Semaine de l’Emancipation Tendance Intersyndicale : actualité du syndicalisme révolutionnaire et de la Charte d’Amiens

jeudi 31 août 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", numéro 1 de septembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Semaine de l’Emancipation Tendance Intersyndicale :
actualité du syndicalisme révolutionnaire
et de la Charte d’Amiens

Il serait paradoxal que notre revue se fasse l’écho des différentes initiatives autour du centenaire de la Charte d’Amiens, et que dans le même temps la tendance Emancipation ne se préoccupe pas de cette question... c’est donc tout naturellement que la Semaine de l’Emancipation a été le lieu d’un débat animé par notre camarade David Hamelin au sujet de l’"Actualité du syndicalisme révolutionnaire et de la charte d’Amiens" dont voici un compte-rendu. Bien entendu, pour l’Emancipation ce choix est en lien avec une stratégie d’investissement dans les luttes de résistance actuelles, et ne se réduit pas à un coup de chapeau commémoratif à l’adresse de ce texte vénérable... En voici un compte-rendu.

Dans son intervention, David Hamelin met en évidence le fait que la motion d’Amiens, dont l’Emancipation se réclame parmi d’autres, permet aussi de comprendre certains problèmes du syndicalisme de l’époque, auxquels elle constitue une réponse. Il importe donc de voir comment elle avait été travaillée.

Différentes initiatives... mais que reste-t-il de la Charte d’Amiens ?
David Hamelin rappelle que dans les derniers mois, différentes réunions ont été mises en place autour de la Charte . Tout d’abord le colloque international des éditions CNT-RP, la CNT étant l’organisation syndicale qui se réclame le plus de la Charte . Il a donné lieu à des discussions très militantes. FO a de son côté organisé un colloque très confidentiel, centré presque exclusivement sur la question de l’indépendance syndicale. Dans un autre registre, le colloque de l’Alternative Libertaire a voulu penser les luttes sociales actuelles en regard des luttes de l’époque, ce qui a posé la question de l’unité des luttes et de l’unité syndicale.

Deux autres colloques sont à venir : en octobre un colloque international organisé à Amiens, et centré sur l’indépendance syndicale au sens large ; et un colloque organisé dans le Lot-et-Garonne à Nérac (lieu de naissance de Victor Griffuelhes) les 25 et 26 novembre prochain (1).

Au total, la Charte n’est pas oubliée dans le mouvement ouvrier, mais est-ce que cela va permettre de réexaminer réellement les pratiques syndicales ? On peut en douter. Ainsi aujourd’hui, dans le paysage syndical, s’en réclament : la CGT (en insistant sur l’aspect "lutte de classes"), FO (qui elle insiste sur "l’indépendance syndicale"), certains syndicats SUD (et qu’en est-il de Solidaires ?), la CNT, la FSU (mais très peu !), des libertaires et les Comités Syndicalistes Révolutionnaires (CSR), l’Emancipation… mais même dans les organisations syndicales qui sont les plus radicales sur la question de l’indépendance, il y a une forme d’acclimatation au contexte actuel, la référence à la Charte ressemble plus à une incantation qu’à une réalité pratique (y compris à la CNT à laquelle adhère David Hamelin). Ainsi des débats de fond pourtant fondamentaux pour le syndicalisme (la question des institutions, du parlementarisme, de la double identité du syndicalisme assurant la complémentarité réforme / révolution…), sont très peu évoqués aujourd’hui.

D’où l’intérêt de poser la question : dans quel contexte a été élaboré la Charte  ? Quelle interprétation peut-on en tirer ?

L’élaboration de la Charte


Tout d’abord son nom : il ne s’agit pas vraiment d’une "Charte" au départ, mais d’une motion de congrès syndical. Ce n’est pas anodin : la Charte n’a pas été vécue comme un texte fondateur à l’époque, le congrès précédent – celui de Bourges en 1904 – avait provoqué beaucoup plus de débats. Se tenant en octobre 1906, le congrès d’Amiens rassemble environ 350 délégués soit une centaine de moins qu’au précédent (le recul de la CGT est déjà amorcé), et qui représentent environ un millier d’organisations confédérées. Le congrès n’a pas parlé que de la Charte , mais a aussi débattu d’autres questions : la question internationale (la perspective de grève générale entraînant de fortes divergences avec le syndicalisme allemand), les problèmes internes, les lois ouvrières, le "subventionnisme" (subventions des mairies entraînant de fait l’apparition de permanents syndicaux), le passage des fédérations de métier aux fédérations d’industrie (en d’autres termes l’architecture de la CGT actuelle), l’antimilitarisme… on peut même dire que la Charte a été rédigé de manière "un peu improvisée", car si elle reprend des principes déjà affirmés par la CGT de l’époque, le contexte politique de 1906 force à rediscuter certaines choses. Ainsi en avril 1905 la SFIO (2) a unifié la myriade de groupes socialistes dispersés ; la même année ont eu lieu la lutte pour la journée de huit heures, la catastrophe de Courrières (3) avec le conflit social et la répression qui ont suivi… à l’entrée du congrès de la CGT, la Fédération du Textile d’inspiration guesdiste propose une motion qui préconise d’établir des liens avec la SFIO. Contre cette motion, les militants syndicalistes révolutionnaires, mais aussi réformistes de la CGT, éprouvent la nécessité d’un texte pour préciser à nouveau les principes de la CGT, mais aussi prendre en compte la diversité des courants existant dans le syndicat. La Charte est donc pour David Hamelin un texte de compromis (4) qu’on peut interpréter de différentes manières. Ce qui explique en partie le vote très massif de la Charte lors du congrès, mais aussi des réactions que l’on n’imagine pas forcément aujourd’hui : des guesdistes votent la Charte et d’autres motions du congrès car ils ont des comptes à rendre à leurs instances locales (certains deviendront même par la suite des syndicalistes révolutionnaires) ; inversement, des anarchistes critiquent la Charte car ils sont hostiles à son refus proclamé des "sectes", qui les vise et qui signifie que la CGT refuse de se laisser guider par un courant extérieur, fût-il anarchiste.

C’est que, comme l’indique David Hamelin, il y a cette époque une grande porosité entre les différents courants idéologiques qui existent dans la CGT.

Les divers courants de la CGT


Les guesdistes sont souvent perçus de manière négative par l’histoire du mouvement ouvrier. Cette vision est en grande partie liée à l’absence de courant politique se réclamant du guesdisme et du rejet de la Section Française de l’Internationale Communiste (SFIC) puis du PCF de cette héritage encombrant. Mais même en perte de vitesse, les guesdistes restaient le principal courant socialiste en France, avec plus de 15 000 adhérents au tournant du siècle (5).

L’autre grand courant identifié est celui des anarchistes : il ne faut pas avoir une vision uniforme de la CGT de l’époque, les anarchistes ne sont pas aussi puissants qu’on pourrait le penser aujourd’hui (ainsi de nombreux secrétaires de Bourses du Travail sont des militants réformistes et modérés). Ils ne sont pas toujours majoritaires même si dans certaines villes ouvrières ils sont très implantés.

Les allemanistes (surnommés significativement "allemanarchistes") sont par contre un courant aussi important que méconnu ; méconnus du fait de la quasi-absence de travaux universitaires à son sujet (6), d’autant plus qu’il n’y a pas de courant aujourd’hui qui s’en réclame. Et pourtant ! Les allemanistes organisés dans le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (POSR) privilégient les luttes économiques aux luttes politiques, sont des artisans actifs de la construction des Bourses du Travail et luttent contre les guesdistes au sein du syndicalisme naissant. Au point de se présenter souvent comme les agents du syndicalisme dans les conseils municipaux où ils sont élus, et de délaisser la construction de leur parti du fait d’un investissement privilégié dans le syndicalisme. Pour eux la société doit être gérée par les syndicats après la révolution socialiste, les syndicats seront les organisateurs de la production ; ainsi les syndicats sont-ils à la fois la source du pouvoir politique et du pouvoir économique, et cette idée est portée par les allemanistes avant même que les anarchistes ne s’y rallient.

S’approprier la Charte d’Amiens


Après ces précisions, David Hamelin relève que dès l’entre-deux-guerres, et ensuite après 1945, de nombreuses références très contradictoires à la Charte sont apparues. Ainsi l’histoire du mouvement ouvrier est-elle jalonnée de prises de positions en ce sens. La scission CGT / CGTU (7) voit les deux organisations s’en réclamer, puis en 1926 la CGT-SR (7) qui scissionne de la CGTU. En 1930 le Manifeste des 22 pour la réunification syndicale (8) s’y réfère, tout comme le congrès de Toulouse de réunification de la CGT (1936)… ce qui n’empêche pas d’exclure les communistes de la CGT, encore au nom de la Charte , en 1939 ! L’un des principaux problèmes, c’est que la Charte n’est pas seulement une prise de position pour l’indépendance syndicale comme certains le croient, c’est un "package" (action directe, articulation réforme / révolution, refus de la domination du syndicat par les "sectes"…). Mais s’approprier la Charte d’Amiens comme référence syndicale ne va pas sans poser des questions, comme le montre le débat qui survient avec la salle suite à l’exposé de David Hamelin…

La nature du syndicalisme révolutionnaire...
David Hamelin est amené à mettre en garde contre une vision simpliste et mythifiée du syndicalisme révolutionnaire. Tout d’abord sur le terme même : à l’époque les problèmes d’étiquetage (syndicalisme révolutionnaire, anarcho-syndicalisme..) ne se posent pas. Au congrès d’Amiens le souci des responsables de la CGT est avant tout de repréciser des principes déjà connus face à l’offensive de la Fédération du Textile, il ne faut donc pas penser qu’ils apportent une importance fondamentale à ce texte. Comme on l’a vu, il y a une série de nuances dans les orientations des militants, il est difficile de caractériser définitivement telle ou telle position, d’autant plus qu’elles évoluent au fil du temps : méfions-nous d’une lecture rétrospective.

Cela amène à bien prendre en compte les limites du syndicalisme révolutionnaire de la CGT de 1906. Par exemple sur la question des formes de lutte : cette question n’est pas posée, on considère que le syndicat est le seul organe de lutte et de toutes les façons la CGT ne fonctionne pas forcément de manière démocratique. Il faut dire que les conditions n’étaient pas les mêmes : à l’époque il y avait beaucoup moins de leviers légaux permettant d’expérimenter des formes de lutte. De même, par l’intermédiaire des Bourses du Travail, les syndicats cherchaient à intervenir dans tout le champ social.

Limites aussi en ce qui concerne les formes du changement de société : David Hamelin met en question le mythe "insurrectionnaliste" de la révolution violente, qui travaille encore de nombreux militants. Dans le même ordre d’idée, la grève générale est l’objet d’une mythification échappant à toute rationalité. Pour David Hamelin la grève générale peut certes être un outil, mais il n’y croit pas plus qu’à d’autres outils ; d’autant plus qu’aujourd’hui la grève générale n’est pas forcément pensée comme un changement de société (et inversement, il peut y avoir de vrais processus révolutionnaires qui passent par des formes d’action non-violente). En fin de compte, il faudrait ainsi se demander à quoi sert réellement une grève générale.

Autre point qui pose question : le rôle du syndicat. Le syndicat est-il l’organe qui préfigure la société future, et qui sera le lieu de gestion de cette société ? Pour David Hamelin, il faut commencer par se pencher sur la réalité existante : en un siècle de mouvement ouvrier, au lieu de s’approprier les structures qui organisent la société, les travailleurs s’en sont fait déposséder. Ainsi dans les années 1930 la CGT possédait ses propres caisses d’assurances sociales, ou encore ses propres bureaux de placement des chômeurs (fonction aujourd’hui dévolue à l’ANPE) ; les travailleurs ont été dépossédés d’une série de choses, qui ont été reprises par l’Etat. Comment se les réapproprier ? On entre par ce biais dans des débats tout à fait actuels...

... conditionne les formes de lutte d’aujourd’hui
Le rôle du syndicat doit par conséquent, pour plusieurs participants au débat, être à nouveau précisé, bien entendu contre les directions syndicales réformistes, mais aussi sans se limiter aux positions proclamées par le syndicalisme révolutionnaire de l’époque. Pour beaucoup le syndicat peut être un des lieux d’expérimentation de pratiques préfigurant la société future, en impulsant des pratiques d’autogestion et de démocratie dans les luttes. Toutefois, relèvent certains camarades, il existe aussi d’autres formes de pratiques alternatives, de pratiques autogestionnaires et remettant en cause les relations marchandes. Il faut ainsi être attentifs à ce qui se passe en Amérique du Sud, qui est éclairant sur l’appropriation que peuvent revendiquer les travailleurs (cf. la récupération des usines en Argentine, qui constitue une première forme de réappropriation par les travailleurs).

Concernant les syndicats, la division actuelle pose plusieurs problèmes nouveaux, que les principes de la Charte permettent en partie d’appréhender, mais en partie seulement. Ainsi celui des rapports entre l’Emancipation et les structures syndicales (CNT, Solidaires, FSU…), mais aussi avec d’autres courants intersyndicaux (les CSR, Reconstruire la CGT, etc). Il est réaffirmé que l’Emancipation comme tendance intersyndicale n’a pas de position précise et définitive sur telle ou telle organisation syndicale : ses militants peuvent faire des choix syndicaux différents, l’essentiel est de porter en commun des orientations et des pratiques de luttes. Il y a globalement deux grandes options : soit porter le débat dans un syndicat majoritaire (et dans ce cas accepter d’y être minoritaires…), soit construire des syndicats au départ minoritaires mais plus en phase avec nos positions… sans avoir de position spécifiquement sur telle ou telle organisation, il importe de dénoncer les orientations du syndicalisme d’accompagnement et du réformisme. Ainsi l’Emancipation a refusé de participer à la tentative de créer une tendance intersyndicale de lutte de classes, face au refus d’y faire référence à la Charte d’Amiens et à l’indépendance syndicale…

Toujours dans la même veine, les camarades de la Fédération Syndicale Etudiante (FSE) nous ont fait part de leur initiative d’un appel pour l’unité organique du syndicalisme étudiant de lutte, en direction de SUD-Etudiant, la CNT, le CVSE (Comité pour un Vrai Syndicat Etudiant)…

La Semaine de l’Emancipation a ainsi été l’un des lieux où se débat l’actualité de la Charte d’Amiens , c’est-à-dire ce que doit et peut être le syndicalisme de lutte des classes. Espérons que ces lieux se développeront dans les temps qui viennent !

Quentin DAUPHINÉ (Var)

(1) Concernant les diverses initiatives, voir les encadrés dans le présent article.

(2) Section Française de l’Internationale Ouvrière, ancêtre de l’actuel PS, qui résulte de la fusion des diverses organisations socialistes lors du congrès de la salle du Globe (Paris).

(3) En mars 1906, une catastrophe dans les mines du bassin minier de Courrières, dans le Pas-de-Calais, provoque plus d’un millier de morts. Il apparaît rapidement que la compagnie minière de Courrières a sciemment négligé toute prudence et tout secours aux mineurs ensevelis, dans le seul but de ne pas écorner ses profits.

(4) A noter que ce point fait débat parmi ceux qui s’intéressent à la Charte . Ainsi Jacques Toublet dans son importante introduction au livre d’Emile Pouget (La CGT, Editions CNT Région Parisienne, 1997) fait sienne la thèse du "syndicalisme révolutionnaire atténué" dégageant une nouvelle synthèse syndicaliste, tandis que Michel Chueca considère au contraire, dans sa présentation de l’ouvrage Emile Pouget. 1906. Le congrès syndicaliste d’Amiens (même éditeur), que c’est bien le syndicalisme libertaire qui l’a emporté sans faire de concession sur le fond.

(5) Voir à ce sujet l’étude de Claude Willard issue de sa thèse : Le Mouvement socialiste en France, (1893-1905). Les Guesdistes , Paris : Editions sociales, Imp. Crété, 1965.

(6) Une exception : la thèse de Didier Bigorgne sous la direction de Jacques Girault : Les allemanistes (1882-1905), Itinéraires, place et rôle dans le mouvement socialiste français , 2001, 3 vol.

(7) En 1922, pour garder le contrôle de la CGT face à la montée des tendances révolutionnaires, les dirigeants réformistes organisent sa scission. Par la suite, jusqu’en 1936, vont se concurrencer la CGT réformiste et la CGTU (U pour "Unitaire") révolutionnaire, plus tard contrôlée par le PC. En 1926, le courant anarcho-syndicaliste scissionne de cette dernière pour créer la CGT – Syndicaliste Révolutionnaire.

(8) Lancé par des militants (notamment Daniel Guérin) membres de la CGT, de la CGTU, ou de syndicats provisoirement autonomes, il vise à réunifier la CGT sur la base de la Charte . La tentative échouera, victime de l’opposition conjuguée des appareils CGT et CGTU d’une part, des hésitations de certains de ses initiateurs d’autre part.


Commentaires  (fermé)

Logo de CNT AIT
mardi 2 octobre 2007 à 13h41 - par  CNT AIT

La « charte d’Amiens » est le nom du texte adopté lors du congrès de la CGT en octobre 1906. C’est depuis et de façon invariable devenu le texte de référence des syndicalistes révolutionnaires.

La charte d’Amiens est morte... très jeune. Elle n’avait qu’à peine 8 ans.

Depuis, se revendiquer de la charte d’Amiens, c’est se revendiquer d’un mythe. Certains « anarchistes » et autres « syndicalistes révolutionnaires » essayent régulièrement de réanimer le cadavre ? Quel peut bien être leur intérêt dans cette entreprise ?

Un texte de compromis historique ?

Les syndicalistes révolutionnaires oublient souvent de rappeler que ce texte est avant tout un texte de compromis entre les tendances anarchistes et réformistes (parlementaristes) de la CGT. Si, pour faire plaisir aux premiers, la Charte établit le principe de grève générale expropriatrice il assure surtout une bienveillante neutralité du syndicat envers les partis politiques qui, pour reprendre les termes de la Charte « en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale ». Alors que la CGT « apolitique » ne se donnera jamais les moyens de donner vie au principe de grève générale, les partis politiques sauront utiliser toute leur « liberté » ainsi garantie pour renforcer leur pouvoir sur le dos des travailleurs.

La neutralité politique à vécu ...

Dès 1922, à la re-création de l’AIT, l’apolitisme de la Charte d’Amiens était dénoncé pour ce qu’il était : une trahison contre la classe ouvrière, qui, sous couvert de « neutralité » consistait en fait à subordonner les travailleurs aux intérêts des partis politiques, dont il était évident après les épisodes de l’Union sacrée en 14, de la contre révolution en Allemagne et de la contre révolution bolchevique qu’ils étaient en opposition totale.

Nous ressortir la Charte d’Amiens aujourd’hui n’est pas anodin. Alors que tout le monde constate la perte de la mémoire militante et le règne de la confusion spectaculaire, on réexhume opportunément la vieille momie syndicaliste révolutionnaire, comptant ainsi nous refourguer sous les bandelettes quelques cadavres politiques décomposés depuis la chute du mur de Berlin. Cette régression permet en effet de trouver « normal » et « naturel » la collaboration avec des organisations politiques, voire d’ouvrir l’organisation « syndicaliste révolutionnaire » aux militants des partis et organisations politiques. Cela permet de créer des proximités (qui a dit des connivences ?) dans l’objectif d’une hypothétique refondation syndicale avec d’autres forces d’extrême gauche voire de gauche ... (cf. l’article sur le réveil des chats noirs de Politis http://www.politis.fr/article1293.html)

Syndicats vs classe

Aujourd’hui, il est temps d’en finir définitivement avec ces conceptions héritées d’un passé mythique. La Chartes d’Amiens clamait, et la Charte de Paris de la CNT avec elle - que « le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de la réorganisation sociale ». Ce projet, rien moins que totalitaire - du Grand Syndicat s’apparente à celui du Parti unique ... Il s’agit d’une énième avant garde, dont on sait comment cela finit ...

Aujourd’hui, 100 ans après, la CGT et ses avatars sont devenus les partenaires obligés de l’Etat pour construire le spectacle de la contestation inutile. Quand au "mouvement anarchiste" il est partagé entre ceux qui vendent de l’anarchisme mais qui proclament ne pas être anarchistes et ceux qui défendent encore un projet de société.

Ce projet de société c’est le communisme anarchiste. Ce projet, qui rejoint l’anarchisme ouvrier globaliste de la FORA, appelle à un dépassement du syndicalisme. En effet, le syndicalisme étant un mode d’organisation dont la forme est structurée par le capitalisme (comme une empreinte en creux), il ne peut abolir le capitalisme sous peine de s’abolir lui-même. Donc s’il venait à gérer la société future, il reproduirait fatalement le capitalisme, les structures ayant toujours tendance à privilégier leur propre survie. (cf. à ce propos les textes sur la résistance au travail en Espagne révolutionnaire parus sur le site http://mondialisme.org)

Cette réflexion, mêlée et enrichie avec d’autres apports convergents (communisme de conseil, situationnisme, etc ...) amène aujourd’hui des syndicats CNT AIT à développer le concept d’autonomie populaire.

On est donc ici bien loin de la Charte d’Amiens ou de Paris et des statuts actuels de la CNT. Certes, on peut décréter le texte obsolète et donc aboli. Mais est ce bien important ? Ce qui compte, c’est le processus d’élaboration d’un nouveau référentiel anarchosyndicaliste idéologique et pratique, adapté à la réalité sociale actuelle. Ce processus doit être ouvert tout en étant cohérent, pour être opérationnel. Il doit se nourrir des réflexions et des expériences pratiques de tous ceux qui souhaitent y participer (la participation n’étant pas fondée sur un label ou l’appartenance - ou non - à une organisation - mais sur une volonté constructive et un minimum de clarté tant sur les objectifs que sur les moyens et sur leur articulation).

Tiré du bulletin Espoir numéro 4

CNT AIT
contact@cnt-ait.info

Navigation

Articles de la rubrique