congrès de Sud-Education

jeudi 31 août 2006
par  QD, Administrateur

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Congrès de SUD Education :
Solidaires dans la situation sociale et syndicale d’aujourd’hui

L’Union syndicale Solidaires compte aujourd’hui 90000 adhérents du public et du privé, dans 39 fédérations ou syndicats nationaux. Il était donc logique que le congrès national de SUD Education réuni en mai dernier tente d’avoir un regard sur l’actualité syndicale interprofessionnelle, sur la place de Solidaires dans cette actualité et sur l’investissement de SUD Education dans cette dimension du syndicalisme. Nous publions ici l’intervention d’introduction au débat.

Parler aujourd’hui de la situation sociale et syndicale présente, impose de revenir en arrière pour tenter ensuite de se projeter dans les responsabilités syndicales qui seront les nôtres dans les mois et les deux ans à venir…

Revenir en arrière c’est revenir à décembre 1995 où le gouvernement Juppé cède partiellement face à la grève. Les cheminots apparaissent comme les grands vainqueurs. La direction confédérale de la CFDT a refusé la mobilisation et exprimé son soutien au plan Juppé par la voix de sa secrétaire générale Nicole Notat. Une partie des militants CFDT participent à la grève, certains créent le courant « Tous Ensemble », d’autres s’engagent dans la création de syndicats SUD, rejoignant SUD PTT qui a donné une image combative pendant la grève…Rejoints par d’autres salariés qui aspirent à autre chose pour le syndicalisme, SUD Rail va voir le jour, puis SUD Education et d’autres vont suivre… Dans le même temps, la FSU prend la place qui était celle de la FEN dans le paritarisme de l’Education Nationale.

Il faudra attendre 2003 et le conflit des retraites pour retrouver les confédérations et les fédérations rassemblées au plus haut niveau, et là encore, très vite en l’absence de la CFDT.

Durant la période de la gauche plurielle, les confédérations ont été absentes sur le terrain revendicatif et ont abordé la question des 35h sans construction d’un rapport de force. Elles sont investies dans des négociations qui ont débouché sur des lois Aubry qui dénaturent l’idée même de réduction du temps de travail en voulant l’emballer dans une flexibilité et une précarité accrues "vendables" au patronat.

Dans le même temps, ce patronat se réorganise pour construire avec le MEDEF une arme de légitimation politique, sociale, théorique et médiatique au service du Capital. Le MEDEF devient très vite l’âme du discours libéral appliqué au travail.

Durant cette période, les syndicats de l’Union Solidaires se sont développés surtout à partir de leur activité dans leur champ professionnel et Solidaires a été très présent dans les luttes et les rassemblements du mouvement anti-mondialisation qui, après Seattle, gagne l’Europe (Gênes, Millau, forums locaux…). Nous sommes aussi très présents dans les manifestations aux côtés des Sans-Papiers ainsi que dans les manifestations aux côtés des mouvements de chômeurs. Nous serons même la force syndicale la plus importante aux côtés des salariés en lutte contre leur mise au chômage chez Danone, Lu, Marks and Spencer quand ceux-ci décideront, malgré le refus des confédérations, de manifester à Paris un samedi de juin 2001. Mais Solidaires peut bien dénoncer les processus de privatisation des services publics, sur le terrain de la lutte interprofessionnelle le syndicalisme ne répond pas.

Durant cette période, la lutte contre le ministre Allègre et sa politique de déréglementation dans l’Education Nationale aura été la seule à mettre des salariés dans la rue de façon durable. Au cours de cette lutte qui se soldera au printemps 2000 par le départ d’Allègre, des syndicats SUD Education se sont renforcés pour devenir dans plusieurs départements, une force capable de peser favorablement sur les mobilisations.

Offensive libérale
2002…2003….dans la foulée d’une réélection inespérée six mois plus tôt, Chirac lance l’offensive libérale contre le monde du travail. C’est la réforme des retraites que toutes les instances du libéralisme, tous les patrons, tous les chroniqueurs des grands médias appellent de leurs vœux. Dans l’Education Nationale, cette attaque s’ajoute à la décentralisation des TOS ainsi qu’à la suppression des MI/SE pour perpétuer une précarité largement développée et peu contestée par les organisations traditionnelles sous le ministère Allègre.

Regarder sereinement cette période c’est regarder du côté des confédérations tout simplement parce que représentant plus de monde elles ont davantage de responsabilités sur ce qui se passe ou ne se passe pas. La CFDT rejoint le camp de la contre-réforme dès le 13 mai et s’allie au plan Fillon. Deux millions de grévistes la veille et la CGT reste muette ou presque. FO ne veut pas de la grève générale ce jour car son but n’est pas "de faire tomber le gouvernement" dit Blondel qui préférera évoquer la grève générale le 12 juin à Marseille alors que le mouvement de grève est en décrue. La FSU reste sur son idée de "temps forts" sans apporter réellement de soutien ni s’opposer frontalement aux grèves reconductibles qui se développent dans l’EN, dans la mesure où certains de ses adhérents font vivre cette grève reconductible. Là où elle existe, l’UNSA suit le mouvement. A la veille du baccalauréat, la FSU capitulera sur la décentralisation dans un marchandage peu glorieux dont les TOS seront les perdants.

Solidaires pense qu’au soir de l’énorme grève du 13 mai il faut appeler à la grève générale. Cette position me paraît toujours juste et dans les endroits où nous avons été capables de l’expliquer, nous avons été compris, et cela tout en sachant que la grève générale ne peut pas s’installer sous prétexte qu’une organisation de 70000 adhérents la souhaite et que les autres n’en veulent pas. Il est faux de dire que Solidaires n’a rien dit quant à la grève générale mais il serait tout aussi faux de croire que la grève générale peut advenir sous prétexte que seul Solidaires la souhaite.

La direction confédérale de la CGT ne voulait pas de la grève générale, elle ne l’a pas organisée ni préparée. Elle l’a même combattue en tenant ses équipes dans les grandes fédérations (cheminots, Poste Telecom, RATP, EDF, fonction publique…) à l’écart de la grève reconductible. Elle a théorisé ce refus comme elle l’a pratiqué de nouveau en 2004 à EDF… tout en parlant d’affrontement majeur.

Un formidable mouvement s’est cependant développé autour de la reconduction des grèves, et de la dimension interprofessionnelle du conflit, et cela souvent à partir des Assemblées Générales des grévistes de l’Education Nationale.

Des syndicats SUD Education se sont renforcés, d’autres ont vu le jour, des Unions Solidaires se sont mises en place dans davantage de départements, un vrai travail militant même si la défaite est bien réelle, aussi bien sur la décentralisation que sur les retraites.

Ensuite la réforme sur la formation tout au long de la vie va passer avec même la bénédiction de la direction confédérale de la CGT, puis ce sera la réforme de l’assurance maladie, puis la réforme Fillon que les lycéens tenteront véritablement de combattre et que les organisations majoritaires de l’Education Nationale refuseront de rejoindre, puis le CNE… Dans le même temps le gouvernement perd toutes les élections et surtout le référendum du 29 mai 2005 qui entendait consacrer l’Europe libérale et qui s’est transformé en opposition entre les classes dirigeantes (UMP-UDF-PS-MEDEF-médias-CFDT) et la majorité de la population.

Durant ces trois années de reculs sociaux, les tentatives de luttes de chaque secteur, en ordre dispersé, ont butté sur le manque de conviction des directions confédérales nationales mais aussi sur une relative apathie de nombre de secteurs du salariat marqués par la défaite de 2003. Dans l’Education Nationale nous avons largement constaté cette situation face à la loi Fillon même si des possibilités de lutte existaient.

Dans cet après 2003, les forces syndicales se sont réorganisées : la CFDT a perdu ses équipes les plus combatives au profit de la CGT ou de Solidaires. La FSU tente d’ouvrir légèrement son implantation au-delà de l’Education Nationale où elle reste l’organisation majoritaire aux élections avec une difficulté de mobilisation dans de nombreux départements. L’UNSA tente de s’affirmer dans une dimension interprofessionnelle dont le projet reste flou. La CGT reste l’organisation qui incarne un syndicalisme combatif aux yeux de nombreux salariés, malgré les limites imposées par la direction confédérale comme on a pu le voir à l’automne à Marseille dans les conflits de la SNCM et des traminots.

Quant à Solidaires, si nous sommes visibles dans certaines luttes interprofessionnelles (Bolkestein, traité européen, défense des services publics…) notre renforcement ne nous permet pas de peser sur l’état du syndicalisme interprofessionnel au niveau national.

Par contre, nous devons pouvoir travailler à une plus grande structuration interprofessionnelle dans les départements. C’est peut être ce que la mobilisation contre le CPE a rendu possible dans plusieurs départements où les militants de Solidaires ont été dans la lutte, dans la durée et de manière visible.

Coup d’arrêt
"Ils s’arrêteront là où nous les arrêterons" écrivions-nous en septembre 2003. Avec la défaite du pouvoir sur le CPE il semble que nous ayons réussi temporairement à poser ce point d’arrêt, à tenir cette position : "pas de discrimination en fonction de l’âge dans le contrat de travail". C’est peu au regard du contenu de la loi sur la prétendue "égalité des chances", mais c’est aussi beaucoup. Ce coup d’arrêt, nous le devons surtout aux étudiants et aux lycéens qui ont porté pendant deux mois, souvent par la grève, une lutte difficile et déterminée malgré les pressions et la répression. La radicalité de leur mouvement a forcé certaines organisations syndicales de salariés à aller au-delà de leurs limites habituelles ou attendues.

Ce recul, nous le devons également à une unité inédite dans laquelle se sont retrouvées toutes les organisations syndicales de salariés, dont Solidaires, aux côtés des organisations étudiantes et lycéennes. Au sein de cette intersyndicale, Solidaires a travaillé à la reconnaissance de la coordination nationale étudiante par les autres organisations. Cette unité est apparue comme celle du plus petit dénominateur commun, mais cette lutte est restée d’autant plus circonscrite qu’aucun secteur professionnel, ni aucun courant syndical n’a été en mesure de développer une alternative dans l’action. Les quelques contre- exemples géographiques ne font que confirmer la règle. Solidaires et SUD Education ont déployé une grande activité unitaire et montré une disponibilité militante dans de nombreux départements. La mobilisation par la grève a été difficile et sauf à vouloir répéter toujours la même histoire, on ne peut pas tout expliquer par l’attentisme, voire la trahison, des directions nationales des organisations majoritaires.

Il reste que dans de nombreuses villes des contacts se sont noués entre les étudiants en lutte et les militants de Solidaires. Des générations différentes de militants se sont rencontrées, l’aspiration à écrire un autre avenir a repris un coup de jeune.

A travers cette mobilisation contre le CPE c’est une dynamique contre la précarisation de nos vies qui s’est manifestée. Il faut tenter d’aller plus loin et peut être proposer dans les départements des regroupements interprofessionnels pour dénoncer et combattre ces précarités… des regroupements où tout le monde ne pensera pas exactement la même chose que SUD Education ou Solidaires mais des regroupements unitaires de lutte quand même, contre l’ordre du monde dans lequel la précarité serait notre horizon à tous.

Nous sommes une organisation qui grandit. Le projet interprofessionnel n’est pas une mode mais une nécessité comme le soulignent de nombreuses motions de notre congrès. Il nous faut nécessairement avancer sur nos deux pieds : celui d’une implantation intercatégorielle dans l’Education Nationale qui ne saurait se limiter à syndiquer une poignée de profs et d’instits et celui d’une activité interprofessionnelle qui doit développer des structures militantes ouvertes et visibles dans les départements.

Agir là où nous sommes, dans les départements, faire connaître nos initiatives pour participer à la construction d’un mouvement d’ensemble que même le secrétariat national de Solidaires ne saurait décréter, c’est la meilleure manière pour ne pas avoir à déplorer un suivisme par rapport aux organisations majoritaires, même si l’unité d’action reste quand bien même une nécessité.

Ce recul du gouvernement sur le CPE ouvre des possibilités et des nécessités immédiates pour l’action revendicative sur l’ensemble des processus de précarisation y compris l’apprentissage à 14 ans et le travail de nuit à 15 ans, mais il n’efface en rien nos défaites successives sur les retraites, l’assurance maladie ou la loi Fillon de régression scolaire.

Le gouvernement est peut-être suffisamment affaibli et délégitimé pour que nous tentions d’expliquer autour de nous que les reculs subis depuis 2003 ne sont pas une fatalité et que ce qui a été perdu peut être retrouvé par la lutte.

Soyons certains que pour reconquérir ces positions perdues il nous faudra davantage qu’un syndicalisme rassemblé sur le plus petit dénominateur commun. Il nous faudra la lutte unitaire des travailleurs de tous les secteurs du public et du privé, des jeunes et des moins jeunes. Il nous faudra des organisations syndicales au service de cette lutte unitaire, et tout cela à la fois car, de lui-même, le Capital ne lâchera rien.

La grève générale reste donc une perspective, mais une perspective de travail et pas une incantation. Pour travailler à cela, d’abord dans notre secteur, il nous faut une fédération structurée, capable de parler avec d’autres, capable de montrer son activité réelle, capable de la faire partager à toujours plus de salariés et capable d’en évaluer sereinement l’impact, avec modestie et détermination.

Didier PAGES

Puy-de-Dôme


Brèves

10 juillet -  Retrait des projets Macron, retrait du projet de réforme du code du travail

Motion votée le 28 juin au Conseil syndical du SNUipp 13
Les premiers projets ou annonces du (...)

26 juin - La rentrée ne peut pas se faire dans ces conditions !

Appel intersyndical IDF
Jeudi 29 juin se tient un CTSD ayant à l’ordre du jour les dotations en (...)

2 février - Communiqué PPCR

Mise en œuvre du protocole PPCR : plus de risques que de bénéfices sur la feuille de paye (...)

1er octobre 2016 - L’évaluation en débat au CDFN de la FSU

Le projet de réforme de l’évaluation des personnels vient compléter l’ensemble des réformes qui ont (...)

2 septembre 2016 - Retrait du projet “d’évaluation” des personnels enseignants !

La mise en place de la loi de “refondation” de l’école (2013) impose la redéfinition du métier (...)