pédagogique – 3/04/2018 - page III (11)


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