Hommage à Michel Verret, sociologue et militant

mardi 20 février 2018

Michel Verret a ouvert une porte dans la sociologie : né en 1927, mort en novembre 2017, il était sociologue mais aussi philosophe, poète , militant, notamment au PC jusqu’en 1978, et puis il fut professeur à l’Université de Nantes où à partir des années 70, il a apporté une contribution essentielle à la sociologie des classes ouvrières et populaires.

C’est en 1967 qu’il intègre le département de sociologie que son ami J.C. Passeron vient de créer dans cette ville, et je me souviens de ses cours passionnants et de sa critique ironique et souriante de “Mister marchandise” et de “Camarade bureau”.

Dans une vraie dynamique de la sociologie à Nantes, il est cofondateur en 1972 du LERSCO (Laboratoire d’études et de recherches sociologiques sur la classe ouvrière) qui s’installe dans un petit château sur le campus, château aujourd’hui occupé par des exilé-es et des étudiant-es !

Auteur d’une trilogie (publication des deux premiers volumes en 79, 82, puis du troisième en 1988 son ouvrage consacré à la “culture ouvrière” ouvre des perspectives : Michel Verret y associe différentes enquêtes (statistiques, ethnographiques, historiques) et donne à voir dans un style fluide, littéraire des représentations nuancées d’un monde ouvrier jusque là mythifié, héroïsé dans la réthorique politico-syndicale et toujours plus dévalorisé dans le discours médiatique.

Une approche vivante de la culture ouvrière

Quand Bourdieu montre dans la Distinction que l’intériorisation implacable de la nécessité caractérise la culture du monde ouvrier, des classes populaires : une domination intériorisée qui ne laisse aucun échappatoire, une mise en lumière redoutable du déterminisme débouchant sur du fatalisme, Michel Verret veut aussi voir et trouve des dimensions créatives dans les cultures ouvrières, populaires.

Pour lui, des marges d’action, de lutte, de résistance sont possibles à condition que la classe ouvrière puisse s’organiser dans des collectifs et fonctionne en “classe sujet”.

Son approche marxiste des classes sociales sera parfois qualifiée de “marxisme hétérodoxe ou rousseauiste”, une forme “d’amour marxiste” écrira J.P Molinari, sociologue nantais dans l’avant propos de Éclats sidéraux en 1992.

Merci à eux : ils ont “formé” à Nantes des centaines d’étudiants à ces approches jusque dans les années 90 ; pour ma part, ils m’ont ouvert des fenêtres sur le monde.

E. Lefèvre


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