Un mois dans le monde

samedi 2 décembre 2017

Libye

Six ans après l’invasion occidentale, le renversement et l’assassinat du dictateur Kadhafi, le chaos s’organise. On dénombre officiellement 42 camps de concentration (pardon d’internement). Il y en a sûrement plus d’une centaine. Ces camps sont gérés par des mafias liées à un des gouvernements rivaux. Ceux qui les gèrent sont de fait payés par l’Europe pour “retenir” le plus longtemps possible les migrantEs. Au passage, on les violente, on les torture et on les rançonne. Les victimes ne viennent pas seulement des pays du Sahel, on y trouve de plus en plus des gens venus du Bengale ou d’autres pays asiatiques venus travailler en Libye quand ce pays avait un État.

Kirkouk

Le référendum sur l’indépendance du Kurdistan a une forte odeur de pétrole. Au moment de la débandade des troupes irakiennes face à l’État islamique (2014), les peshmergas kurdes avaient défendu la ville et conquis la province. Le Kurdistan irakien vivait largement du pétrole de Kirkouk qui ne fait pas partie du Kurdistan irakien autonome. Dès l’annonce du référendum, les troupes irakiennes ont lancé l’assaut et réoccupé la ville, privant le Kurdistan de ses principales ressources.

Somalie

Le carnage de Mogadiscio (plus de 300 mortEs le 14 octobre) est une conséquence de la désagrégation du pays depuis la chute de l’ancien dictateur Siyaad Barre (1991). Les interventions étrangères (notamment celles des États-Unis et de l’Éthiopie) et l’appui international à des factions corrompues ont fait le jeu du groupe Al-Chebab lié à Al Qaïda.

Espagne

Quand les dirigeantEs provinciaux du Québec ou d’Écosse ont voulu organiser un référendum sur l’indépendance de leur province, ils/elles ont pu le faire. Et ils/elles l’ont perdu (deux fois au Québec) parce qu’une partie de l’électorat peut faire confiance à des indépendantistes au niveau régional sans franchir le pas de l’indépendance. On a maintenant la même situation en Corse.

En Catalogne, les méthodes utilisées par Rajoy, avec le soutien tacite du parti “socialiste” (n’oublions pas que Rajoy n’a qu’une majorité relative au Parlement) sont totalement inacceptables. Elles sont en plus stupides, il n’y a pas de majorité en Catalogne pour l’indépendance, mais les violences policières et l’emprisonnement d’éluEs rappellent trop le franquisme dont Rajoy est issu. En 2010, Rajoy avait profondément rogné le statut d’autonomie catalan, il est directement responsable de la crise actuelle.

Sinon, l’indépendantisme catalan a des aspects contradictoires. L’exécutif catalan est dirigé par la droite (en coalition avec la CUP, un parti d’extrême gauche). Cet indépendantisme ressemble un peu à celui des riches qui ne veulent pas payer pour des plus pauvres (Flandre, Italie du Nord, Slovénie autrefois). Mais il s’appuie aussi sur des décennies de protestation sociale, de refus de la royauté, de revendications linguistiques et culturelles. Cet indépendantisme est soutenu par une partie des immigréEs venuEs de différentes régions d’Espagne.

Autriche

Dans ce pays qui est un des plus riches d’Europe, c’est “à droite, toutes”. Le dirigeant du parti conservateur (Sebastian Kurz de l’ÖVP) s’est inspiré de Sarkozy en reprenant tous les thèmes racistes et xénophobes de l’extrême droite. Son parti a gagné 7,5 % des voix, mais cela n’a pas siphonné le FPÖ (qui est historiquement le parti des anciens Nazis). Celui-ci gagne aussi 5,5 % des voix et on s’apprête à avoir une coalition bien brune. Avec l’évolution perceptible en Pologne, Hongrie ou République Tchèque, l’Europe centrale vire dangereusement.

Portugal

L’expérience d’un gouvernement “socialiste” appuyé de l’extérieur par le PC et le Bloc de Gauche à condition qu’il refuse les oukases européens est populaire. Les socialistes ont nettement gagné les élections municipales. Ils ont pris de nombreuses municipalités à la droite … mais aussi au PC !

Allemagne

L’exception allemande en Europe n’existe plus. Il y a à présent, comme ailleurs, un puissant parti xénophobe et populiste qui a bâti son succès sur la peur des migrantEs. Le parti social-démocrate (SPD) paie chèrement ses années de cohabitation avec la droite et sa participation active à la généralisation de la précarité au travail. Il obtient le plus bas score de son histoire.

Israël

Les États-Unis et Israël se sont retirés de l’UNESCO. Le prétexte ? L’inscription de la ville palestinienne d’Hébron au Patrimoine mondial de l’UNESCO considéré comme une décision “antisémite” !!!

Jusque-là complice, l’ONU semble (un peu) se réveiller. Le Bureau des Droits de l’homme de l’ONU a écrit à 150 entreprises du monde entier pour les avertir qu’elles vont être inscrites sur une liste d’entreprises ayant des activités illégales dans les territoires palestiniens occupés. Parmi les 150, cinq sont françaises (Axa et quatre banques). On retrouve sur la liste Caterpillar, Teva, Ahava, Soda Stream, Hewlett-Packard et la quasi-totalité des entreprises israéliennes créées par le syndicat Histadrout.

En même temps, un rapport belge constate que l’étiquetage des produits des colonies israéliennes est une mission impossible. Cette distinction n’existe pas en Israël qui continue d’inonder le marché européen de produits théoriquement “illégaux”. Raison de plus pour boycotter TOUS les produits israéliens.

Sinon, l’apartheid se porte bien : le jeune franco-israélien Elor Azaria qui avait assassiné un Palestinien à terre et blessé à Hébron, a été libéré. Le prochain Tour d’Italie cycliste démarrera… à Jérusalem !!! Et l’on découvre qu’Israël est un des principaux fournisseurs d’armes à la Birmanie.

Pierre Stambul

Négationnisme ecclésiastique

Dans la bonne ville de Vannes, préfecture du Morbihan, la visite de la cathédrale est instructive. On y célèbre le martyr de l’évêque Monseigneur Urbain de Hercé, guillotiné en 1795 en oubliant juste de dire qu’il venait de débarquer depuis l’Angleterre avec l’armée des Émigrés. Dans le grand panneau retraçant 2000 ans d’histoire chrétienne, on lit avec intérêt : “1936-39, martyr de nombreux prêtres espagnols”.

Le “must”, c’est le grand personnage de la ville : Saint Vincent Ferrier, né à Valencia (Espagne) en 1350 sous le nom de Vicente Ferrer et mort à Vannes en 1419. “En 1378, il reçoit la prêtrise et commence la phase active de son existence : professorat, prédiction, politique…” Il y a juste un tout petit oubli dans l’éloge de ce grand homme : en 1391, à Ecija (Andalousie), ce prédicateur lance un grand appel au meurtre des Juifs/ves. Le pogrom parti d’Ecija tuera en six mois environ 100 000 Juifs et Juives (1/5 de la communauté juive d’Espagne). Ce sera le début de l’agonie du judaïsme espagnol qui s’achèvera par l’expulsion de 1492.

P. S.


Brèves

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