Femmes et emplois en France : tour d’horizon et quelques questions...

jeudi 31 août 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", numéro 1 de septembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Femmes et emplois en France :
tour d’horizon et quelques questions…

Les emplois des femmes se polarisent fortement selon la qualification et les politiques d’emploi contribuent à maintenir ou à accroître les inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail (chômage, salaires, carrières, trajectoires, statuts, retraites..). Ces inégalités relèvent aussi de la formation initiale, des rôles sexués dans la sphère domestique, des mentalités ancrées dans l’histoire et du juridique. Le débat, pertinent, passionnant, souligne alors les difficultés de la réflexion. Il s’est tenu avec la statisticienne Monique Meron à la Semaine d’Emancipation tendance intersyndicale, à Puivert (Aude), en juillet dernier.

Entre la recherche de l’égalité de pouvoir dans un système contesté et l’acceptation, sous prétexte d’indifférence ou au nom de la différence, d’une domination qui demeure unilatérale, les revendications féministesparaissent à la fois plus que jamais à l’ordre du jour et menacées d’ambiguïtés. Dans l’analyse d’abord, dans la stratégie ensuite, comment éviter les impasses ? De la tentation du repli familial au risque du tout-collectif, du compagnon à l’employeur, des institutions à l’entreprise, par où commencer ? Par l’école peut-être…

L’emploi change, les différences entre hommes et femmes persistent
L’activité féminine a poursuivi sa progression, au-delà du seul effet induit par les changements économiques. Depuis 1982, les emplois occupés par des femmes se sont accrus d’environ 25% tandis que l’emploi masculin a globalement stagné. La part des femmes dans l’emploi est ainsi passée de 40 à 46% (1).

Ces dernières décennies, les femmes ont été aux premières loges des changements dans l’emploi : le développement des services face au recul de nombreux secteurs industriels et de l’agriculture,la forte croissance des emplois de cadres et de techniciens, et la baisse des emplois d’ouvriers non qualifiés, s’accompagnent d’une augmentation de professions peu qualifiées souvent déjà très féminisées. Ce sont les domaines professionnels des services aux particuliers, de la santé, de l’administration et de la gestion qui contribuent le plus à la croissance de l’emploi (2).

Si les statistiques mettent en évidence l’augmentation forte de l’emploi des femmes, il s’agit cependant de l’emploi au sens du Bureau International du Travail (BIT), définition où il suffit d’avoir travaillé au moins une heure pendant la semaine pour être compté en emploi (voir encadré). En équivalent temps plein, le diagnostic serait plus nuancé (3) : la hausse de l’emploi féminin résulte essentiellement du travail à temps partiel, favorisé par différentes mesures de politiques d’emploi.

Les changements économiques contribuent à créer une polarisation entre d’une part des professions plus qualifiées où la mixité devient nettement plus fréquente et d’autre part des emplois peu qualifiés, souvent partiels, parfois précaires, surtout féminisés.

Plus d’emplois qualifiés pour les femmes et pour les hommes…
La féminisation importante des emplois qualifiés, en lien avec l’élévation des niveaux de formation (4), a été cependant très inégale selon les professions. Nombreuses à se diriger vers l’enseignement, les femmes sont plus souvent présentes dans les filières d’expertise que dans l’encadrement, parmi les cadres administratifs que dans les métiers techniques, certains domaines comme l’informatique et la recherche étant encore peu féminisés. De plus elles occupent rarement les postes les plus prestigieux, le phénomène du "plafond de verre" (décrit notamment par Jacqueline Laufer, comme un invisible obstacle aux promotions des femmes), reste, dans le privé comme dans le public, une réalité forte. Ces différences selon le genre renvoient d’une part à la gestion des personnels et d’autre part à l’orientation des jeunes dans les filières de formation.

…mais toujours de fortes spécificités.
La féminisation de certains métiers qualifiés n’a pas suffi à mieux répartir globalement l’emploi des femmes, qui reste très concentré. Les métiers les plus féminisés sont moins nombreux et ont des effectifs plus importants que ceux qui comportent une grosse majorité d’hommes. Mais ces constats sont liés aussi aux nomenclatures utilisées, certains métiers féminins (comme les secrétaires par exemple) étant moins précisément décrits que la plupart des métiers masculins, qui font l’objet de reconnaissances plus claires et d’enjeux dans les négociations professionnelles (comme les ouvriers par exemple) (5).

Les écarts de rémunérations entre les hommes et les femmes ne se réduisent pas. Ces écarts sont difficiles à mesurer car ils varient selon le champ observé et la source utilisée (6). Globalement, 29% séparent les salaires mensuels des hommes et des femmes (7) ; si on élimine l’effet du temps de travail, on arrive à un écart entre salaires horaires de 11%. En prenant en compte les différences d’ancienneté, de qualification et d’expérience, de structures d’emploi (secteur, particularités du poste, statut, région…), les économistes "expliquent" en partie (pas totalement) comment les différentes composantes des inégalités entre hommes et femmes contribuent à cet écart total. Sur le terrain, la revendication "à travail égal, salaire égal" et l’application des lois sur l’égalité professionnelle posent de nombreux problèmes.

Des "miettes emplois" pour beaucoup de femmes

Les femmes occupent l’essentiel des emplois non qualifiés.
Il y a vingt ans, la population des emplois non qualifiés était majoritairement ouvrière, masculine et industrielle. Elle est maintenant en grande partie employée, féminine et tertiaire. 30% des femmes qui travaillent ont un emploi non qualifié. Au total, 80% des salariés à bas salaire sont des femmes (8).

Si les hommes ont le plus pâti du repli de l’emploi industriel, un grand nombre de femmes ont investi les emplois tertiaires qui se développaient, mais ces emplois sont souvent instables ou à temps partiel, à horaires atypiques, et sans perspectives d’évolution (9). Des emplois de quelques heures par semaine sont de plus en plus comptés, suite, d’une part, à certaines mesures politiques (comme les chèques emploi-services) qui favoriseraientà la fois leur sortie du secteur informel et leur multiplication, d’autre part, au besoin grandissant des métiers d’aide à la personne (aide aux personnes dépendantes, gardes d’enfants, employées de maison…). Beaucoup de ces emplois sont occupés par des femmes relativement âgées, en reprise d’activité.

Plus d’un million de salariés (soit 4,8%), dont 85% de femmes, ont plusieurs employeurset ce type d’emplois augmente. Depuis que le travail de nuit et du soir est ouvert aux femmes, il se développe surtout chez les femmes, en particulier dans les services (10).

L’apanage du temps partiel et beaucoup de précarité
Les femmes occupent 80% des emplois à temps partiels : 30% des femmes qui ont un emploi travaillent à temps partiel (contre 5% des hommes), souvent contraint et souvent aussi avec des horaires atypiques (11). 30% des femmes employées à temps partiel souhaiteraient travailler davantage (c’est l’essentiel du "sous emploi"). L’imprévisibilité des horaires d’une semaine sur l’autre ne permet pas à de nombreuses femmes de concilier vie professionnelle et vie familiale (12).

La part des "formes particulières d’emploi" – apprentissage, intérim, stages et contrats aidés, CDD – a doublé depuis 1982, passant de 6% à plus de 12% de l’emploi total en 2005. Les jeunes, aussi bien les hommes que les femmes, sont les plus touchés. En revanche, après 25ans, les femmes sont plus exposées à ces emplois "atypiques", et notamment aux contrats à durée déterminée ; l’intérim et l’apprentissage, moins fréquents touchent plutôt des hommes. Les femmes sont surtout concernées par les CDD ou par les dispositifs d’attente des politiques de l’emploi, et elles sont moins nombreuses que les hommes à en sortir vers l’emploi stable.

Par ailleurs, les femmes sont toujours les premières atteintes par le chômage (13). Si elles y restent moins longtemps que les hommes, c’est parce qu’elles en sortent plus souvent vers l’inactivité que vers l’emploi, et, lorsqu’elles en sortent vers l’emploi, c’est plus souvent que les hommes vers un contrat à durée déterminée. Les femmes sont les premières victimes de la déstructuration du marché du travail et des phénomènes de précarité croissante. Les mères de famille monoparentale, les femmes immigrées et les femmes bénéficiaires des minima sociaux sont particulièrement fragilisées (14).

Pauvres et retraitées
L’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale s’inquiète de l’augmentation du nombre de femmes pauvres, notamment parmi les retraitées. La grande majorité des retraités "pauvres" (touchant le minimum vieillesse) sont des femmes (83%). Quant aux pensions de retraite des femmes, elles sont inférieures de 42% à celles des hommes, du fait de carrières plus courtes et plus discontinues et de rémunérations plus faibles. Sans les avantages familiaux (notamment les pensions de reversions en cas de décès du conjoint), l’écart se creuse (53%) ; si l’on ne tenait compte que des carrières complètes, l’écart resterait cependant de 35%. Du fait de la montée du taux d’activité des femmes, ces écarts tendent à se réduire, mais ils seraient encore de 25% en 2040.

Après avoir été ignorées, les différences de genre ont fait l’objet d’une étude spécifique du Conseil d’orientation des retraites (COR) (15) et les effets des réformes de 1993 et 2003 sur les inégalités hommes-femmes viennent de donner lieu à une simulation qui montre qu’elles tendraient à freiner la réduction des écarts de pensions en fonction du sexe, et que l’allongement de 10 à 25 ans du nombre d’années prises en compte dans le calcul du salaire de référence pénalise particulièrement les femmes aux carrières discontinues (16).

Des inégalités qui dépassent le cadre du travail
La relation des femmes à l’emploi est le produit de multiples facteurs et de tendances imbriquées. Dans nombre de débats, la dimension spécifique du travail des femmes est oubliée, or leur situation doit être envisagée dans son ensemble. Une approche pluridisciplinaire (historique, économique, sociologique, juridique) permet de mieux l’appréhender dans sa spécificité.

Par exemples, un écart de rémunération entre une salariée et son alter ego masculin va s’expliquer à la fois par des différences de filières de formation et de parcours, d’éventuelles interruptions pour raisons familiales (enfants…), mais aussi par la représentation de l’employeur qui présuppose une moindre disponibilité ou redoute des maternités à venir, une histoire qui privilégie l’idée de "salaire d’appoint" quand il s’agit de payer les femmes, la moindre revendication des femmes elles-mêmes dont les références et les ambitions sont plus modestes que celles des hommes, un relais moins important dans les instances de négociations… la très grande précarité résulte souvent d’une série d’événements où le genre n’est pas neutre - perte d’emploi, rupture familiale, perte du logement, difficulté de garde d’enfants, etc.

La marche vers l’égalité ne se décrète pas et nécessite des efforts de très longue haleine, notamment en matière éducative et culturelle.

Le poids de l’histoire ?
Les femmes subissent de longue date des discriminations sur le marché du travail, à l’embauche, dans les rémunérations, les carrières... Du "salaire d’appoint" aux compétences supposées "féminines", les historiennes rappellent comment les femmes, même quand elles remplaçaient ou côtoyaient des hommes dans les usines de la métallurgie au début du siècle, étaient payées moitié moins, sous prétexte qu’elles avaient moins de besoins que l’homme (seul reconnu en charge d’une famille) et que leurs qualifications étaient niées (6).

Les compétences dites "féminines" sont considérées comme "naturelles" et peu reconnues. Cela explique en partie les salaires relativement faibles de certaines catégories (ouvrières de l’industrie textile, secrétaires), et aussi dans des domaines comme la santé, l’enseignement, les tâches d’organisation, de soins à la personne, d’éducation des enfants, étant dévolues aux femmes.

Par ailleurs, historiquement, les femmes revendiquent moins. D’une part elles n’ont pas été intégrées dans les instances syndicales (qui ont parfois craint la concurrence de l’embauche de salariées à bas prix) et elles restent aujourd’hui sous-représentées dans les élections professionnelles (17). D’autre part, alors qu’elles sont moins bien payées, les femmes se disent, autant que les hommes, satisfaites de leur salaire compte tenu du travail qu’elles fournissent. Alors que les hommes se comparent à leur père et à leurs collègues et supérieurs hiérarchiques masculins, les femmes mesurent le chemin parcouru depuis la génération de leur mère et se réfèrent plus volontiers à d’autres femmes moins bien payées ou sans emploi (6).

Pourtant, bien que pensé comme salaire d’appoint, dans les couples, le salaire des femmes joue un rôle essentiel dans les dépenses collectives du ménage ; chiffres à l’appui, un euro versé aux femmes sera, par exemple, plus souvent attribué à l’éducation et aux soins des enfants et moins souvent aux dépenses personnelles des adultes qu’un euro versé à l’homme (6).

Familles et tâches domestiques : les femmes d’abord ?
L’essentiel de l’articulation des tâches familiales et professionnelles repose toujours sur les épaulesdes femmes. D’après les enquêtes sur l’emploi du temps, hors étudiants et retraités, les hommes sont en moyenne 2h quotidiennes de plus que les femmes au travail, alors que les femmes consacrent, par jour, près de 2h 45mn de plus que les hommes aux tâches domestiques et familiales. Au sein des couples bi-actifs (c’est-à-dire où les deux membres travaillent), les hommes consacrent 2h 14mn quotidiennes aux tâches domestiques et familiales, que leur conjointe travaille à temps partiel ou à temps plein ! Les femmes qui travaillent à plein temps passent moins de temps à ces tâches que celles qui sont à temps partiel (3h 55 au lieu de 4h 29), mais elles mordent aussi plus que tout autre sur leur temps libre et leurs loisirs. Tous comptes faits, l’écart de "temps libre" entre hommes et femmes travaillant à temps plein atteint, en moyenne, 49mn par jour (6).

Comment faire évoluer les mentalités en matière de partage des tâches familiales ? Rendre les pères plus "ordinaires" quand ils s’occupent d’enfants ? Les conjoints aussi "normaux" que les conjointes lorsqu’ils font le ménage ?

Politiques publiques et stéréotypes à changer ?
Qui doit s’occuper des enfants ? Le travail des femmes est étroitement corrélé au développement des services d’accueil des enfants. Or, l’offre de places pour les enfants de zéro à trois ans, en France, est très nettement insuffisante, et les mesures incitatives telles que les déductions d’impôts ne concernent finalement pas les catégories les plus défavorisées. Actuellement 64% du temps de garde nécessaire pour un enfant entre 0 et 2 ans est assuré par les parents et 8% par un autre membre de la famille, les 28% restant se partagent entre assistantes maternelles (18%) la crèche (9%) et la garde au domicile des parents (1%). A partir de 3 ans, les enfants sont quasiment tous scolarisés.

L’idée que c’est d’abord aux familles de s’occuper des enfants est plus que jamais mise en avant. Echec scolaire, délinquance, chômage des jeunes, les familles sont responsables, ou "à responsabiliser" pour instruire et éduquer leurs enfants. Aux familles (aux femmes ?) de se débrouiller, coûte que coûte. Sinon, on va même jusqu’à menacer leurs allocations familiales.

Revendiquer plus de modes collectifs de garde d’enfants est presque devenu démodé ; cela va de pair avec un individualisme qui provoque de drôles d’amalgames. Les femmes ont-elles raison de rechercher du travail à plein temps et des carrières égales à celles des hommes ? Ne vont-elle pas y perdre leur âme et faire souffrir leurs enfants ? C’est oublier que les enfants qui souffrent sont d’abord ceux dont les parents sont chômeurs ou dans des situations précaires, qui n’ont pas accès aux crèches, seul mode de garde dont le prix est proportionnel au revenu. C’est oublier que malgré tout le plaisir d’avoir des enfants, ils n’appartiennent pas qu’aux parents, c’est oublier qu’on élève mieux les enfants quand on est entouré, à plusieurs, soutenu, conseillé et aidé. Il est devenu indécent de souhaiter des crèches ouvertes 24h sur 24 (ce qui ne signifie pas que les parents y laisseraient leurs enfants jour et nuit, mais que ceux dont les horaires sont décalés, les transports compliqués, pourraient compter sur la disponibilité d’une structure sûre et adaptée), il est problématique de vouloir des écoles (des collèges, des lycées…) accueillantes au-delà des heures de cours.

Exiger des femmes une disponibilité quotidienne au mépris de leurs contraintes d’horaires de travail, dire à celles qui se battent pour exercer pleinement leur métier, contre la discrimination dans les embauches et les carrières, que l’enjeu n’en vaut pas la peine, c’est oublier que pour changer et partager le pouvoir, il faut y avoir accès, en toute indépendance.

Renforcer les gardes collectives et le rôle social de l’école est le seul moyen pour que le travail des mères soit pris en compte et respecté, et aussi pour que les professions de garde et d’éducation des enfants s’exercent de façon encadrée, selon des compétences reconnues, et rémunérées comme telles, sans être à la seule merci des seuls particuliers employeurs.

Des politiques publiques plus cohérentes ?
Les politiques familiales vont parfois à l’encontre de la sécurisation des femmes sur le marché du travail. La politique de développement du temps partiel, l’extension du congé parental, la réforme des retraites, ont renforcé le risque pour certaines femmes de basculer vers la précarité.

L’extension du congé parental, en 1994, a fait considérablement chuter le taux d’activité des mères de deux enfants, en particulier parmi les moins qualifiées qui rencontrent par la suite des difficultés de réinsertion accrues, faute d’encadrement. Si certaines femmes bénéficient d’un congé parental, mais occupent et retrouvent un emploi stable doté d’un statut relativement protecteur, d’autres se retrouvent engluées dans une précarité dramatique. Le temps partiel s’est développé, à partir des années 1990, afin de partager le travail et de lutter contre le chômage ; or, cette mesure générale a principalement touché les femmes et s’est avérée très négative à moyen terme. On ne peut jeter la pierre à une femme qui, parce qu’elle est confrontée à un emploi pénible, avec des horaires atypiques l’empêchant de voir ses enfants, finit par opter pour un congé parental ou un temps partiel. Mais ce serait aux pouvoirs publics de voir que cette femme, après trois ou six ans de congé parental, rencontrera de grandes difficultés pour se réinsérer, et se trouvera en grande difficulté en cas de rupture conjugale, avec pour seul recours les minima sociaux.

La relation des femmes au marché du travail est plus lâche et discontinue que celle des hommes. Il devient urgent d’améliorer, de réguler les conditions de travail dans certains emplois, de favoriser la qualification progressive des salarié-e-s, le contrôle de l’amplitude des horaires, en particulier quand les employeurs sont multiples, de réduire l’ampleur des horaires atypiques. Si on ne peut empêcher tout travail à horaires atypiques, il faudrait condamner la malléabilité des horaires, souvent pratiquée par les entreprises, accompagner le retour à l’emploi après interruptions et la possibilité de passer de temps partiel à temps plein. Comment encadrer, professionnaliser et offrir des perspectives aux emplois de service ? Pallier à l’absence de conventions collectives, d’évolution de carrière, de reconnaissance professionnelle ? Du côté des politiques familiales, peut-on imaginer d’autres formules de congé parental, plus courtes et mieux rémunérées, pour attirer davantage de pères ? La problématique du genre est trop souvent négligée dans les politiques publiques.

Lutter contre les stéréotypes à l’école ?
Bien que les parcours scolaires des filles soient plus rapides et qu’elles présentent de meilleurs taux de réussite au baccalauréat, elles sont souvent orientées vers des filières moins rentables qui les placent dans des situations plus instables (18). Pour augmenter le degré de mixité dans chaque filière, il faudrait favoriser un peu l’orientation des filles vers les sections techniques, industrielles et scientifiques mais surtout l’orientation des garçons vers les sections littéraires et sociales. Les stéréotypes de sexe et les normes de masculinité et de féminité, à l’œuvre sur le marché du travail, dictent les conduites d’orientation des garçons et des filles, mais également le comportement des parents et des enseignants (19). Or les compétences n’ont pas de sexe car elles s’acquièrent et il n’existe pas non plus de qualités "innées" féminines ou masculines (20).

Comment réfléchir aux orientations scolaires, bouger les représentations ? Les chargés de mission à l’égalité des chances placés auprès des recteurs n’ont pas vraiment les moyens de modifier les stratégies d’orientation ; la formation des enseignants est, sur ce point, pratiquement inexistante ; les cadres supérieurs de l’Éducation nationale ne s’impliquent pas alors que la clé est la formation initiale et continue des acteurs du système éducatif. Le rôle des familles, principal facteur d’inégalités dans la réussite scolaire, est plus que jamais renforcé ; les parents interviennent de plus en plus dans les devoirs, font appel aux cours particuliers…. L’école (et le collège) ne pourrait-elle s’organiser pour garder et occuper mieux et plus longtemps les enfants en dehors des cours ? L’école est l’un des lieux privilégiés où la société peut réfléchir sur elle-même et se remettre en cause. A ce titre elle est un espoir, dans la lutte contre les inégalités, sans oublier la problématique du genre.

Monique MERON

(1) Femmes, genre et sociétés, l’Etat des savoirs , Margaret Maruani(dir.), La découverte, 2005.

(2) Les métiers tertiaires occupent aujourd’hui plus de trois quarts (76%) des emplois, contre 60% en 1982, et depuis le milieu des années 90, les employés sont désormais plus nombreux que les ouvriers.

Définitions

De quoi parle-t-on ?

L’emploi, le chômage et le sous-emploi sont ici "au sens du BIT" (1). Ces définitions strictes ont l’avantage d’être, en général, stables dans le temps (pour mesurer des évolutions) et dans l’espace (pour les comparaisons internationales, la définition étant indépendante des institutions locales, donc, en principe, des manipulations trop faciles). Elles ont l’inconvénient d’exclure de la mesure du chômage tout un "halo" de catégories qui en sont proches (chômeurs découragés, dispensés de recherche d’emploi, personnes non disponibles immédiatement, personnes travaillant un petit peu…), et d’inclure dans la mesure de l’emploi des personnes travaillant très peu.

Les demandeurs d’emploi : personnes à la recherche d’un emploi qui sont inscrites sur les listes de l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE). On parle de Demandeurs d’Emploi en Fin de Mois (DEFM), classés en catégories selon le type d’emploi recherché, leur disponibilité, et la pratique d’une "activité réduite" au cours du mois écoulé. Les statistiques du "marché du travail" privilégient les demandeurs d’emploi "de catégorie 1", c’est-à-dire, ceux qui recherchent un emploi à temps plein, en contrat à durée indéterminée et qui n’ont pas travaillé plus de 78 heures au cours du mois. Les statistiques sur les demandeurs d’emploi sont construites à partir de fichiers administratifs, ceux qu’utilise l’ANPE pour son activité. De ce fait, elles sont sensibles aux modifications des règles de gestion de l’Agence.

(1) L’activité comptabilise les personnes en emploi ou au chômage, autrement dit « sur le marché du travail ».

Le chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) comptabilise les personnes qui sont simultanément : sans travail, à la recherche effective d’un emploi (salarié ou non salarié), et disponibles pour travailler. Le chômage au sens du BIT est estimé à partir d’enquêtes auprès des personnes.

Les personnes qui ont un emploi ou qui ont travaillé « ne serait-ce qu’une heure » pendant la semaine enquêtée, sont comptées en emploi, au sens du BIT.

Les limites de l’emploi : les stages sont exclus en principe, l’aide familiale est comprise, le travail domestique, le travail illégal , le troc (travail contre logement par exemple) sont exclus, les congés, congés de maladie de moins de 3 mois et congés maternité sont inclus, les congés parentaux sont exclus, quant aux congés formation : ça dépend (de la longueur et du statut notamment).

Le sous-emploi comprend l’ensemble des personnes qui travaillent moins que la norme de leur profession, souhaiteraient travailler davantage et seraient disponibles pour le faire.