Une belle histoire de l’Homme

Culture
mardi 27 février 2018

Le titre peut paraître dispenser une vision sexiste de l’Humanité. C’est pourtant celui d’un grand petit livre (316 pages) qui aborde quelque 60 questions mi-naïves mi-espiègles que nos élèves pourraient nous poser. Nous laissant soit dubitatifs soit victimes d’idées reçues.

Quelques éminents chercheurs, la plupart exerçant au Musée de l’Homme (MNHN), sont appelés à y répondre. Dans leur savante modestie ils se contentent d’indiquer l’état actuel des recherches dans le domaine de l’archéoantropologie (parfois prédictive) qu’on pourrait résumer par le fameux “Qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous ?” Vaste programme si on ajoute dans un rire faussement goguenard : “Et en quel état j’erre ?”.

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À titre d’exemple, s’est-on jamais posé cette question : “Pourquoi les hommes sont-ils plus grands que les femmes ?” Que les machistes ne se rengorgent pas trop vite, ce qui apparaît comme une évidence incontestable de la nature n’échappe pas à l’examen des pressions sociales, traditions et autres structures mentales culturelles qui, au fil des milliers de générations qui l’ont constituée, doivent être prises en compte dans la lente construction de l’humanité à la surface de la planète. Voilà comment Priscille Touraille (1) introduit sa réponse : “Les caractéristiques du corps humain ne sont pas toutes le produit de la sélection naturelle. Une évolution exercée par des pressions de sélection sociale est, de façon très probable, responsable de l’inscription d’un certain nombre de traits dans le génome. L’écart de stature entre hommes et femmes en est un exemple remarquable”.

Priscille Touraille bâtit sa démonstration en trois temps  : “Qu’est-ce qu’une différence « sexuée » ?”, “Qu’est-ce que le genre ?” et “Des différences sexuées sous la pression du genre”. Elle livre en conclusion que “L’idée que les hommes doivent être plus grands que les femmes crée une pression de sélection sociale. Une idée bel et bien capable, sur le long terme, de produire des hommes plus grands que les femmes. Toutes les différences « sexuées », inscrites dans le génome, ne peuvent donc pas être qualifiées de « naturelles ». Il peut exister des différences biologiques qui ont une origine parfaitement sociale”.

Ainsi les injonctions idéologiques peuvent, surtout si elles sont maintenues sur un très long temps, produire une sélection qui s’inscrira dans le génome. Le hasard et la nécessité ne sont donc pas les seuls paramètres à présider aux caractéristiques de la lignée (2) d’une espèce. La culture avec ses préjugés entre aussi en compte.

Avec étonnement parfois, humilité souvent, nous voilà plongés dans l’histoire de l’Humanité. La lente, très lente histoire de l’Humanité qui nous épargne les épopées des divers tyrans qui prétendent faire le monde. Nous sont épargnées également les fables religieuses. Ainsi apprend-on que si l’accouchement dans l’espèce humaine est bien un moment de traumatisme et de danger pour l’enfant comme pour la mère, il n’est nullement la punition du péché originel condamnant la femme à “enfanter dans la douleur” mais un compromis de l’évolution aux étonnantes conséquences.

  • Une belle histoire de l’Homme , sous la direction d’Évelyne Heyer (3), préface d’Yves Coppens, Éditions Flammarion, collection Champs sciences, 2015, format poche, octobre 2017, 9€.
  • À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).

    (1) Socio-anthropologue, chargée de recherche au CNRS, laboratoire d’éco-anthropologie et d’ethnologie (CNRS/MNHN/Université Paris Diderot).