Un nouveau système éducatif au Rojava

lundi 26 février 2018

Pierre Bance, auteur notamment de Un autre futur pour le Kurdistan ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique (voir L’Émancipation n°7, mars 2017) suit de près l’évolution du Rojava. Il nous a transmis un lien vers un article en anglais, publié sur le site de l’agence ANHA Hawar News Agency.

L’agence ANHA, proche du Parti de l’union démocratique (PYD), diffuse en anglais des informations sur la réforme de l’enseignement au Rojava et dans le Nord de la Syrie. Bien que le pays souffre d’un manque d’écoles et d’enseignant.e.s, les municipalités kurdes ont entrepris la réforme de l’école et la mise en place “d’un nouveau système éducatif” sur les principes suivants :

  • le but de l’école n’est pas seulement d’instruire mais "d’apprendre" la vie ;
  • en conséquence, les examens sont remplacés par une évaluation continue fondée sur l’échange ;
  • l’école reconnaît le plurilinguisme et enseignera en langues kurde, arabe et syriaque afin de permettre à chaque élève d’apprendre sa langue maternelle.

Cela manque de détails, mais on comprend l’intention. C’est un exemple supplémentaire de l’ambition des kurdes de Syrie de mettre en œuvre et en pratique leur projet de municipalisme libertaire. Même si on ne sait pas combien d’école sont concernées ni combien d’élèves bénéficieront de cette “réforme”, les différents acteurs du Rojava veulent faire savoir que leur projet n’est pas que des mots...

Pierre Bance

Un nouveau système éducatif

Dans le cadre du Mouvement pour une société démocratique, le Comité chargé de la formation a aboli le système d’examens à la fin de l’année et de chaque semestre, et a instauré un système de contrôle en cours de formation.

Le contrôle en cours de formation en lieu et place des examens

Le secteur éducatif connaît une renaissance remarquable dans le Nord Syrie, où l’Administration Démocratique Autonome a fait voler en éclats les structures éducatives traditionnelles. Un nouveau cursus est en préparation. Il devrait permettre aux habitant.e.s d’apprendre leur langue natale : le Kurde, l’Arabe et le Syrien devraient être enseignés dans les écoles du Rojava et du Nord Syrie.

Le 24 septembre dernier, les écoles ont été officiellement ouvertes par le Comité pédagogique et éducatif. À la fin du premier semestre, un nouveau système a été créé par le Comité pour remplacer les examens. Les élèves sont évalué.e.s en termes de comportement, de participation et de restitution des connaissances.

Des écoles pas assez nombreuses et une augmentation du nombre d’élèves

Un membre du Comité de l’administration scolaire du canton de Kobane, Barakat Al-Hamo, souligne le manque d’écoles alors que le nombre d’élèves augmente de jour en jour, spécialement après la stabilisation de la sécurité dans la région et le retour des habitant.e.s : “nous avons besoin d’écoles, et le comité s’efforce d’entretenir et de construire de nouvelles écoles”. Il ajoute : “les écoles des villages du canton ont besoin d’être entretenues en ce qui concerne les portes, les fenêtres et autres réparations mineures. Le comité s’est déjà occupé de certaines d’entre elles, mais cela ne suffit pas. En plus de cela, une école est actuellement en construction dans le quartier kurde de Kaniya”.

Al-Hamo fait remarquer qu’avec l’augmentation du nombre d’élèves, on fait face à un autre problème qui est le manque de professeur.e.s. Il souligne cependant que ce problème devrait pouvoir être résolu, grâce aux instituts de formation qui dispensent des cours pour former les futurs enseignant.e.s, et grâce à l’ouverture d’une université dans le canton.

Un nouveau système éducatif

Al-Hamo explique les changements qui vont affecter le système éducatif pendant l’année en cours. “Lors de la conférence du Comité à l’éducation du Mouvement pour une société démocratique, nous avons décidé de ne plus organiser d’examens. En effet, le système d’examens n’accorde pas plus d’une heure à l’élève pour être évaluéE. À la place, nous mettons en place un système d’évaluation des élèves par les professeur.e.s, en plus d’épreuves orales.”

Barakat al-Hamo remarque que “les professeur.e.s passent beaucoup de temps avec les élèves et peuvent les évaluer dans tous les aspects de leur apprentissage : les connaissances, la culture, la méthode, les recherches personnelles, ainsi que la participation aux événements qui ont lieu dans l’école. Le but de ce système est que les élèves appliquent concrètement dans leur vie personnelle chaque chose qu’ils et elles apprennent à l’école, sans se contenter de mémoriser les informations qu’ils et elles reçoivent”.

Shilan Mohammed, Kobane (T/S) ANHA

Traduction : Guillaume