Le CRIF ne représente pas les Juifs et Juives de France

vendredi 19 janvier 2018
par  Catherine

L’UJFP s’adresse solennellement aux Juifs et Juives de France.

Il nous mène à la catastrophe

Donald Trump vient de violer un peu plus le droit international en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et en mettant fin pour longtemps à toute perspective de paix fondée sur l’égalité des droits et la justice au Proche-Orient.

Il confirme son alignement complet sur les Chrétiens sionistes américains (qui sont des antisémites) et sur un gouvernement israélien d’extrême droite qui a totalement libéré la parole raciste ou la déshumanisation de “l’autre”.

La dernière déclaration du CRIF demandant que la France imite Trump est ahurissante.

Le CRIF est issu de la résistance. Il a été fondé avec le souci de représenter les Juifs et Juives de France dans toute leur diversité après le génocide nazi.

Cette diversité était encore perceptible quand Théo Klein en était le président (1983-89). Théo Klein a rompu avec le CRIF en 2012.

Le CRIF est devenu, à l’image de l’AIPAC aux États-Unis, une officine totalement inféodée à l’extrême droite israélienne. En 2001, l’ancien président Bush avait déclaré “la guerre du bien contre le mal”, le mal étant les Arabes, les musulmans et musulmanes, le Tiers-monde. Le CRIF essaie d’enrôler les Juifs et Juives de France dans ce camp-là, ce qui est une rupture complète avec leur histoire. L’histoire des Juifs et Juives de France, c’est la lutte pour l’émancipation. Elle est marquée par l’acquisition de la citoyenneté pendant la Révolution française, par l’Affaire Dreyfus pendant laquelle les Juifs et Juives ont reçu le soutien de la partie progressiste de la société française, par la résistance juive au nazisme, par l’engagement massif de Juifs et Juives dans des combats pour l’égalité et la justice sociale.

Faut-il énumérer les actes les plus scandaleux et les déclarations racistes du CRIF ?

En 2002, l’ancien président du CRIF Cukierman déclare que le score de Le Pen était “un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles”.

Le 31 décembre 2016, William-Gilles Goldnadel, par ailleurs avocat de Florian Philippot et Patrick Buisson (qui a dirigé pendant des années le torchon antisémite Minute) explique que : “des colonies de peuplement, contre l’avis des autochtones, il y en a en Seine-Saint-Denis. Un Juif est moins étranger en Judée”.

Faut-il rappeler les campagnes haineuses contre Jean Ferrat (dont le père a été assassiné à Auschwitz) accusé d’avoir écrit une chanson antisémite (Nuit et Brouillard ! ) ? Ou la campagne contre Charles Enderlin accusé d’avoir “trafiqué” les images sur la mort du petit Mohammed al-Dura à Gaza en 2000 ?

Faut-il rappeler les “dîners du CRIF” ? La classe politique choisit, en y allant, ses “bons” Juifs et Juives, ceux et celles qui sont du côté du pouvoir. Ce jour-là, les politiciens et politiciennes sont sommé-e-s de faire allégeance. Ils et elles sont instantanément traité-e-s d’antisémites s’ils ou elles émettent le moindre doute sur la politique israélienne.

Non seulement le CRIF soutient une politique raciste contre les Arabes et criminelle contre les Palestiniens et Palestiennes, mais cette politique est totalement suicidaire pour les Juifs et Juives que le CRIF met sciemment en danger. Cette politique tourne délibérément le dos à la demande légitime de sécurité à laquelle elle prétend répondre.
Quand Nétanyahou explique aux Juifs et Juives de France que leur pays, c’est Israël et qu’ils doivent partir, on est ahuri du silence d’approbation du CRIF : aucun antisémite depuis Vichy n’avait osé dire aux Juifs et Juives qu’ils n’étaient pas chez eux et chez elles en France. Est-ce la position du CRIF ? Le CRIF soutient-il la loi qui va être présentée à la Knesset faisant d’Israël l’État-Nation du peuple juif, excluant les Palestiniens et Palestiniennes et transformant les Juifs et Juives de France en étrangers et étrangères dans leur propre pays ?

Quand Nétanyahou fait une déclaration totalement négationniste (21 octobre 2015) à savoir qu’Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs et Juives et que c’est le grand Mufti qui lui aurait soufflé cette solution, on est stupéfait. Le CRIF prétend pourtant défendre la mémoire du génocide.

L’UJFP s’adresse aux Juifs et Juives de France : vous avez une histoire, une mémoire, des identités multiples. Votre place n’est pas au côté d’une officine raciste qui soutient inconditionnellement l’occupation et la destruction de la Palestine. Officine qui essaie de vous séparer des victimes du racisme quotidien.

Si vous n’êtes pas persuadé.e.s que la politique du CRIF est immorale et tourne le dos à toutes les valeurs juives, soyez persuadé.e.s qu’elle vous met sciemment en danger.

La place des Juifs et juives de France, c’est d’être au côté de toutes les victimes du racisme ou du colonialisme, c’est d’être pour le “vivre ensemble” et l’égalité des droits. En France et au Proche-Orient.

Bureau national de l’UJFP,
vendredi 8 décembre 2017

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 3/01/2018 - page 7